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Culture, nation et colonialité du pouvoir

Participant au renouvellement des travaux sur la nation, le nationalisme, le racisme et la racialisation des rapports sociaux, comme à l’émergence des études coloniales et postcoloniales en France, un certain nombre de recherches en études de genre développent une approche qui, loin d’isoler les rapports sociaux de sexe des autres rapports sociaux, font au contraire du genre un outil exemplaire d’analyse croisée de la domination : « co-extensivité/co-substantialité » des rapports sociaux de sexe, de classe et de race, « subalternité », « intersectionnalité », « blanchité », « capitaux corporels identitaires ». Parallèlement aux approches sociologiques et historiques, les rapports de pouvoir sont étudiés à partir d’un corpus d’œuvres philosophiques, littéraires ou artistiques, de terrains ou d’objets hétérodoxes (relatif à « la culture populaire », aux productions culturelles de masse – hip hop, jeux vidéo, jouets, pornographie - aux médias, à la communication politique), prenant ainsi à bras le corps des questions en « crise » (« crise de la représentation », « crise des banlieues », « crise des valeurs » ou « crise de la laïcité », « crise des valeurs »).
A partir de ces outils, seront interrogées à nouveaux frais plusieurs problématiques :

  • La division sexuelle et racialisée du travail, les politiques de care et l’immigration postcoloniale ;
  • le rapport entre genre, sexualité et spatialité des rapports sociaux (en termes de sociologie de la ville, articulation des questions de genre, sexualité, classe et ruralité) ;
  • le genre comme accoucheur de communautés imaginées (saisir comment la culture, les tensions entre langue(s) nationale(s) et langue dite « maternelle », mais aussi les allégories genrées nourrissent et remettent à jour les récits et mythologies nationales ou impériales, sur la continuité et la pureté de la nation : « la civilisation européenne », « l’exception française », « les racines chrétiennes ») ; cette réflexion et ces analyses, peu développées jusqu’à récemment en France, contribuent également à la mise en lumière et à la compréhension des nouvelles configurations du sexisme et de l’homophobie qui, bien que constitutives de la montée des extrêmes droites en Europe, sont encore peu étudiées
  • l’histoire politique des universalismes : accointances stratégiques et alliances discursives des « droits et libertés des femmes » et des minorités sexuelles avec les rhétoriques nationales et impériales, visibles dans la culturalisation et la racialisation des violences hétérosexistes en Europe de l’Ouest mais aussi dans les revendications féministes des discours et agendas politiques et des politiques publiques en Amérique du Nord ou au sein des pays de l’UE ; Un projet de recherche comparée sur l’Africanisme en Suisse, en France et en Belgique en collaboration avec l’université de Lausanne (Faculté des sciences Sociales et Politiques et Institut d’Histoire Économique et Sociale), s’intéressera notamment au statut du genre et de la sexualité dans la formation de la colonialité épistémique et les dimensions raciologiques des africanismes francophones.
  • l’instrumentalisation du « genre » et de l’émancipation des femmes dans les stratégies militaires, mais aussi dans les politiques de développement au niveau des ONG et des agences internationales. Les projets liés à ce thème transversal sont élaborés et seront menés en collaboration avec un certain nombre d’institutions et de réseaux auxquels le Cresppa est affilié, associé ou partenaire, collectivement ou par l’intermédiaire de certain-e-s de ses membres, au plan national - le GIS Genre, La Fédération de recherche sur le genre RING, le Centre d’études féminines et d’études de genre de l’université Paris 8 (EFEG), également l’Institut Émilie du Châtelet ou le réseau MAGE (Marché du travail et genre) - ou international - le Laboratoire Interuniversitaire en Études Genre LIEGE) - . Ils s’appuient aussi sur des revues : Les Cahiers du Genre, Travail, Genre et Société, ou Nouvelles Questions féministes. Ce thème est enfin amené à s’inscrire dans le cadre du PRES Université Paris Lumières, dont nous souhaitons vivement qu’il retienne le genre parmi ses axes transversaux.




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