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Séminaire général Cresppa-CSU

Le séminaire collectif du CSU 2017-2018 est coordonné par :
Marie-Paule Couto, Karim Hammou, Paul Hobeika et Édouard Leport.

Le mardi, 14h-16h30, entrée libre.

Il vise à mettre en discussion des travaux récents en sociologie et en science politique. Résolument axé vers les pratiques de recherche, il constitue un espace de débat scientifique et critique des membres du CSU et des collègues d’autres institutions invités à présenter leurs travaux et à les discuter. Un de ses enjeux centraux est de confronter les approches, les cadres théoriques et les méthodes (qualitatives comme quantitatives) sur différents objets au cœur des préoccupations de recherche de l’UMR Cresppa.
Le séminaire est organisé autour de ces thématiques sans exclusive : la culture, l’action collective et le droit, l’éducation et la mobilité sociale, l’histoire et l’épistémologie des sciences sociales, le travail, les rapports sociaux de sexe, la politisation, etc.

Liste des ouvrages discutés

- Séance 1 : Claire DUCOURNAU, La fabrique des classiques africains. Écrivains d’Afrique subsaharienne, Paris : Éditions du CNRS, mars 2017 - 442 p.

Comment une œuvre littéraire accède-t-elle au rang de " classique " lorsque son auteur est issu d’Afrique subsaharienne francophone, l’une des zones les plus déshéritées du monde selon les standards culturels internationaux ? Comment une œuvre littéraire accède-t-elle au rang de " classique " lorsque son auteur est issu d’Afrique subsaharienne francophone, l’une des zones les plus déshéritées du monde selon les standards culturels internationaux ? Si les noms de Léopold Sédar Senghor et d’Ahmadou Kourouma se sont imposés partout, pourquoi d’autres auteurs, portés au pinacle en Europe, restent-ils peu connus dans leurs pays d’origine, quand les textes d’Aminata Sow Fall et de Seydou Badian, étudiés et discutés au Sénégal et au Mali, ne le sont pas en France ? Ce livre propose une histoire sociale collective de ces écrivains depuis 1960. Il distingue deux protagonistes majeurs : des intermédiaires culturels (organisateurs de festival, éditeurs, agents littéraires), souvent français, et des auteurs nés et socialisés en Afrique subsaharienne francophone, dont les trajectoires sont situées les unes par rapport aux autres dans un espace littéraire africain en recomposition. Nourri de nombreux entretiens, fondé sur le dépouillement d’archives inédites et sur une étude statistique, cet ouvrage majeur décrit par quels mécanismes symboliques et matériels des écrivains originaires d’Afrique subsaharienne francophone sont devenus, sous différentes formes, des classiques africains.

- Séance 2 : Bernard PUDAL et Claude PENNETIER, Le souffle d’Octobre 1917  : l’engagement des communistes français, Ivry-sur-Seine : Les éditions de l’Atelier, 2017 - 376 p.

Il y a cent ans, la révolution russe d’Octobre 1917 générait une espérance planétaire. Pourquoi, portés par le souffle de cet événement, des centaines de millions de personnes ont-elles cru au communisme ? Se distinguant des interprétations de François Furet (une illusion) et de Stéphane Courtois (un système criminogène), cet ouvrage, basé sur les autobiographies de communistes français, révèle les motivations singulières de militants convaincus par la révolution bolchévique et analyse ce que fut ce système : un nouveau type de pouvoir basé sur la domination d’une élite issue du peuple.

- Séance 3 : Lise Bernard, La précarité en col blanc, PUF, coll. « Le lien social », 2017 - 240 p.

À partir de témoignages et d’une enquête dans une agence immobilière parisienne, Lise Bernard nous montre les coulisses d’un monde de l’immobilier largement fantasmé. Contrairement à une image très répandue, les agents immobiliers sont exposés à une forme de précarité : s’ils peuvent percevoir des rémunérations élevées, leurs revenus sont incertains car déterminés en grande partie, voire entièrement, par les ventes qu’ils réalisent. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui quittent le métier faute de pouvoir en vivre. Ce livre explore l’univers de ces hommes et de ces femmes confrontés à ce que Lise Bernard nomme une « précarité en col blanc ». Il fait le récit de leur quotidien, de leurs inquiétudes, de leurs aspirations, de leurs valeurs. Combinant ethnographie et statistiques, il donne à voir une condition professionnelle emblématique de transformations profondes affectant la société française. Contribution originale à l’analyse de la structure sociale, ce livre aide à réfléchir aux manières de travailler et de vivre dans une société où les services à la personne, les relations de clientèle et l’individualisation des trajectoires ne cessent de se répandre.

- Séance 4 : Pauline Delage, Violences conjugales  : du combat féministe à la cause publique, Paris : Presses de Sciences Po, coll. « Domaine Genre », 2017 - 262 p.

Si la violence conjugale est aujourd’hui reconnue comme une question de société légitime, il n’en a pas toujours été ainsi. C’est grâce aux mobilisations féministes des années 1970, qui définissent alors la violence dans le couple comme une violence faite aux femmes - produit des rapports de domination entre les hommes et les femmes -, que ce phénomène est sorti de la dénégation sociale dans laquelle il était tenu. Comment une cause féministe devient-elle un problème public dont s’emparent les associations, les institutions internationales et l’État ?
À travers la question des violences conjugales et en comparant des cas français et américain, à Paris et à Los Angeles, Pauline Delage analyse avec acuité quelles sont, de part et d’autre de l’Atlantique, les formes légitimes de l’intervention publique dans le domaine de l’intime et des inégalités sexuées.

- Séance 5 : Rémi Sinthon, Repenser la mobilité sociale, Paris : Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, coll. « En temps & lieux », 2018 - 316 p.

L’ouvrage passe en revue l’ensemble des théories sociologiques de la stratification et de la mobilité sociales, produites depuis le XIXe siècle en langues anglaise et française. Rémi Sinthon se livre ensuite à une critique de ces théories à l’aune d’une série d’impensés récurrents qui les traversent : essentialisation et routinisation des catégories d’analyse, conception symétrique de l’ascension sociale et du déclassement, prétention à un point de vue englobant, limitation des dimensions des positions sociales, etc. Plusieurs causes de ces biais sont identifiées, notamment la pensée d’État, et quelques conséquences en sont examinées : interférence de préoccupation d’action, présupposé de la stabilité des catégories d’analyse, idée fausse qu’une société prise isolément puisse monter ou descendre, découpage mal justifié de l’espace social en quelques grandes classes, etc. Rémi Sinthon dresse alors un bilan prenant parti sur les théorisations les plus pertinentes, sur le critère de la protection qu’elles assurent contre les impensés rencontrés.

- Séance 6 : Christelle Dormoy-Rajramanan, Boris Gobille et Erik Neveu (dirs.), Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu, Éditions de l’Atelier, 2018 - 480 p.

Mai 68, cinquante après… L’événement génère encore de beaucoup de discours – des procès (« C’est la faute de 68 ! »), des confiscations (les leaders s’en appropriant le sens), des raccourcis (réduisant le mouvement à sa seule composante étudiante) –, mais qui sait comment cet épisode extraordinaire est entré dans la vie de millions de personnes ordinaires ? Pour sortir de l’oubli cette part essentielle de l’histoire, les Éditions de l’Atelier et Mediapart ont lancé de juin à septembre 2017 un vaste appel à témoignages. Plus de trois cents acteurs anonymes de Mai-Juin 1968 y ont répondu, en envoyant des textes, des documents. Enfant de la banlieue rouge, collégienne des beaux quartiers en blouse, étudiant algérien en art dramatique, ajusteur, professeur de collège, opératrice des PTT, monteuse stagiaire dans le cinéma, métallo d’une usine automobile, appelé du contingent, aumônier de jeunes, technicien du son à l’ORTF, directeur de la maison de la culture, cheminot… Reliés les uns aux autres, leurs récits forment une véritable fresque : barricades du Quartier latin, occupation d’usines, rébellion au lycée contre l’interdiction pour les filles de porter le pantalon, première manifestation, contestation d’un chef autoritaire, demande d’augmentation de salaires, premières prises de paroles en assemblée générale, premier pot au café… L’élan émancipateur de ce qui fut vécu durant ces semaines mémorables s’incarne de manière polyphonique, à la fois intime et politique. Ces pages forment la trace précieuse, inédite à cette échelle, de ce que fut Mai 68. Un moment d’histoire dont le souffle émancipateur a transformé des vies. Un passé si fort qu’il travaille encore le présent.

- Séance 7 : Audrey Célestine, Une famille française  : Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie, Éditions Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », 2018 - 160 p.

Dans ce récit intime qui s’étend de 1930 à 2010. Audrey Célestine retrace la vie des membres de sa famille sur trois générations. L’histoire se déplace des Antilles à l’Algérie en passant par le Nord de la France. C’est ainsi que la petite histoire s’inscrit dans la grande, et que les parcours exemplaires de ces personnages témoignent d’un contexte historique, politique et sociologique. En découvrant les vies de Minerva, dont les parents fuient l’Espagne franquiste pour l’Algérie en 1930, de Marcel, navigateur né à Marie-Galante qui rencontre Ginette à Dunkerque, ou encore de Pierrot né à Fort- de-France avant de rejoindre l’hexagone, on saisit comment la colonisation, l’empire, la décolonisation et le maintien de dominations ont modelé la vie, les amitiés, les amours et les trajectoires d’une famille française sur près d’un siècle. En plus de nous embarquer dans ce dédale de routes passionnant, le récit d’Audrey Célestine invite à la réflexion sur les thèmes ô combien d’actualité de l’identité et de l’expérience de la racialisation.

- Séance 8 : Jean-Yves Authier, Anaïs Collet, Colin Giraud et Sylvie Tissot (dirs.), Les Bobos n’existent pas, Presses universitaires de Lyon, coll. « Sociologie urbaine », 2018 - 208 p.

Omniprésent dans les médias, mais aussi dans le champ politique et dans le langage ordinaire, le terme « bobo » n’est pas neutre. Son usage et ses variantes (« boboïsation », « boboïsé ») tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l’hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu’ils prétendent décrire. En réduisant les « bobos » à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé.
Ainsi, scientifiquement parlant, les bobos n’existent pas, et des expressions telles que « boboïsation » ou « boboïsé » ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l’œuvre dans les phénomènes de « gentrification ». C’est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot « bobo » et ses usages dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

- Séance 9 : Romuald Bodin, L’institution du handicap  : Esquisse pour une théorie sociologique du handicap, Paris : La Dispute, 2018 - 181 p.

Qu’est-ce que le handicap ? Ce livre montre qu’il ne s’agit pas d’une réalité médicale, mais d’un phénomène social, qui peut faire référence à des singularités biologiques, mais dépend avant tout de la logique sociale de nos institutions. A partir de l’analyse de statistiques concernant la santé et le handicap, ainsi que de nombreux entretiens biographiques, l’auteur met en évidence que ce qui fait qu’une personne est considérée ou non comme handicapée renvoie au fonctionnement des grandes institutions sociales - famille, école, travail, espace public... Il explique aussi comment le statut administratif de personne handicapée tend à imposer une modification des parcours, des comportements et des identités. Cette nouvelle conception du handicap, qui met en relief sa construction étatique et législative, permet d’aborder différemment aussi bien l’expérience des personnes dites handicapées que les politiques de santé publique et d’action sociale.

- Séance 10 : Baptiste Coulmont, Changer de prénom. De l’identité à l’authenticité, Presses universitaires de Lyon, 2016 - 145 p.

Changer de prénom, c’est chercher à « devenir soi-même » (ou redevenir soi-même). De nombreux travaux ont pointé les injonctions contemporaines à être authentique sans insister sur les outils aux mains des personnes cherchant à fabriquer leur authenticité. Pour le dire autrement : changer de prénom n’est pas seulement répondre à la question « qui suis-je ? » (à la question de l’identité ou de l’identification étatique), mais c’est aussi répondre à la question de l’authenticité : « qui suis-je en vérité ? ». Identité et authenticité sont en tension dans les dossiers judiciaires.
Grâce à une étude de la jurisprudence, des observations dans plusieurs tribunaux et des recherches dans les archives des greffes, Baptiste Coulmont analyse comment le droit, petit à petit, en est venu à considérer le prénom non plus seulement sous l’angle de ses fonctions d’élément de l’état civil, à savoir sa capacité à identifier précisément un individu, mais aussi sous l’angle de ses fonctions connotatives : la capacité du prénom à indiquer l’appartenance à un groupe. S’est ainsi construit un droit à devenir soi-même, reconnu à présent par des juristes et des magistrats. On peut dès lors déployer une sociologie empirique de la fabrique de l’authenticité, en étudiant, à travers les archives judiciaires, les contextes où elle se manifeste concrètement. Autant d’histoires singulières qui racontent tour à tour le rapport de l’individu à son corps ou à son genre, ou encore à son sentiment d’appartenance nationale.

Programme

    • 11 septembre 2018 - 26 septembre 2018 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 1 : Claire Ducournau (RIRRA21), La fabrique des classiques africains. Écrivains d’Afrique subsaharienne
    Disc. Léa Talbot (Cresppa-CSU)

    • 16 octobre 2018 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS, salle 159

    Séance 2 : Bernard Pudal (Cresppa-CSU) et Claude Pennetier (CHS), Le souffle d’Octobre 1917. Pourquoi ont-ils cru au communisme ?
    Disc. Hugo Bonin (Cresppa-CSU) et Annie Collovald (CENS)

    • 20 novembre 2018 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 3 : Lise Bernard (CMH), La précarité en col blanc. Une enquête sur les agents immobiliers.
    Disc. Julien Gros (LEST)

    • 4 décembre 2018 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 4 : Pauline Delage (Cresppa-CSU), Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique.
    Disc. Marie Perrin (Cresppa-CSU) et Arthur Vuattoux (IRIS)

    • 22 janvier 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 5 : Rémi Sinthon (CSE), Repenser la mobilité sociale.
    Disc. Sylvain Thine (IDHE) et Yasmine Siblot (Cresppa-CSU)

    • 19 mars 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS, salle 159

    Séance 7 : annulée
    Audrey Celestine (Cecille), Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie.
    Disc. Marine Haddad (OSC) et Fabien Truong (Cresppa-CSU)

    • 9 avril 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 8 : Sylvie Tissot (Cresppa-CSU) et Colin Giraud (Cresppa-CSU), Les bobos n’existent pas (coécrit avec Jean-Yves Authier, Anaïs Collet et Jean Rivière).
    Disc. Ji-Young Kim (IDHES) et Pierre Gilbert (Cresppa-CSU)

    • 14 mai 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 9 : Romuald Bodin (Gresco), L’institution du handicap. Esquisse pour une théorie sociologique du handicap.
    Disc. Jérôme Bas (Cresppa-CSU) et Sandrine Garcia (Irises)

    • 28 mai 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 6 : (report de la séance du 5 février) Christelle Dormoy-Rajramanan (Cresppa-CSU), Boris Gobille (Triangle), Erik Neveu (Arènes), Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu.
    Disc. François Boureau (Cresppa-CSU) et Charles Soulié (Cessp)

    • 25 juin 2019 : 14 h - 16 h30 - Site Pouchet du CNRS

    Séance 10 : Baptiste Coulmont (Cresppa-CSU), Changer de prénom. De l’identité à l’authenticité.
    Disc. : Emmanuel Beaubatie (IRIS) et Sibylle Gollac (Cresppa-CSU)


    26 septembre 2018

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