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Journées d’étude

jeudi 14 mars 2019 , Site Pouchet du CNRS, Paris

Journée d’étude « Socialisations économiques » : Appel à communication

Journée organisée par le RT5 (« Classes sociales, inégalités, fragmentations »), le RT12 (« Sociologie économique »), et le RT50 (« Socialisations ») de l’Association Française de Sociologie, avec le soutien du Cresppa-CSU.

Contact : jesoceco@gmail.com

Appel à communication

Les comportements économiques ont fait l’objet de travaux riches et variés, mettant en avant les logiques de calcul, l’organisation des dépenses, de l’investissement et de l’épargne dans des groupes sociaux soumis à différentes contraintes. Ces recherches ont cependant moins abordé la problématique de la socialisation, entendue classiquement comme les processus par lesquels des dispositions, génératrices de pratiques et de représentations, sont incorporées jusqu’à apparaître spontanées. L’intention de cette journée d’étude sur la socialisation économique est de donner à voir et de susciter des travaux qui font se rencontrer une problématique et un objet de recherche pour mieux comprendre l’origine des conduites économiques.
En ce sens, les travaux de Pierre Bourdieu sur l’Algérie (1963) constituent une première contribution majeure, en montrant comment à une structure sociale (en l’occurrence précapitaliste) sont associés des formes de calcul et un rapport à l’avenir qui deviennent désajustés lorsque les individus sont brusquement basculés dans une économie capitaliste. Dans ce sillage, l’anthropologie économique a étudié les décalages entre les dispositions acquises dans le cadre précolonial et celles induites par la scolarisation, puis les liens entre l’écriture, les mathématiques et les dispositions économiques (Ficquet et al., 2009 ; Vandendriessche, 2018). Adoptant d’autres cadres théoriques, les historien.ne.s des univers marchands ont aussi étudié la genèse de différentes dispositions économiques, qu’elles soient celles de l’homo œconomicus en analysant la comptabilité courante (Lemarchand et al., 2014), l’usage de l’écriture et plus spécialement des carnets de compte (Joly, 2009) ou de divers autres dispositifs (Jeannin, 2002), ou qu’elles concernent d’autres formes de rationalité, telle l’économie domestique (Barbier, 1981). Des discussions entre sociologues, anthropologues, historien.ne.s et archéologues de l’écriture et du calcul économiques (Menant et al., 2006) ont montré ce que l’adoption de ces dispositions doit à certains corps (scribes, courtiers) émanant de grandes organisations centralisées (États, églises, cités, compagnies marchandes), mais aussi à la diffusion de pratiques scripturales et comptables par l’intermédiaire d’institutions plus restreintes ou sans visée économique (guildes, corporations, groupes locaux, école). Cette approche stimulante des faits économiques au prisme de la formation des dispositions, que l’on trouve chez quelques autres auteurs (voir la bibliographie complémentaire), ne demande qu’à être travaillée davantage.

Les propositions de communication que nous attendons pourront aborder la formation des rapports professionnels et domestiques à l’argent, à la consommation, à l’investissement, à la dépense, à l’épargne ou au désintéressement économique à partir de terrains divers et en adoptant des perspectives variées. En s’appuyant sur des matériaux empiriques originaux, les communications pourront traiter, par exemple : du fonctionnement d’une institution socialisatrice (famille, école, genre, industrie culturelle, pairs, couple, État, institutions financières, commerciales, associatives, carcérales, médico-sociales, rue, lieu de résidence, de travail, de loisir ou de scolarisation, groupe professionnel, politique, religieux ou autre) ; de l’articulation simultanée ou séquentielle de plusieurs de ces institutions ; de la place des autruis significatifs ; de la plus ou moins grande malléabilité des dispositions et les conditions de leur transformation ; des modalités plus ou moins institutionnalisées, technicisées ou diffuses de l’incorporation ; des incompatibilités ou des complémentarités entre les dispositions économiques et d’autres dispositions, ou entre les univers où ont été acquises différentes dispositions économiques (typiquement, entre l’univers domestique et ceux qui lui sont extérieurs) ; des relations avec la conjoncture historique, avec l’organisation sociale ou avec les caractéristiques territoriales (degré de centralité, d’urbanisation, d’industrialisation, de richesse) ; de la reproduction ou de la subversion de l’ordre social.

Quant aux institutions qui encadrent les pratiques économiques, elles pourront être étudiées sous deux angles complémentaires : celui de la socialisation des agents de l’encadrement (à l’instar de F. Lebaron, 2000, pour le cas des économistes) et celui des modes de socialisation qui, chez leur public, favorisent ou entravent l’inculcation poursuivie par ces agents – que ce soit par l’intermédiaire d’individus ou de dispositifs.
Il n’est par ailleurs pas toujours possible d’isoler la dimension économique des dispositions, qui présentent alors d’autres aspects dignes d’être pris en considération, comme le rapport au temps, au calcul, à l’honneur, à la morale, au plaisir, à la critique ou encore au corps biologique. Les textes pourront également partir du constat des spécificités des comportements économiques pour remonter le fil des socialisations qui en rendent compte.

Bien sûr, ces quelques exemples sont donnés pour stimuler les propositions plus que pour clore la liste des thèmes ou objets que le comité voudrait voir abordés. Deux critères présideront à la sélection des communications : la qualité du matériau empirique et la place accordée aux relations entre la formation des dispositions et les comportements économiques.

Bibliographie : se reporter au document PDF ci-dessous

Candidatures et calendrier

Les propositions compteront de 3000 à 4000 signes (tout compris) et devront présenter clairement l’objet étudié, la problématique, les matériaux exploités et les modalités de leur production et de leur analyse.
Elles devront être envoyées le 28 novembre 2018 au plus tard, sous un format modifiable (docx, rtf, odt), par courriel à l’adresse suivante : jesoceco@gmail.com.
Les candidat.e.s seront informé.e.s le 22 décembre de la réponse du comité et les participant.e.s devront envoyer, le 25 février au plus tard, un texte de 20 000 à 40 000 signes qui sera transmis aux discutant.e.s.

AAC en PDF



  • Comité d’organisation

    Amélie Beaumont, doctorante, RT5 – CESSP-CRPS (Paris 1, EHESS), Cresppa-CSU
    Pierre Blavier, CR, RT12 – CLERSE (université de Lille)
    Julien Gros, CR, RT5 – LEST (université d’Aix-Marseille)
    Ana Perrin-Heredia, CR, RT5 – CURAPP (université de Picardie Jules Verne)
    Ana Portilla, doctorante, RT50 – CMH (ENS, EHESS), Cresppa-CSU
    Fanny Renard, MCF, RT50 – GRESCO Poitiers (université de Poitiers)
    Rémi Sinthon, docteur, RT50


    Comité scientifique

    Julien Bertrand, MCF, RT50 – PACTE (Sciences Po Grenoble, université Grenoble-Alpes)
    Céline Bessière, PU – IRISSO (Paris-Dauphine)
    Sylvain Bordiec, MCF, RT50 – LACES (université de Bordeaux)
    Hugo Bréant, post-doctorant, RT50 – DySoLab (université de Rouen)
    Olivier Godechot, DR, RT12 – MaxPo (Sciences Po, MPIfG Köln), OSC (Sciences Po)
    Anne Jourdain, MCF, RT12 – IRISSO (Paris-Dauphine)
    Sylvain Laurens, MCF – CESSP-CSE (EHESS)
    Jeanne Lazarus, CR – CSO (Sciences Po)
    Sidonie Naulin, MCF, RT12 – PACTE (Sciences Po Grenoble, université Grenoble-Alpes)
    Florence Weber, PR – CMH-ETT (ENS, EHESS)
    Ainsi que les membres du comité d’organisation.



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