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Épistémologie et théorie féministes et du genre

L’épistémologie féministe vise à analyser les rapports de sexe dans leur dimension historique, sociale, politique et culturelle pour comprendre les mécanismes de production de hiérarchies, de discriminations de sexe et de genre et plus généralement de catégorisations. Pour ce faire, elle étudie la construction des catégories de genre, les formes et la mise en place du système sexe/genre dans leur historicité et leur multiplicité culturelle. Elle remet en question les historiographies établies ainsi que leurs présupposés implicites (y compris dans des domaines peu interrogés comme l’historiographie des arts) et revisite la production de connaissances genrées, contribuant ainsi à l’élaboration de méthodes et de théories féministes. Enfin, elle se donne pour tâche d’étudier et d’évaluer les bouleversements des disciplines SHS induits par l’introduction des questions de genre et de sexualité. Les années soixante-dix ont vu l’émergence d’une épistémologie féministe qui a accompagné, prolongé et infléchi les mouvements de femmes. Grâce à la constitution depuis quarante ans d’une véritable archive féministe et d’un corpus d’approches, de méthodes et de perspectives différentes, l’épistémologie féministe peut désormais avancer dans l’analyse critique de la production de la connaissance.
Dans cette perspective, des projets seront engagés en science politique, en sciences économiques et en histoire de l’art pour prolonger l’analyse, déjà menée pour les sciences sociales, de ce que le genre « fait » aux concepts, aux objets et aux méthodes de nos disciplines. Par exemple, la relecture critique de l’histoire de la pensée économique au prisme du genre, axée en particulier sur la généalogie des concepts et des dispositifs théoriques, aura pour but de voir jusqu’à quel point une démarche genrée peut s’exprimer à l’intérieur de la science économique orthodoxe tout en ayant une portée heuristique, ou si cette démarche débouche nécessairement sur une mise à distance et une posture d’extériorité vis-à-vis du paradigme dominant.
L’épistémologie féministe se sert par ailleurs des critiques féministes de l’historiographie, de la production de canons et des périodisations. Au-delà des perspectives comparatistes qu’elle a développées et renouvelées, elle propose d’étudier dans leur historicité les différentes traductions et interprétations culturelles des théories et des luttes, afin de relire de manière critique les différentes histoires de la pensée (concernant par exemple la politique, l’économie, la sexualité, la colonialité, la racialisation etc.). A partir des outils théoriques du Black feminism, des études subalternes, queer, post-coloniales, études culturelles, des travaux d’épistémologie féministe s’inscrivant dans le projet plus large d’une analyse auto-réflexive et critique de la production de savoirs seront engagés. En histoire intellectuelle et en histoire des sciences, le travail sur les outils et les catégories d’analyse des sciences sociales déjà mené au sein des trois équipes se prolongera dans un examen de l’historicité des concepts (liberté, émancipation, classe, sexualité, souveraineté, empire), de leur déploiement dans les théories que nous a léguées l’histoire des idées et des sciences, et de leur potentiel heuristique pour une compréhension du monde contemporain.
Parmi les supports de ces recherches, on peut citer le projet éditorial interdisciplinaire « Épistémologies du genre » pour lequel est envisagé un soutien du GIS Institut du genre. Il comprendra une anthologie critique de textes de philosophes occidentaux canoniques, ainsi que des ouvrages revisitant les auteur·e·s « classiques » des sciences sociales au prisme du genre, révélant à la fois leur fréquente cécité à cette problématique et les contributions théoriques qui ont nourri, malgré cela, les recherches sur le genre.




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