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Recherches en cours

 

« Il n’y a de solitude que sociale. Sociologie des inégalités et des arrangements sociaux face à la solitude »
La recherche que j’ai engagée durant l’automne 2010 à partir de la rédaction d’un document de travail intitulé « La solitude des vivants. Sociologie des formes et des usages sociaux de la solitude dans les sociétés modernes avancées », propose d’apporter une contribution inédite à la sociologie de la solitude dans les sociétés industrielles contemporaines. Cette recherche est construite autour d’une triple perspective de comparaison : comparaison internationale ; comparaison entre espaces urbains et espaces ruraux ; et enfin comparaison entre classes sociales. Cette triple perspective est nécessaire dans la mesure où la compréhension de la solitude comme expression significative de l’individualisme contemporain exige, puisque celui-ci est le produit social et historique du processus d’individuation – l’individu entendu comme source autonome de pensée et d’action–, de comparer l’état d’avancement des sociétés nationales dans ce processus, de comparer les individus des zones urbaines, emblématiques, dans les représentations collectives, des dynamiques d’isolement social, et les individus des zones rurales, pour lesquelles une solidarité plus grande opérerait et, enfin, d’étudier les formes et les effets de la solitude dans les différents segments de l’espace social, en prenant en considération, pour chaque période historique étudiée, les ressorts générationnels, ethniques et de genre de la production de solitude.
Ce projet repose sur l’observation suivante : plus la « société des individus » est assurée de son existence, plus ces derniers sont dépendants les uns des autres mais aussi sommés d’être entouré socialement. Comme le soulignent Luc Boltanski et Eve Chiapello, les individus sont classés et évalués selon leur capacité à « se connecter les uns aux autres », à « ne pas demeurer isolés ». C’est donc l’injonction à l’adhésion à des normes contradictoires – l’injonction à l’autonomie et l’injonction au lien social–, qui attire l’attention. Je pose que la solitude, à savoir le fait d’être seul ou de vivre seul, est aussi bien significative de la capacité de certains individus à combiner individualité et autonomie parce que leur position est assurée, que révélatrice des problèmes que pose l’individuation à ceux qui manquent d’attaches et de protections.

Projet de recherche, janvier 2012 (PDF)

5 juin 2016


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