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Décès de Marie Ménoret

C’est avec une grande tristesse que nous vous annonçons le décès, à Caen, le lundi 4 mars, de Marie Ménoret, membre de l’équipe CSU du Cresppa.

Sa trajectoire professionnelle a débuté en 1991, à l’INSERM où elle avait décroché, sur concours, un poste d’accueil en Santé publique.
Avec la thèse qu’elle soutient à l’EHESS sous la direction de Claudine Herzlich et qui a donné l’ouvrage Les temps du cancer publié juste après la thèse et réédité en 2007, elle définit sa spécialité dans le champ de la sociologie. Elle réussira d’ailleurs à faire financer ses travaux par les plus importantes institutions dans le domaine de la santé : Fondation de France, Inca (Institut National du Cancer), Inserm. Elle a aussi co-signé, avec Danièle Carricaburu, un livre important et plus général sur la sociologie de la santé, Sociologie de la santé (Armand Colin, 2004).

Son parcours universitaire et institutionnel passe par l’université de Philadelphie, l’Université de Caen, l’Université Paris 8 et le CNRS, mais aussi la MGEN, et une association au long cours avec le Cermes (Centre de Recherche Médecine, Santé et Société). À Paris 8, elle rejoint d’abord le Geti (Groupe de Recherche École, Travail, Institution) puis, en 2008, notre équipe, Cultures et Sociétés Urbaines.

Il y a quelques années, son histoire personnelle relative au cancer la rattrape puisqu’elle se trouve dans l’incapacité physique d’exercer son service d’enseignante. Elle est alors détachée au CNRS, où elle se met entièrement au service de la recherche et de l’animation de la vie de notre équipe. Elle a ainsi été co-responsable du séminaire du CSU et dernièrement, membre du comité de rédaction de la Lettre CSU où sa curiosité pour les travaux des autres, sa rigueur et son écriture ciselée ont largement été mises à profit.

Son mémoire d’habilitation, « Sociologie et cancérologie : un regard de biais », soutenu en 2017 avec pour garante Anne-Marie Devreux, offre de belles pages réflexives sur les liens qu’elle fait entre sa position théorique ancrée dans la Grounded Theory et ce qu’elle revendique, dans son chapitre introductif, comme une « rationalisation de sa sensibilité théorique ». Elle y interroge ensuite successivement la notion d’autonomie en médecine (autant pour le médecin que pour le malade), les rapports de la médecine conventionnelle avec les médecines alternatives et de là, la question de la preuve en médecine, puis l’introduction de la génétique dans la prévention du cancer et le dépistage systématique, enfin la notion de « guérison » (et donc celle de rémission) et le vécu des survivants. Elle bouscule ainsi nombre de schémas de la pensée ordinaire sur la maladie et la relation médecin-malade. On en trouvera des exemples sur son carnet de recherche « Damoclès for ever » https://damocles.hypotheses.org

Récemment, elle avait entrepris une recherche pour l’Inca sur les conditions de vie et les parcours biographiques des personnes ayant survécu à un cancer. www.cresppa.cnrs.fr/csu/equipe/menoret-marie/

Marie, c’est aussi la chaleur dont elle imprégnait ses échanges avec nous et un attrait certain pour la rigolade. Le timbre de sa voix, son humour, son rire communicatif, son goût pour la discussion franche et son peps sont présents à nos esprits. Malgré notre profonde tristesse, en pensant à elle nous sourions.


Texte du département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Paris 8 : http://www2.univ-paris8.fr/sociologie/?p=8749


21 July 2019

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