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Thèse soutenue

 

Clément Barbier, "Les métamorphoses du traitement spatial de la question sociale. Approche croisée de deux grands projets de renouvellement urbain dans les agglomérations de Lille et de Hambourg", université Paris 8 et HafenCity Universität de Hambourg, sous la direction d’Yves Sintomer et de Dieter Läpple, 4 décembre 2015.

Élaborée à partir de l’étude croisée de deux cas de politiques de développement local dans les agglomérations de Lille et de Hambourg, cette recherche doctorale porte sur les transformations du traitement spatialisé des problèmes sociaux. Inscrite dans une démarche constructiviste, cette analyse socio-historique de la genèse des projets de l’Union, aux confins des communes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos et de l’Internationale Bauaustellung (IBA) Hamburg, sur l’île de Wilhelmsburg, recourt à des matériaux ethnographiques (observation de réunions, entretiens approfondis) et à des archives issues des fonds des différentes instances publiques engagées dans les projets étudiés de 1990 à 2014.
Cette étude retrace de manière détaillée la constitution des coalitions d’acteurs, des catégories et des instruments d’action publique qui caractérisent les processus de renouvellement urbain étudiés. L’étude des réseaux de réformateurs contribuant à la construction des catégories de « quartier défavorisé » (benachteiligter Stadtteil) et d’« attractivité métropolitaine » (internationale Ausstrahlung) est menée au regard du contexte économique local des agglomérations de Lille et Hambourg et des formes de circulations transnationales et infranationales qui ont contribué à nourrir ce processus de catégorisation. Il s’est alors avéré que la spatialisation des problèmes sociaux puis la traduction du problème des « quartiers » en projet de réforme de l’administration et son articulation à la catégorie d’« attractivité métropolitaine », en amont du lancement de l’IBA et de l’Union, participent d’une même dynamique d’occultation progressive de la question sociale.
Après avoir mis en lumière une série de « possibles non-advenus », cette démonstration illustre également les mécanismes de production du consensus mis en place une fois ces alternatives politiques écartées. En refaçonnant le concept de « mythe d’action publique », ce travail dégage quatre systèmes de justifications permettant de comprendre comment les différentes mesures portées par chaque projet ont pu être légitimées et effectivement mises en pratique. Attractivité, excellence, bonne gouvernance et justice spatiale sont les quatre mythes au carrefour desquels, les dispositifs de l’IBA et de l’Union sont conçus et mis en œuvre. Issus de l’étude en situation de l’instrumentation de chaque projet et des arènes de négociations qu’ils instaurent, ces systèmes de justifications sont un outil d’analyse privilégié pour l’étude des contradictions sous-jacentes à ces deux grands projets de renouvellement urbain qui paraissent incarner les formes archétypales d’une nouvelle manière de traiter spatialement des problèmes sociaux.

13 janvier 2017


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