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Ouvrages

 

Bernard Pudal, avec Dominique Damamme, Boris Gobille et Frédérique Matonti (dir.) Mai-Juin 68 Paris : Éditions de l’Atelier, 2008 - 445 p.

Enjeu des polémiques, Mai 68 est mal connu. À quelques exceptions près, et encore toutes récentes, l’événement est bien plus objet de fantasmes qu’objet de connaissance. Quatre décennies après l’événement, on ne comptabilise que quelques recherches scientifiques notables. Ce déficit scientifique et la récurrence de ce « passé qui ne passe pas » dans la vie politique imposent aujourd’hui de rouvrir à nouveaux frais le dossier. Peu d’événements historiques pacifaques$oNt été l’enjeu d’une querelle des héritages comme Mai 68. Paradoxe pour un événement qui n’a entraîné qu’un très faible nombre de victimes, Mai 68 jouerait, depuis plus de trente-cinq ans, le rôle dévolu pendant deux siècles à la Révolution Française (Feher) : moment célébré ou honni, la crise de Mai aurait tout d’une histoire inachevée, comme telle sujette à controverses incessantes, par rapport à laquelle chacun est sommé de se situer. Couronnement d’un procès en récusation, l’élection présidentielle de 2007 a vu s’imposer un discours sécuritaire qui ne craignait pas d’imputer à Mai 68 une responsabilité singulière, celle d’avoir miné tous les ressorts de l’Autorité : du laxisme des enseignants hérité de Mai 68 à l’affaissement de l’autorité de l’Etat, des zones de non-droit à la démission des parents, etc. On assiste aujourd’hui à un véritable tir de barrage médiatique et essayiste contre Mai 68. La presse magazine s’interroge sur le fait de savoir s’il faut « liquider Mai 68 pour penser l’école aujourd’hui » (Télérama) – au demeurant pour conclure plutôt par la négative –, un philosophe en place publie un ouvrage sur « la fin de l’autorité » (Alain Renaut), on republie un ouvrage de dénonciation des contestataires de Mai (L’univers contestationnaire) – les indices abondent, dont ces exemples ne sont qu’un échantillon. La critique de Mai 68 n’est plus l’apanage de la droite. Le présent ouvrage porte un nouveau regard sur Mai 68 en s’appuyant sur les travaux sérieux existants, en portant à la connaissance d’un large public les fruits de nouvelles recherches et de nouvelles synthèses. Au lieu de plaquer sur l’évènement une grille d’analyse préétablie, ce livre examine l’évènement 68 dans sa profondeur et l’ébranlement qu’il a généré, en fournissant une nouvelle problématique qui parlera autant au spécialiste des sciences sociales qu’au lecteur non spécialiste.

Compte rendu : Igor Martinache, La vie des idées, le 2 mai 2008

25 avril 2016


Bernard Pudal

Professeur émérite à l’université
Paris Ouest-Nanterre
Cresppa-CSU
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