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Thèse soutenue

 

Thomas Posado, « Relations de travail, recompositions syndicales et action gouvernementale dans le Venezuela de Hugo Chávez », thèse à l’Université Paris 8, sous la direction d’Yves Sintomer

Résumé :

Ma thèse étudie la reconstitution du lien entre l’État et le mouve-ment syndical au Venezuela entre 1999 et 2015. Paradoxalement, la radicalisation rhétorique de Chávez est concomitante à des pratiques plus conservatrices. Nous proposons d’analyser cette configuration comme un effort pour contenir une situation révolutionnaire devenue thermidorienne. Le mouvement syndical, acteur marginalisé au cours de la période, apparaît comme un prisme pour mieux appréhender les tensions internes au chavisme. Nous observons ainsi la prise de pouvoir d’un groupe devenu aile conservatrice du mouvement syndical chaviste, cooptant les présidents de fédérations et s’opposant aux augmentations de salaire.
Le champ syndical, marqué par un haut niveau de politisation, connaît de multiples reconfigurations à partir de l’accession au pouvoir d’Hugo Chávez avec le renversement de la domination de la centrale syndicale historique et une tentative de réincorporation avortée par la polarisation des forces syndicales chavistes autour de deux clivages, autonomie ou dépendance à l’égard du gouvernement, priorité aux revendications économiques ou prévalence de la défense du processus politique. La réincorporation tardive du mouvement syndical est toutefois limitée par une stagnation du taux de syndicalisation et du niveau des salaires. Nous montrons les spécificités de la seconde vague d’incorporation, constituée sur une base territoriale plus que corporatiste, avec le secteur informel plutôt que la paysannerie. L’étude des trajectoires des membres des comités exécutifs des trois centrales successivement majoritaires et de récits biographiques permet de mieux comprendre le renouvellement puis l’institutionnalisation des directions syndicales. Nous achevons ce travail en nous intéressant au Bolívar, région du sud-est du pays, reflet des tensions entre le chavisme et le mouvement ouvrier.
La notion de populisme, souvent utilisée pour caractériser le gouvernement Chávez, nous paraît trop imprécise. Celle d’incorporation développée par David et Ruth Berins Collier dans Shaping the Political Arena permet d’affiner ces filiations à partir de la relation entre l’État et le mouvement syndical selon un clivage mobilisation versus contrôle où chacun des pays étudiés maintient le contrôle des syndicats par l’État. Notre étude de cas permet une actualisation du concept d’incorporation à l’époque post-néolibérale dont le Venezuela représente une variante privilégiant la mobilisation au contrôle.

26 avril 2016

Posado Thomas

Thomas Posado
Cresppa-CSU
59-61 rue Pouchet
75017 Paris

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