Imprimer

Contact

Sabine Lamour
Cresppa-CSU
59-61 rue Pouchet
75849 Paris Cedex 17

25 octobre 2017

Sabine Lamour

Docteure en sociologie


 

Thèse soutenue

Sabine Lamour, « Entre imaginaire et histoire : une approche matérialiste du poto-mitan en Haïti », thèse pour le doctorat de sociologie à l’Université Paris 8, sous la direction de Gail Pheterson, 17 octobre 2017.

Les études sur les sociétés post-esclavagistes de l’Amérique et de la Caraïbe considèrent le rôle économique des femmes dans les familles comme le signe d’un dysfonctionnement social. Cette thèse rejette cette assertion en évoquant la dimension politique des responsabilités auxquelles ces femmes sont assignées. En Haïti, les femmes sont souvent au centre de leurs familles pour le maintien de la vie. Pourtant, elles sont à la marge des espaces décisionnels dans cette société. Nous faisons l’hypothèse que cette situation paradoxale découle de l’imaginaire qui avait émergé avec la crise du Moyen-âge et l’expulsion des hommes dissidents et parias de l’Europe vers l’Amérique. Devenus flibustiers, ces hommes ont nourri une utopie radicale dans la Caraïbe en se considérant comme des frères égaux vivant d’une économie axée sur le pillage. Par là, ils proposent une forme du politique qui rejette la hiérarchie entre hommes. Du fait de ces rapports de pouvoir construits sur l’horizontalité entre hommes, les femmes sont contraintes de compenser l’absence de l’État et sont poussées à assurer un rôle de protection dans leurs familles. Alors, elles deviennent des piliers de leurs familles, des poto-mitan qui seront obligées d’émigrer pour gagner l’argent qui garantira leur devoir de protection. Ces rôles différenciés des femmes et des hommes se construisent dès le jeune âge au travers de pratiques de socialisation qui inculquent aux filles une éthique de responsabilité envers les autres, alors que les garçons sont socialisés dans l’idée d’un soi délié. Devenus adultes, les hommes auront du temps et les ressources nécessaires pour s’investir dans la politique, un modèle du politique qui écarte toute forme de responsabilité envers la société. Car, pour maintenir l’égalité entre hommes, l’État ne doit ni se structurer ni assumer un rôle collectif, ni contribuer à stimuler le secteur productif. À cet effet, les acteurs déploient des tactiques de dérision du chef et de liquidation de l’autorité. Ce mode de construction du politique et des rapports sociaux de sexe nous invite à contester l’idée selon laquelle la société haïtienne serait en crise. Ici, la pauvreté et l’instabilité politique perçues sont des effets induits par le mode de fonctionnement de l’imaginaire flibuste : l’irresponsabilité dans le domaine du politique devient la compétence des dominants.


^