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Journées d’étude

27 - 28 août 2018, Université Paris Nanterre, Amphitéâtre E3

Militarisme, militarisation et univers militaires : l’impact croisé des/sur les rapports sociaux de sexe, de classe et de race

Colloque organisé par Angeliki Drongiti (Cresppa-CSU, Université Paris 8) et Jules Falquet (Cedref-LCSP, Université Paris 7) dans le cadre du 8ème Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) « Espaces et enjeux des savoirs féministes : Réalités, luttes, utopies » - 27 – 31 août 2018 – Université Paris Nanterre.

La France est l’un des principaux producteurs et vendeurs d’armes et de doctrines militaires dans le monde, ancienne puissance coloniale et acteur belligérant impliqué dans plus d’une dizaine de pays. Son gouvernement, qui s’affirme démocratique, a pourtant institutionnalisé l’état d’urgence. Plus que jamais, disparaissent les frontières entre guerres extérieures et persécution d’un soi-disant « ennemi intérieur » (qui n’est autre que la population elle-même lorsqu’elle exprime son mécontentement). Il s’agit donc d’un défi théorique et politique considérable pour les mouvements féministes et la recherche francophones. Souhaitant contribuer à développer ce champ de recherche, ce colloque est inspiré par les travaux d’Andrée Michel, ainsi que ceux de Cynthia Cockburn (Grande Bretagne) et Cynthia Enloe (États-Unis) ou encore de Mercedes Olivera, (Mexique, en espagnol). Les communications s’appuient sur des perspectives féministes incluant l’effet conjugué des rapports sociaux de sexe, de race et de classe, en anthropologie, sociologie, histoire, sciences politiques et relations internationales, ainsi que des expériences militantes.

Session 1 : Les femmes armées, les femmes dans les armées

Présidente-Discutante : LYSAK Elena, CéSor-EHESS
Lundi 27 août 2018 – 14h00-15h20 – Amphiteatre E3.

WANYAKA BONGUEN OYONGMEN Virginie, Université de Yaoundé I « La militaire camerounaise : Entre champs de bataille et administration ou la valorisation d’une technicienne méconnue »

Depuis l’insertion de la femme dans les forces armées camerounaises, d’aucuns se sont posés la question sur le rôle de ces dernières dans un corps ou disent-ils, elle n’a pas de place. A travers cette étude, qui va d’une observation rigoureuse, nous ressortons l’utilité, les responsabilités de la militaire camerounaise dans ce corps masculinisé à travers ses compétences. A partir des entretiens directifs et semi-directifs, il a été aisé d’analyser le problème posé et d’aboutir des résultats probants.

GUILLEMET Sarah, Sciences Po Bordeaux – Centre Durkheim « Tendre vers une égalité des genres par un féminisme martial ? Le cas des femmes du Komala et du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) »

Cette communication propose d’étudier comment l’organisation en non-mixité et le féminisme martial promu par les combattantes kurdes du Komala (Kurdistan de l’Est, Iran) et du PKK (Kurdistan du Nord, Turquie) agissent comme des outils de subjectivation politique. Elle revient d’abord sur l’articulation progressive des rapports sociaux de sexe aux projets politiques révolutionnaires de deux partis de guérilla kurdes, le Komala et le PKK. Elle présente ensuite l’évolution des modèles de pensée de la non-mixité et de l’égalité de genres au sein de ces deux partis, au regard des pratiques des combattantes depuis le début des luttes armées. Puis elle observe comment l’organisation en non-mixité a permis le passage d’une sororité combattante a une sororité résistante, et questionne les effets de ce féminisme martial sur les formes d’engagements tant dans la lutte armée que dans les mouvements civils de femmes kurdes.

BARRERA TÉLLEZ Andrea, Université Paris Diderot, LCSP/CEDREF « La relation entre paix et guerre : des pistes de réflexion à partir des paroles des ex-combattantes colombiennes »

Cette communication cherche à mettre en question la relation d’exclusion mutuelle à travers laquelle l’on définit, généralement, la guerre et la paix. À partir des paroles des ex-combattantes colombiennes, nous voulons contribuer à une définition moins rigide de ces deux phénomènes. Ainsi, nous proposerons de : a) prendre la « paix » comme une construction permanente traversant la participation à la lutte armée ; b) analyser l’imbrication des rapports sociaux dans la continuité entre la guerre et la paix.

Session 2 : Hommes et militarisation

Présidente-Discutante : FALQUET Jules, CEDREF-LCSP, Université Paris 7
Lundi 27 août 2018 – 15h40-17h00 – Amphiteatre E3

GAUTHIER VELA Vanessa, Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) « Protégé.e.s par l’ONU : masculinités militarisées et production d’altérité en contexte de mission de paix »

Prenant comme point de départ les violences sexuelles commises par des Casques bleus et du personnel de l’Organisation des Nations unies (ONU), cette présentation soulèvera les relations entre masculinités militarisées et contexte de mission de paix. Une analyse ancrée dans les approches féministes et postcoloniales en Relations internationales mettra en lumière des processus de création d’altérité qui s’observent au sein d’une mission de l’ONU et impactent la (l’in)sécurité des civil.e.s.

XAVIER DO MONTE Izadora, Université Paris 8, Cresppa-GTM « La construction internationale du guerrier et le cas d’une armée subordonnée et complice — les militaires brésiliens dans le nouveau régime global-humanitaire du genre »

A partir de l’analyse de 40 entretiens, menés avec des militaires brésiliens à Brasilia et Port-au-Prince, je cherche à interroger les liens entre masculinité et militarisme dans le cadre du maintien de la paix. J’analyse la façon dont l’« incorporation de la nation » se produit – notamment, je propose une négociation entre un modèle de masculinité « cordial » brésilien et un modèle « global » du maintien de la paix.

TRBONJA Nermina, Université Paris 10 – Nanterre « Masculinités bosniens sur les fronts étranger en Syrie et Ukraine : une analyse des récits de vie »

À travers l’étude des récits de vie individuels relayés par des modes collectifs d’affirmation identitaire, mais surtout des représentations qui tendent à construire des modèles de masculinités militarisées , cette intervention posera un regard analytique sur les combattants d’origine bosnienne incorporés dans différents organisations militaires ou milices paramilitaires étrangères impliqués dans le conflit en Syrie, pour ou contre le régime baassiste et dans le conflit en Ukraine aux côtés des milices pro-russes ou aux côtés de l’armée nationale ukrainienne.

DRONGITI Angeliki, Cresppa-CSU, Université Paris 8 « La culture du secret militaire : un apprentissage des rapports de dominations »

L’entraînement militaire contient le silence et la prise de parole modérée au même temps que l’institution militaire protège, contrôle et sélectionne les informations qui circulent dans la sphère civile à son propos. À partir de l’analyse du contenu des documents confidentiels et des entretiens réalisés auprès des appelés et des professionnels de l’armée de terre grecque, cette communication vise à interpréter le mutisme institutionnel sous l’éclairage de rapports sociaux de sexe.

Session 3 : Militarisation de la société

Présidente-Discutante : DRONGITI Angeliki, Cresppa-CSU, Université Paris 8
Mardi 28 août 2018 – 9h00-10h20 – Amphiteatre E3

CACHO Norma, Centre de défense des droits humains PRODESC (Mexique) et DANIEL Sarah, Association Mana en France « Réflexion sur la colonialité de la militarisation et de la violence Féminicide en Abya Yala »

Cette présentation propose d’aborder les relations entre la militarisation et la violence féminicide en Abya Yala, particulièrement au Mexique et au Brésil, où le contrôle des corps et des territoires des femmes indigènes et afrodescendantes fait partie d’une stratégie militaire qui s’enracine dans la colonisation. Dans un contexte géopolitique mondial d’exploitation des ressources naturelles, la violence féminicide est une stratégie militaire de dépossession et de destruction des communautés.

PALMIERI Joëlle, Laboratoire Les Afriques dans le Monde « Afrique du Sud, France, Turquie : comment se banalise la militarisation de la société ? »

En France, en Afrique du Sud et en Turquie, on assiste à l’augmentation de la division sexuelle du travail, au développement de la culture de guerre et des systèmes répressifs, à la généralisation de la violence, à la banalisation des épistémès militaires – ordre, obéissance, hiérarchie. Cette situation est à la fois le produit du renforcement de la militarisation et produit de nouveaux rapports de domination.

VOISIN Elodie, Université Paris 8 – Cresppa-GTM « D’un "État viril" à des identités de genre. Militarisation de la vie quotidienne des hommes réfugiés Rohingyas en Malaisie »

Cette présentation s’appuie sur une ethnographie des violences basées sur le genre en contexte de migrations forcées parmi les réfugiés Rohingyas en Malaisie. Pour cela, nous examinons la construction sociale des masculinités des hommes réfugiés dans leur rapport à la violence. Plusieurs masculinités coexistent et sont hiérarchisées entre elles. Pour autant, elles ont en commun un idéal viril propre sous l’emprise de la militarisation de l’État birman et de la gestion des réfugiés en Malaisie.

Session 4 : Luttes antimilitaristes féministes – Des citoyennes militairement incorrectes

Présidente-Discutante : Pinar SELEK, Université de Nice-Sophia Antipolis
Mardi 28 août 2018 – 10h40-12h00 – Amphiteatre E3

POUZOL Valérie, Université de Paris 8- LEGS « Luttes antimilitaristes en Israël : la question du genre »

Les quelques groupes antimilitaristes en Israël ont souvent pris en compte les rapports sociaux de sexe et de race. Un collectif mixte « New Profile »/ Profile Hadash a été créé dans le pays, en 1998, afin de réunir hommes et femmes dans cette lutte. Ce groupe se définit clairement comme « féministe » et entend réfléchir à la définition d’une nouvelle masculinité israélienne. Il intervient notamment pour aider les jeunes Israélien-n-e-s qui refusent d’aller à l’armée et pour réformer l’éducation scolaire israélienne. Ce groupe est victime de violences et d’intimidations depuis une dizaine d’années.

CHÂTEAUVERT-GAGNIN Béatrice, University of Sussex « Dire la vérité au/contre le pouvoir : Chelsea Manning et les logiques de protection en sécurité internationale »

« Je me sens comme un monstre ! » écrit Chelsea Manning, faisant référence en partie à son identité de genre, mais surtout à son travail pour l’armée américaine en Iraq. L’histoire de Manning illustre les différentes logiques de protection sur lesquelles reposent les institutions militaires et étatiques. Cette présentation soutiendra que les révélations de Manning peuvent être lues comme une version moderne de la pratique de parrêsia mettant en lumière les limites et injustices de ces logiques.

FALQUET Jules, CEDREF-LCSP, Université Paris 7 « Analyser la guerre et le militarisme, penser la réorganisation néolibérale de la violence en tant que féministe en France (femmage à Andrée Michel) »

La France, puissance coloniale passée et présente, grande productrice et troisième vendeur d’armes à l’échelle mondiale, produit et exporte aussi des doctrines militaires clés, en particulier la guerre de basse intensité, imaginée par l’OAS et qui préfigure les actuelles stratégies de conflits asymétriques. Les liens de la guerre et du militarisme avec l’organisation globale des rapports sociaux de sexe, mais aussi avec le capitalisme et les rapports Nord-Sud, ont été brillamment analysés par Andrée Michel dès les années 80. Il est plus urgent que jamais de poursuivre dans cette voie.

Session 5 : Nation, sécurité publique et genre

Présidente-Discutante : XAVIER DO MONTE Izadora, Université Paris 8, GTM-CRESPPA
Mardi 28 août 2018 – 12h00-13h20 – Amphiteatre E3

DE RABEHARISOA Ernestine, Université d’Antananarivo et ANDRIAMIARISETA Andry Solofo, Université d’Antananarivo « Insécurité, privatisation de la sécurité et Forces Armées à Madagascar : De l’ambiguïté de la confusion de rôle dans la prise en charge de la sécurité publique »

La présente communication traite la problématique et les enjeux sociétaux de l’insécurité à Madagascar. 1- De l’ethnographie de l’insécurité à Madagascar aux enjeux de la perte de crédibilité des institutions étatiques : militaires et policières au regard des citoyens nous servent de point de départ. 2- l’analyse des formes de perversion et de logique a-normative opérationnelle dans la gestion publique de la sécurité des citoyens nous permettra de comprendre en partie le malaise malgache.

MASSON Laura, Instituto de Altos Estudios Sociales - Université nationale de San Martín « Nation, genre et race dans l’armée argentine »

Cette communication analyse, d’un point de vue intersectionnel, le système genre / sexualité / race par lequel l’armée argentine a essayé de s’établir comme une élite et a été construite en tant que représentante de la Nation. Je vais me concentrer sur les défis auxquels est confrontée la mise en œuvre des politiques de genre par le Ministère de la Défense, d’une perspective fondée sur les droits des femmes. Ce travail est basé sur mon expérience en tant que membre du Conseil de Politiques de Genre.

SIMONETTI Ilaria, EHESS, LAS « Mode et Militarisme : Étude sur l’uniforme des soldates israéliennes et ses enjeux personnels, politiques et économiques »

L’habit militaire n’est pas seulement l’expression d’une soumission à l’État par l’uni-formation vestimentaire mais peut se révéler à la fois medium d’autoreprésentation des soldats, image-clé d’une communication de guerre et levier d’une économie néolibérale globalisée. Explorant l’articulation entre mode et militarisme au prisme de l’intérsectionnalité, cette communication examine le double processus de militarisation de l’espace civil et de civilianisation du militaire dans le cadre du conflit israélo-palestinien.






  • Programme

    Lundi 27 août 2018

    Session 1 : 14h00-15h20
    Les femmes armées, les femmes dans les armées

    Session 2 : 15h40-17h00
    Hommes et militarisation


    Mardi 28 août 2018

    Session 3 : 9h00-10h20
    Militarisation de la société

    Session 4 : 10h40-12h00
    Luttes antimilitaristes féministes – Des citoyennes militairement incorrectes

    Session 5 : 12h00-13h20
    Nation, sécurité publique et genre



    CIRFF 2018 : Espaces et enjeux des savoirs féministes : Réalités, luttes, utopies



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