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Lettre 43, mai 2017

 

Éditorial

Comme à l’accoutumée, ce numéro de la Lettre CSU fait le point sur les activités scientifiques de l’équipe. Au moment de boucler cette 43e édition, un fil rouge se dégage sans qu’on l’ait délibérément cherché : les recherches sur la santé fé-dèrent de plus en plus de chercheur·e·s parmi nous.
L’avortement et ses enjeux en termes de rapports sociaux de sexe ou encore le corps et la biologisation du social sont des thèmes de recherche présents de-puis longtemps au sein de l’équipe. Fait nouveau, on mesure aujourd’hui combien ils ont contribué, notamment par des di-rections de thèses récemment soute-nues, par la conduite de recherches col-lectives et la diffusion de leurs résultats, et enfin par les « conversions théma-tiques » de plusieurs d’entre nous, au dé-veloppement de ce qui n’était encore qu’un « thème émergent » au sein de l’équipe au moment de la dernière éva-luation du Cresppa par l’AERES de 2013.
Aujourd’hui, la sociologie de la santé, au CSU, recouvre et croise une sociologie des professions, perspective classique dans le champ, mais ici appréhendée au prisme de groupes professionnels sou-vent encore peu étudiés, extérieurs au ou à la lisière du monde médical (comme les forums associatifs et de patients ou les agents associatif en charge du dépis-tage du sida ou de la mise en œuvre des politiques de santé), marginaux en son sein (tels les ostéopathes) ou relative-ment dominés dans le champ de la méde-cine (à l’instar des médecins généra-listes).
Autre marque de fabrique du CSU, les recherches menées dans ce domaine au sein de l’équipe croisent plusieurs pers-pectives et excèdent ce faisant la seule sociologie de la santé, en combinant so-ciologie du travail (de soins) et des classes sociales (qu’il s’agisse des trajec-toires sociales des professionnels de san-té ou des expériences de proximité ou distance sociale entre soignants et soi-gnés), sociologie de l’action publique (en étudiant par exemple les réformes ali-mentaires aux États-Unis ou l’ancrage territorial des politiques de santé en France), ou encore sociologie des sciences – à l’instar des travaux en cours sur la vulgarisation des neurosciences (voir lettre 42) ou sur la remise en cause, récente, du dépistage organisé du cancer du sein, présentés dans les pages qui suivent.
Signes d’une activité fédératrice du CSU sur ce thème, plusieurs séances du sémi-naire général de l’équipe ont été consa-crées à la présentation et à la discussion de travaux sur ces enjeux, accueillant des chercheurs de l’équipe – sur les travail-leurs du médicament ou sur le genre « perturbateur des sciences » – ou d’autres laboratoires – avec des présentations de recherches sur l’engagement judiciaire des victimes du Distilbène ou la production de connaissances et méconnaissances en santé publique. Un nouveau séminaire mensuel thématique a vu le jour cette année, consacré aux inégalités sociales de santé et aux rapports de domination (voir lettre 42). Enfin, deux cher-cheur·e·s étranger·e·s, de l’université de Columbia ou d’Edinburgh, invités au CSU ce printemps, sont venus présenter leurs travaux croisant sociologie de la santé et des rapports de classe, de sexe et/ou de race.

Laure Pitti et Cédric Lomba

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