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Thèse (à paraître)

 

La déviance des femmes. Délinquantes et mauvaises mères : entre prison, justice et travail social, thèse de doctorat sous la direction de Numa Murard, Université Paris 7, 23 novembre 2008 (à paraître aux Edition De Boeck/Larcier).

Résumé : La sphère de la pénalité présente clairement le visage de la dissymétrie sexuelle : les femmes, à toutes les étapes du processus pénal, constituent une très nette minorité. En prison, elles ne représentent plus que 4% des détenus. Ce simple constat suffit à mettre en évidence le caractère sexué de l’ordre social et de la régulation sociale. Il dit assez qu’hommes et femmes ne représentent pas le même risque, ou le même danger pour l’ordre social. Le pari de cette thèse était de rendre compte et d’interroger cette dissymétrie sexuelle, avec, sous-jacente, cette question : si les femmes déviantes ne sont pas en prison, où sont-elles ?
En croisant la perspective de la « réaction sociale » et celle des rapports sociaux de sexe, on a entrepris une cartographie du contrôle social institutionnel réservé aux femmes. Dans une approche dynamique, la construction de l’objet a entraîné la multiplication des terrains d’investigation : d’une conception du contrôle social basée sur l’idée de répression et de sanction, il a fallu élargir l’approche et travailler des institutions de régulation et de protection qui contribuent, elles aussi, à produire un ordre social et sexué en catégorisant des figures féminines de la déviance. Car les femmes sont jugées déviantes au regard d’autres normes, en deçà de la norme légale et en amont ou à côté de la sphère pénale. Si elles sont en partie protégées de la sphère de la pénalité, cette protection se solde par un contrôle accru et spécifique, lequel est adossé à une protection spécifique, celle des femmes quand on les pense vulnérables, mais surtout, derrière elles, celle de la famille et de l’enfant. La pénalité apparaît ainsi liée à la protection, et le droit pénal nécessite alors d’être pensé en lien avec le droit civil et le droit social, quand ils touchent à la famille et à la protection sociale.
L’enquête a ainsi successivement été menée en prisons de femmes, sur la justice des mineurs (versant civil et pénal) et dans des dispositifs anciens et nouveaux de l’action sociale en direction des familles (un centre maternel, une association de thérapie familiale), empiriquement appréhendés par entretiens, par observation des pratiques et par des analyses documentaires approfondies. Cette approche transversale a permis de dégager deux figures féminines de la déviance – celle de la délinquante et celle de la mauvaise mère – et de révéler la dimension sexuée du contrôle social, qui repose sur et produit des normes de genre qui contribuent à distribuer de façon socialement et sexuellement différentielle la déviance. Déviante par rapport à la loi, la première de ces figures l’est aussi par rapport au genre et aux places traditionnellement assignées aux femmes. La seconde, omniprésente, incarne la déviance au féminin. Sous-tendue par des catégories psychologiques, à la fois figure disciplinaire et figure à discipliner, elle s’actualise aux marges du pénal, dans des institutions aux logiques contradictoires, qui visent à la fois la protection, la surveillance et l’autonomie, assignant les femmes des classes populaires à un féminin familial.

30 avril 2016


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