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Soutenances de thèses

 

Soutenance de thèse

Résumé :
Chaque année, près de 165 000 ménages locataires sont assignés au tribunal par leurs propriétaires dans le cadre d’une procédure d’expulsion pour dette locative, soit plus de 1% des ménages résidant dans le parc locatif de France métropolitaine. Fondée sur une enquête statistique et ethnographique menée dans un département populaire de région parisienne, cette thèse restitue les inégalités de trajectoire d’un échantillon de locataires en procédure d’expulsion, en lien avec l’activité des institutions publiques chargées de recouvrir leurs créances et d’administrer ce contentieux : commissions de travail social liées au droit au logement, tribunaux d’instance, bureau des expulsions de la préfecture et commissariats de police. Elle met tout d’abord en lumière les conditions et la rationalité économiques spécifiques qui conduisent un nombre important de ménages populaires à suspendre le paiement du loyer plutôt que de recourir à d’autres circuits d’endettement. La thèse analyse ensuite les dispositifs de recouvrement et les usages du droit que mobilisent les propriétaires afin de recouvrir et de sanctionner les créances locatives, et le traitement que réserve l’institution judiciaire à leurs demandes et aux locataires indisciplinés. Elle étudie enfin les logiques régaliennes de l’autorisation administrative et de l’exécution, par les agents de l’État et les acteurs publics locaux, du concours de la force publique à l’encontre des ménages condamnés par le tribunal et se refusant à quitter leur logement. En définitive, la thèse analyse l’endettement locatif comme une transaction à crédit particulière, dont les dispositifs de recouvrement et de sanction coercitive font apparaître la violence légitime de l’État comme une instance nécessaire à la reproduction du marché du logement, de ses normes économiques comme des inégalités de statuts résidentiels qui le structurent.

Composition du jury :
- M. Stéphane BEAUD, Professeur de sociologie, Université de Poitiers
- Mme Claire LEMERCIER, Directrice de recherche CNRS, CSO
- Mme Hélène MICHEL, Professeure de sciences politiques, Université de Strasbourg, rapporteure
- M. Gilles PINSON, Professeur de sciences politiques, IEP de Bordeaux
- M. Alexis SPIRE, Directeur de recherche CNRS, IRIS, rapporteur
- Mme Sylvie TISSOT, Professeure de sciences politiques, Université Paris 8, directrice de thèse

Soutenance de thèse

Résumé :

Les études sur les sociétés post-esclavagistes de l’Amérique et de la Caraïbe considèrent le rôle économique des femmes dans les familles comme le signe d’un dysfonctionnement social. Cette thèse rejette cette assertion en évoquant la dimension politique des responsabilités auxquelles ces femmes sont assignées. En Haïti, les femmes sont souvent au centre de leurs familles pour le maintien de la vie. Pourtant, elles sont à la marge des espaces décisionnels dans cette société. Nous faisons l’hypothèse que cette situation paradoxale découle de l’imaginaire qui avait émergé avec la crise du Moyen-âge et l’expulsion des hommes dissidents et parias de l’Europe vers l’Amérique. Devenus flibustiers, ces hommes ont nourri une utopie radicale dans la Caraïbe en se considérant comme des frères égaux vivant d’une économie axée sur le pillage. Par là, ils proposent une forme du politique qui rejette la hiérarchie entre hommes. Du fait de ces rapports de pouvoir construits sur l’horizontalité entre hommes, les femmes sont contraintes de compenser l’absence de l’État et sont poussées à assurer un rôle de protection dans leurs familles. Alors, elles deviennent des piliers de leurs familles, des poto-mitan qui seront obligées d’émigrer pour gagner l’argent qui garantira leur devoir de protection. Ces rôles différenciés des femmes et des hommes se construisent dès le jeune âge au travers de pratiques de socialisation qui inculquent aux filles une éthique de responsabilité envers les autres, alors que les garçons sont socialisés dans l’idée d’un soi délié. Devenus adultes, les hommes auront du temps et les ressources nécessaires pour s’investir dans la politique, un modèle du politique qui écarte toute forme de responsabilité envers la société. Car, pour maintenir l’égalité entre hommes, l’État ne doit ni se structurer ni assumer un rôle collectif, ni contribuer à stimuler le secteur productif. À cet effet, les acteurs déploient des tactiques de dérision du chef et de liquidation de l’autorité. Ce mode de construction du politique et des rapports sociaux de sexe nous invite à contester l’idée selon laquelle la société haïtienne serait en crise. Ici, la pauvreté et l’instabilité politique perçues sont des effets induits par le mode de fonctionnement de l’imaginaire flibuste : l’irresponsabilité dans le domaine du politique devient la compétence des dominants.

Composition du jury

Myriam COTTIAS : Directrice de recherche au CNRS, France
Michèle DUVIVIER PIERRE-LOUIS : Professeure, Université Quisqueya, Haïti
Jules FALQUET : HDR, Maîtresse de conférence, Université Paris 7, France
Florence GIUST-DESPRAIRIES : Professeure, Université Paris 7, France
Diane LAMOUREUX : Professeure, Université Laval, Canada
Gail PHETERSON : Maîtresse de conférence Emérite, HDR, Université Paris 8-CNRS, Université Jules Verne, Picardie, France (directrice de thèse)
Gloria WEKKER : Professeure Emérite, Université d’Utrecht, Pays-Bas.

Soutenance de thèse

Résumé de la thèse :

Portant une contestation radicale du patriarcat et visant une « libération des femmes », les mouvements féministes qui se développent dans les années 1970 ont contribué à remettre en question les rapports de genre dans de nombreux domaines. À partir d’une recherche combinant travail sur archives, enquête par questionnaire et entretiens, la thèse prend pour objet l’engagement de femmes dans ces mobilisations en France. Elle vise à comprendre comment la participation à ce mouvement social – caractérisé par la politisation de la sphère privée – a transformé les trajectoires de militantes « ordinaires » et celles de leurs enfants. Au moyen d’une approche localisée et comparée, la thèse analyse d’abord les contextes militants dans lesquels les féministes ont circulé et ont été socialisées. Retraçant les mobilisations féministes qui se déploient à Lyon et à Grenoble entre 1970 et 1984, elle revisite l’histoire des féminismes français de la « deuxième vague ». Étudiant ensuite les carrières militantes des féministes, la thèse montre les effets socialisateurs durables de ces engagements et leur empreinte sur les différentes sphères de leur vie. Des analyses séquentielles permettent de mettre au jour leurs principaux devenirs jusqu’à aujourd’hui, sur le plan politique comme sur le plan personnel. Resserrant la focale d’analyse sur les féministes devenues mères, l’enquête révèle finalement par quels pratiques et processus une transmission familiale du féminisme s’est opérée et quels héritages politiques en résultent chez les enfants. Elle dégage plusieurs facteurs pour comprendre les appropriations différenciées de ces héritages parmi la deuxième génération.

Composition du jury

- Catherine Achin, Professeure à l’Université Paris Dauphine (rapporteure)
- Felix Bühlmann, Professeur à l’Université de Lausanne
- Muriel Darmon, Directrice de recherche au CNRS (rapporteure)
- Michelle Zancarini-Fournel, Professeure émérite à l’Université Claude Bernard Lyon 1

Soutenance de thèse

Résumé

Les jeunes parents sollicitent des recours thérapeutiques multiples pour soigner et protéger leurs nourrissons : pratiques traditionnelles magico religieuses –comme celles rencontrées sur le terrain d’enquête en Sarthe et en Mayenne- et recours plus récents à l’ostéopathie viennent ainsi souvent compléter la médecine conventionnelle dans le parcours de soins actuel des tout-petits. Le rapport au toucher, c’est-à-dire la façon de manipuler les corps des nourrissons, plus ou moins intrusive, plus ou moins "personnalisée", accompagnée ou non de verbalisation, s’est avéré un élément central dans ces choix thérapeutiques. L’étude de l’évolution de ces façons de toucher les bébés depuis les années 1950 dans notre société est un miroir des représentations du corps et de l’individu. Nous avons choisi de les analyser dans une perspective ethnographique et éliasienne.

Composition du jury

- Monsieur Alban Bensa, directeur d’études en anthropologie, EHESS, Paris (rapporteur)
- Madame Danièle Carricaburu, professeure des universités en sociologie, Université de Rouen (rapporteure)
- Madame Irene Maffi, professeure en anthropologie, Université de Lausanne
- Madame Dominique Memmi, directrice de recherches en sciences sociales, CNRS, Paris (directrice de thèse)
- Madame Geneviève Pruvost, chargée de recherches en sociologie, CNRS, Paris

Soutenance de thèse

Le jury est composé de :

Presidente :
- Rosa Maria De La Fuente Fernandez

Vocales :
- Luis Moreno Fernandez
- Christian Azais
- Manuel Villoria Mendieta

Secretario/a :
- Maria Velasco Gonzalez

Soutenance de thèse

Résumé :

Comment le travail de santé fabrique-t-il de l’inégalité ? Sur le terrain du dépistage du sida, les individus consultent tous pour le même motif, dans un cadre de consultation anonyme et gratuit. Celui-ci permet d’observer comment des soignant.e.s classent les usager.e.s des services de santé dans des catégories sociales/genrées/sexuelles/raciales, et différencient leur offre de biens de santé face à une demande identique, en l’absence de contrainte budgétaire. Il s’agit ainsi de rendre compte de pratiques de classement des agents de santé publique et de leurs effets sociaux.

L’enquête combine des matériaux variés : archives directes ; analyse quantitative ; 53 entretiens semi-directifs approfondis avec des témoins de l’évolution du dispositif de dépistage, les médecins et les infirmier.e.s des CDAG investigués et avec des salarié.e.s non-professionnel.le.s de santé des associations enquêtées ; observation directe de 214 interactions entre prestataires et destinataires du dépistage entre 2012 et 2014 dans deux types de centres de dépistage : publics, accueillant la population générale (trois hospitaliers et un municipal), et associatifs, accueillant des populations ciblées (deux locaux de AIDES et le Kiosque Infos Sida).

Mis en œuvre par des médecins, infirmières et infirmiers, et des salarié.e.s d’associations non-professionnel.le.s de santé, le dépistage du sida permet de faire la part des effets de la socialisation professionnelle, de la position et de la trajectoire sociales des agents sur leurs pratiques de classement, qui se déploient entre reprise des catégories du sens commun et imposition de catégories savantes. Les matériaux ethnographiques permettent de mettre au jour des opérations de classement, objectivées dans des dossiers médicaux ou restant de l’ordre de l’implicite.

L’observation des interactions met en évidence l’origine d’un traitement différencié des usager.e.s : les agents de santé publique apportent davantage d’explications à celles et ceux qui les comprennent le mieux, sauf dans les cas où une connaissance plus fine des appartenances sociales et des pratiques des usager.e.s (acquise lors de rares interactions plus longues) permet aux agents du dépistage d’apporter des informations préventives adaptées aux situations individuelles. L’observation des interactions met en évidence une faible prise en compte des appartenances de genre et de classe, et une racialisation des catégories sexuelles : seuls les hommes blancs sont interrogés sur leur (homo)sexualité et reçoivent des informations plus personnalisées, quand les femmes et hommes non-blancs sont supposés hétérosexuels, et reçoivent dès lors des conseils plus standardisés.

Le cas du dépistage du sida permet donc de comprendre comment des savoirs d’État désignent des cibles prioritaires et, ce faisant, produisent des effets sur le travail des agents de santé publique. Quand bien même l’enquête montre que les agents sont équipés pour prendre en compte les appartenances sociales dans leur travail, l’accent mis sur la prévention et l’éradication de la maladie les empêche de penser les inégalités sociales entre les malades et, ce faisant, contribue à les amplifier.

Composition du jury :

- Vincent Dubois (président)
- François Buton (rapporteur)
- Marie Jaisson (rapporteure)
- Anne Paillet
- Dominique Memmi (directrice)
- Patrice Pinell (co-directeur)

Soutenance de thèse

Résumé :

Pendant mes recherches, j’ai habité le Quartier Latin de Bangui (RCA) où les femmes étaient cheffes de famille. Les autres habitant-e-s de la ville les appellent les « femmes libres, car tellement elles ont usé de leur liberté, c’est devenu péjoratif ». Pour vivre, elles partaient travailler chaque nuit dans les espaces de loisirs des expatriés français, dans les bars, dans les restaurants et dans les boîtes de nuit du centre-ville, comme employées domestiques, serveuses, prostituées et cuisinières. L’objet de cette thèse est l’analyse des rapports de pouvoir qui traversent les échanges économico-sexuels entre des hommes expatriés français et des femmes centre-africaines à Bangui. La recherche amènera à analyser le travail sexuel et domestique des femmes centre-africaines dans les espaces de loisirs et de consommation des expatriés comme étant au cœur de la construction de la communauté expatriée et de la constitution d’une classe de femmes qui, entre contraintes et recherche d’autonomie, négocient la valeur de leurs vies dans la ville.

« Si les gens disent que tu es une pute, tu entends mais tu fermes tes oreilles, parce que, toi, tu sais pourquoi tu le fais : pour l’avenir. c’est un travail. tu le fais pour ce que tu as décidé d’être dans ton cœur » (entretien, Bangui, 2010)





Composition du jury :

- Gail Pheterson, Maîtresse de conférence HDR (directrice de la thèse)
- Jules Falquet, Maîtresse de conférence HDR (rapporteure)
- Eliane de Latour, Directrice de recherche, CNRS (rapporteure)
- Milena Chimienti, Professeure, Haute Ecole du Travail Social de Genève
- Anne-Marie Devreux, Directrice de recherche, CNRS
- Nicola Mai, Professeur, Kingston University London
- Jean-Bernard Ouédraogo, Directeur de recherche, CNRS

Soutenance de thèse

Résumé :
La ville américaine de La Nouvelle-Orléans a été le lieu de diverses expérimentations sociales au lendemain des destructions de l’ouragan Katrina de 2005. Cette thèse prend pour objet l’élaboration et la mise en œuvre de l’un de ces projets de réforme. Porté par un mouvement social plus large à l’échelle nationale, ce projet visait à améliorer l’accès aux « aliments sains » dans les quartiers populaires de la ville afin de lutter contre l’épidémie d’obésité et de relancer l’économie locale. À partir d’entretiens biographiques auprès de membres d’une commission municipale mandatée pour étudier ce problème public, de l’analyse de ses archives et de l’observation du travail réformateur, l’enquête interroge la formation d’un sens commun : alors que les autorités avaient laissé mourir de nombreux habitants au lendemain du passage de l’ouragan, pourquoi décidaient-elles désormais de les faire vivre en réformant leurs habitudes alimentaires ? En suivant les acteurs et institutions qui ont porté ce projet, depuis sa définition au tournant des années 2000 au sein d’un centre de recherches en santé publique jusqu’à sa réception par les autorités locales et les habitants dans une ville profondément transformée au début des années 2010, l’enquête met au jour les conditions sociales de possibilité de cette expérimentation et ses effets inattendus : tout en ratant leur diagnostic et en manquant leur cible, les réformateurs de l’alimentation avaient néanmoins atteint leur principal objectif en contribuant à changer les habitants de la ville, à défaut de changer leurs habitudes.

Composition du jury :

- Mme Anne LOVELL, directrice de recherche émérite INSERM
- Mme Dominique MEMMI, directrice de recherche CNRS (directrice de thèse)
- M. Pap NDIAYE, professeur des universités
- M. Érik NEVEU, professeur de science politique (rapporteur)
- M. Christian TOPALOV, directeur d’études EHESS (directeur de thèse)
- M. Didier TORNY, directeur de recherche INRA (rapporteur)

Soutenance de thèse

Résumé :

Derrière l’avortement, les cadres sociaux de l’autonomie des femmes. Refus de maternité, sexualités et vies des femmes sous contrôle. Une comparaison France - Québec.
À partir d’une enquête qualitative menée auprès de femmes ayant avorté dans les dix dernières années en France et au Québec, cette recherche met en évidence la norme contraceptive dans ces deux sociétés et révèle l’opposition forte faite par l’ensemble des femmes – et même celles qui avortent plusieurs fois – entre les « bonnes » pratiques en matière de contrôle des naissances – la contraception – et la « mauvaise » pratique –l’avortement. Bien qu’il soit une donnée structurelle des trajectoires reproductives des femmes, une pratique aujourd’hui sans risque pour leur santé et un acte ordinaire lorsqu’on le défait de la charge morale qui lui est associé, l’IVG continue d’être l’objet d’un ensemble de représentations sociales stigmatisantes. Aussi, l’analyse des expériences des femmes rend compte de l’ensemble des éléments qui teintent le vécu d’une ou de plusieurs interruptions de grossesse. Si la décision d’avorter est une évidence pour l’ensemble des femmes, lorsqu’elles sont impliquées dans des activités concurrentes (études, carrière ou élevage et allaitement d’un enfant en bas âge), elle peut devenir plus difficile lorsqu’elle correspond au refus de leur partenaire d’investir un projet parental qu’elles portent seules. Enfin, la mise en perspective des modalités de la prise en charge énoncée par les femmes à Paris et à Montréal, révèle les nombreux obstacles qui peuvent rendre cet épisode plus compliqué voire douloureux, témoignant des réticences dans ces deux sociétés à penser cette pratique comme un acte ordinaire de planification des naissances relevant principalement du champ de la santé.

Membres du jury :

- Catherine ACHIN, Professeure des universités, Université Paris Dauphine
- Francine DESCARRIES, Professeure, UQÀM
- Michèle FERRAND, Directrice de recherche, CNRS
- Gail PHETERSON, Maîtresse de conférences, Université Jules Verne
- Marie-Andrée ROY, Professeure, UQÀM
- Laurent TOULEMON, Directeur de recherche, INED

15 novembre 2017

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