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Thèse en cours

 

Brianne Dubois, « Les ateliers d’artistes contemporains. Analyse des réseaux de production artistique », thèse pour le doctorat de sociologie à l’Institut d’études politiques de Paris, sous la direction de Pierre François et d’Olivier Roueff.

Le monde de l’art contemporain est composé d’artistes, mais aussi d’assistants d’artistes, de régisseur.se.s, de chargé.e.s de production, de chargé.e.s de coordination, d’artisans, de fabricants d’œuvres d’art et de monteur.se.s. Ces personnes exercent en tant qu’indépendants, dans de petites structures dédiées à la réalisation des œuvres (entreprises de production ou de fabrication d’œuvres d’art) ou dans des lieux d’expositions (centres d’arts, fondations ou galeries). Elles forment un réseau au sein duquel certaines collaborent le temps d’un projet afin de produire une œuvre d’art. Aujourd’hui, l’atelier d’artiste semble être un réseau de travail à géométrie variable, dont l’artiste n’est que l’un des acteurs. Nous analysons ces réseaux de travail et nous interrogeons sur les transformations de la division du travail dans le processus de production : il s’agit de comprendre quel est le travail de chacun, comment les tâches sont réparties et ce que devient le rôle de l’artiste. Nous cherchons à savoir si la structuration des ateliers sous forme de réseaux de travail remet en cause le rôle central de l’artiste comme détenteur unique de l’auctorialité et si d’autres acteurs revendiquent (avec succès ou non) cette auctorialité. Nous mobilisons la notion d’atelier au sens large, comprise non pas comme lieu mais comme mode d’organisation de la production. Nous nous plaçons de cette façon dans une tradition d’étude de cas conduite par l’histoire et par l’histoire de l’art, qui montre que l’histoire des ateliers d’artiste n’est pas linéaire. Il s’agit donc d’une part de questionner le redéploiement d’une forme collective de travail artistique au XXIème siècle et de la façon dont elle s’articule avec la figure de l’artiste créateur. D’autre part, il s’agit d’étudier la population des producteurs de l’art contemporain.
Pour cela, nous mobilisons deux méthodes : l’ethnographie de l’atelier d’un artiste permettra tout d’abord de se placer au plus près d’un artiste et d’observer les tâches qui constituent son travail et celui de ses collaborateurs. Nous pourrons appréhender la totalité du cycle de production de l’œuvre d’art et comprendre quel est le rôle de chacun à chaque étape. Nous étudierons plus globalement la configuration de production choisie par l’artiste (pourquoi embaucher plutôt qu’externaliser certaines tâches ?). Une analyse quantitative permettra ensuite de poursuivre le décentrement de l’analyse de l’artiste vers l’ensemble du monde de l’art. Pour cela, construire une base de données s’impose car les catégories de l’Insee n’isolent pas les différents domaines des arts et de la culture et rendent ainsi malaisée l’obtention d’informations statistiques sur les travailleurs de l’art contemporain. Nous construirons cette base en réalisant des entretiens abordant trois dimensions : les caractéristiques socio-démographiques des individus, leur trajectoire et le contenu de leur travail. Cette méthode nous permettra de représenter un réseau de travail et de réfléchir à la façon dont il se structure. Il s’agira de déterminer la manière dont les caractéristiques socio-démographiques (genre, âge, diplôme, revenu, profession des parents) sont réparties dans le réseau, et d’analyser l’influence de ces facteurs sur la place occupée par chacun, ainsi que sur la nature et la durabilité des collaborations. Une analyse des trajectoires rendra enfin possible la mesure de la fréquence à laquelle les emplois se succèdent, ainsi que l’objectivation de l’évolution des statuts de travail. Une analyse de séquences pourra permettre d’identifier des carrières types et d’analyser la mobilité professionnelle interne à ce monde de l’art. Les données obtenues par ces entretiens nous permettront d’observer quels types de contrats et de rémunérations sont les plus courants, et de vérifier l’hypothèse selon laquelle le milieu de l’art contemporain connaîtrait des conditions de travail particulièrement précaires.

9 novembre 2018


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