Imprimer

Lettre n°42, novembre 2016

 

Éditorial

À la mi-septembre se sont tenues les Journées d’étude du CSU, séminaire résidentiel qui, tous les deux ans et sur deux jours, vise à rassembler l’ensemble des membres de l’équipe. Réunissant une quarantaine de participant•e•s, l’édition 2016 avait plusieurs objectifs : outre celui de présenter les recherches des collègues ayant rejoint l’équipe depuis peu, elle visait à faire dialoguer les participant•e•s non seulement sur les résultats mais aussi sur les présupposés et points d’appui théoriques et les partis pris méthodologiques de leurs enquêtes.
Déclinées en quatre sessions : « Matérialismes », « Compter, qualifier, théoriser », « Mobilisations dans le domaine de la santé », « Classes sociales en action », réunissant chacune trois communications et une discussion, ces Journées, denses, ont à la fois conforté des convergences anciennes et mis au jour de nouvelles voies dans les recherches menées au sein de l’équipe.
Sur un plan théorique, si les postures sont multiples, les membres de l’équipe se retrouvent sur un refus de l’enfermement disciplinaire, un intérêt partagé pour le croisement des approches en sociologie et science politique, une attention portée à la socio-genèse des processus et une historicisation revendiquée. Ils et elles se retrouvent également dans le souci d’intégrer la réflexion théorique à l’objet de leurs recherches en analysant les transformations des échanges entre les espaces scientifiques et les mondes sociaux étudiés. Ils partagent, enfin, dans leurs pratiques de recherche, le souci de faire varier les échelles d’analyse, à partir d’approches situées : à l’inverse de ces sociologies homogénéisantes qui généralisent le propos par métonymie ou synecdoque, les recherches des membres du CSU visent à saturer un terrain, à partir d’enquêtes monographiques souvent longues, marquées par l’exigence d’un travail empirique approfondi.
En termes d’approches, ces Journées d’étude ont (re)mis au jour l’importance des approches matérialistes pour l’ensemble des membres de l’équipe, qu’ils s’inscrivent dans une sociologie des rapports de domination de sexe, de classe, de race et / ou de génération. Ces approches matérialistes au sein de l’équipe ne font pas l’économie d’une analyse des schèmes cognitifs et des processus de formation des représentations mentales des agents, saisis empiriquement via l’analyse des pratiques de pensée, des trajectoires et des ressources que ceux-ci mobilisent. Plus largement, ces Journées ont montré l’importance que revêt pour les membres du CSU l’attention portée aux logiques et processus de catégorisation. Les rapports de domination, les logiques de pouvoir, passent souvent par des catégories, imposées ou revendiquées, par des luttes de catégorisation, qui impliquent de ne pas prendre ces catégories pour « argent comptant », mais d’en analyser la genèse et les enjeux.
En termes d’objets, ces Journées ont montré la richesse des approches croisées des processus et pratiques de politisation, qu’on les saisisse à l’aune des dispositifs d’action publique ou dans leurs manifestations « ordinaires ». Elles ont aussi conforté le renforcement de notre ancrage et de nos apports en sociologie de la médecine et de la santé, là encore dans des approches croisées, en l’occurrence ici des mouvements (et des rapports) sociaux dans le champ de la santé.
Bref, une moisson fructueuse que cette édition 2016 des « JE du CSU », où l’on mesure une fois encore toute l’importance qu’il y a à consacrer du temps à la réflexivité sur nos pratiques et résultats de recherches, au sein d’une équipe qui devient ainsi un collectif de travail.

Laure Pitti et Cédric Lomba

Télécharger la Lettre 42



^