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Soutenances de thèses

 

Soutenance de thèse

Résumé de la thèse :

Portant une contestation radicale du patriarcat et visant une « libération des femmes », les mouvements féministes qui se développent dans les années 1970 ont contribué à remettre en question les rapports de genre dans de nombreux domaines. À partir d’une recherche combinant travail sur archives, enquête par questionnaire et entretiens, la thèse prend pour objet l’engagement de femmes dans ces mobilisations en France. Elle vise à comprendre comment la participation à ce mouvement social – caractérisé par la politisation de la sphère privée – a transformé les trajectoires de militantes « ordinaires » et celles de leurs enfants. Au moyen d’une approche localisée et comparée, la thèse analyse d’abord les contextes militants dans lesquels les féministes ont circulé et ont été socialisées. Retraçant les mobilisations féministes qui se déploient à Lyon et à Grenoble entre 1970 et 1984, elle revisite l’histoire des féminismes français de la « deuxième vague ». Étudiant ensuite les carrières militantes des féministes, la thèse montre les effets socialisateurs durables de ces engagements et leur empreinte sur les différentes sphères de leur vie. Des analyses séquentielles permettent de mettre au jour leurs principaux devenirs jusqu’à aujourd’hui, sur le plan politique comme sur le plan personnel. Resserrant la focale d’analyse sur les féministes devenues mères, l’enquête révèle finalement par quels pratiques et processus une transmission familiale du féminisme s’est opérée et quels héritages politiques en résultent chez les enfants. Elle dégage plusieurs facteurs pour comprendre les appropriations différenciées de ces héritages parmi la deuxième génération.

Composition du jury

- Catherine Achin, Professeure à l’Université Paris Dauphine (rapporteure)
- Felix Bühlmann, Professeur à l’Université de Lausanne
- Muriel Darmon, Directrice de recherche au CNRS (rapporteure)
- Michelle Zancarini-Fournel, Professeure émérite à l’Université Claude Bernard Lyon 1

Soutenance de thèse

Résumé

Les jeunes parents sollicitent des recours thérapeutiques multiples pour soigner et protéger leurs nourrissons : pratiques traditionnelles magico religieuses –comme celles rencontrées sur le terrain d’enquête en Sarthe et en Mayenne- et recours plus récents à l’ostéopathie viennent ainsi souvent compléter la médecine conventionnelle dans le parcours de soins actuel des tout-petits. Le rapport au toucher, c’est-à-dire la façon de manipuler les corps des nourrissons, plus ou moins intrusive, plus ou moins "personnalisée", accompagnée ou non de verbalisation, s’est avéré un élément central dans ces choix thérapeutiques. L’étude de l’évolution de ces façons de toucher les bébés depuis les années 1950 dans notre société est un miroir des représentations du corps et de l’individu. Nous avons choisi de les analyser dans une perspective ethnographique et éliasienne.

Composition du jury

- Monsieur Alban Bensa, directeur d’études en anthropologie, EHESS, Paris (rapporteur)
- Madame Danièle Carricaburu, professeure des universités en sociologie, Université de Rouen (rapporteure)
- Madame Irene Maffi, professeure en anthropologie, Université de Lausanne
- Madame Dominique Memmi, directrice de recherches en sciences sociales, CNRS, Paris (directrice de thèse)
- Madame Geneviève Pruvost, chargée de recherches en sociologie, CNRS, Paris

Soutenance de thèse

Le jury est composé de :

Presidente :
- Rosa Maria De La Fuente Fernandez

Vocales :
- Luis Moreno Fernandez
- Christian Azais
- Manuel Villoria Mendieta

Secretario/a :
- Maria Velasco Gonzalez

Soutenance de thèse

Résumé :

Comment le travail de santé fabrique-t-il de l’inégalité ? Sur le terrain du dépistage du sida, les individus consultent tous pour le même motif, dans un cadre de consultation anonyme et gratuit. Celui-ci permet d’observer comment des soignant.e.s classent les usager.e.s des services de santé dans des catégories sociales/genrées/sexuelles/raciales, et différencient leur offre de biens de santé face à une demande identique, en l’absence de contrainte budgétaire. Il s’agit ainsi de rendre compte de pratiques de classement des agents de santé publique et de leurs effets sociaux.

L’enquête combine des matériaux variés : archives directes ; analyse quantitative ; 53 entretiens semi-directifs approfondis avec des témoins de l’évolution du dispositif de dépistage, les médecins et les infirmier.e.s des CDAG investigués et avec des salarié.e.s non-professionnel.le.s de santé des associations enquêtées ; observation directe de 214 interactions entre prestataires et destinataires du dépistage entre 2012 et 2014 dans deux types de centres de dépistage : publics, accueillant la population générale (trois hospitaliers et un municipal), et associatifs, accueillant des populations ciblées (deux locaux de AIDES et le Kiosque Infos Sida).

Mis en œuvre par des médecins, infirmières et infirmiers, et des salarié.e.s d’associations non-professionnel.le.s de santé, le dépistage du sida permet de faire la part des effets de la socialisation professionnelle, de la position et de la trajectoire sociales des agents sur leurs pratiques de classement, qui se déploient entre reprise des catégories du sens commun et imposition de catégories savantes. Les matériaux ethnographiques permettent de mettre au jour des opérations de classement, objectivées dans des dossiers médicaux ou restant de l’ordre de l’implicite.

L’observation des interactions met en évidence l’origine d’un traitement différencié des usager.e.s : les agents de santé publique apportent davantage d’explications à celles et ceux qui les comprennent le mieux, sauf dans les cas où une connaissance plus fine des appartenances sociales et des pratiques des usager.e.s (acquise lors de rares interactions plus longues) permet aux agents du dépistage d’apporter des informations préventives adaptées aux situations individuelles. L’observation des interactions met en évidence une faible prise en compte des appartenances de genre et de classe, et une racialisation des catégories sexuelles : seuls les hommes blancs sont interrogés sur leur (homo)sexualité et reçoivent des informations plus personnalisées, quand les femmes et hommes non-blancs sont supposés hétérosexuels, et reçoivent dès lors des conseils plus standardisés.

Le cas du dépistage du sida permet donc de comprendre comment des savoirs d’État désignent des cibles prioritaires et, ce faisant, produisent des effets sur le travail des agents de santé publique. Quand bien même l’enquête montre que les agents sont équipés pour prendre en compte les appartenances sociales dans leur travail, l’accent mis sur la prévention et l’éradication de la maladie les empêche de penser les inégalités sociales entre les malades et, ce faisant, contribue à les amplifier.

Composition du jury :

- Vincent Dubois (président)
- François Buton (rapporteur)
- Marie Jaisson (rapporteure)
- Anne Paillet
- Dominique Memmi (directrice)
- Patrice Pinell (co-directeur)

Soutenance de thèse

Résumé :

Pendant mes recherches, j’ai habité le Quartier Latin de Bangui (RCA) où les femmes étaient cheffes de famille. Les autres habitant-e-s de la ville les appellent les « femmes libres, car tellement elles ont usé de leur liberté, c’est devenu péjoratif ». Pour vivre, elles partaient travailler chaque nuit dans les espaces de loisirs des expatriés français, dans les bars, dans les restaurants et dans les boîtes de nuit du centre-ville, comme employées domestiques, serveuses, prostituées et cuisinières. L’objet de cette thèse est l’analyse des rapports de pouvoir qui traversent les échanges économico-sexuels entre des hommes expatriés français et des femmes centre-africaines à Bangui. La recherche amènera à analyser le travail sexuel et domestique des femmes centre-africaines dans les espaces de loisirs et de consommation des expatriés comme étant au cœur de la construction de la communauté expatriée et de la constitution d’une classe de femmes qui, entre contraintes et recherche d’autonomie, négocient la valeur de leurs vies dans la ville.

« Si les gens disent que tu es une pute, tu entends mais tu fermes tes oreilles, parce que, toi, tu sais pourquoi tu le fais : pour l’avenir. c’est un travail. tu le fais pour ce que tu as décidé d’être dans ton cœur » (entretien, Bangui, 2010)





Composition du jury :

- Gail Pheterson, Maîtresse de conférence HDR (directrice de la thèse)
- Jules Falquet, Maîtresse de conférence HDR (rapporteure)
- Eliane de Latour, Directrice de recherche, CNRS (rapporteure)
- Milena Chimienti, Professeure, Haute Ecole du Travail Social de Genève
- Anne-Marie Devreux, Directrice de recherche, CNRS
- Nicola Mai, Professeur, Kingston University London
- Jean-Bernard Ouédraogo, Directeur de recherche, CNRS

Soutenance de thèse

Résumé :
La ville américaine de La Nouvelle-Orléans a été le lieu de diverses expérimentations sociales au lendemain des destructions de l’ouragan Katrina de 2005. Cette thèse prend pour objet l’élaboration et la mise en œuvre de l’un de ces projets de réforme. Porté par un mouvement social plus large à l’échelle nationale, ce projet visait à améliorer l’accès aux « aliments sains » dans les quartiers populaires de la ville afin de lutter contre l’épidémie d’obésité et de relancer l’économie locale. À partir d’entretiens biographiques auprès de membres d’une commission municipale mandatée pour étudier ce problème public, de l’analyse de ses archives et de l’observation du travail réformateur, l’enquête interroge la formation d’un sens commun : alors que les autorités avaient laissé mourir de nombreux habitants au lendemain du passage de l’ouragan, pourquoi décidaient-elles désormais de les faire vivre en réformant leurs habitudes alimentaires ? En suivant les acteurs et institutions qui ont porté ce projet, depuis sa définition au tournant des années 2000 au sein d’un centre de recherches en santé publique jusqu’à sa réception par les autorités locales et les habitants dans une ville profondément transformée au début des années 2010, l’enquête met au jour les conditions sociales de possibilité de cette expérimentation et ses effets inattendus : tout en ratant leur diagnostic et en manquant leur cible, les réformateurs de l’alimentation avaient néanmoins atteint leur principal objectif en contribuant à changer les habitants de la ville, à défaut de changer leurs habitudes.

Composition du jury :

- Mme Anne LOVELL, directrice de recherche émérite INSERM
- Mme Dominique MEMMI, directrice de recherche CNRS (directrice de thèse)
- M. Pap NDIAYE, professeur des universités
- M. Érik NEVEU, professeur de science politique (rapporteur)
- M. Christian TOPALOV, directeur d’études EHESS (directeur de thèse)
- M. Didier TORNY, directeur de recherche INRA (rapporteur)

Soutenance de thèse

Résumé :

Derrière l’avortement, les cadres sociaux de l’autonomie des femmes. Refus de maternité, sexualités et vies des femmes sous contrôle. Une comparaison France - Québec.
À partir d’une enquête qualitative menée auprès de femmes ayant avorté dans les dix dernières années en France et au Québec, cette recherche met en évidence la norme contraceptive dans ces deux sociétés et révèle l’opposition forte faite par l’ensemble des femmes – et même celles qui avortent plusieurs fois – entre les « bonnes » pratiques en matière de contrôle des naissances – la contraception – et la « mauvaise » pratique –l’avortement. Bien qu’il soit une donnée structurelle des trajectoires reproductives des femmes, une pratique aujourd’hui sans risque pour leur santé et un acte ordinaire lorsqu’on le défait de la charge morale qui lui est associé, l’IVG continue d’être l’objet d’un ensemble de représentations sociales stigmatisantes. Aussi, l’analyse des expériences des femmes rend compte de l’ensemble des éléments qui teintent le vécu d’une ou de plusieurs interruptions de grossesse. Si la décision d’avorter est une évidence pour l’ensemble des femmes, lorsqu’elles sont impliquées dans des activités concurrentes (études, carrière ou élevage et allaitement d’un enfant en bas âge), elle peut devenir plus difficile lorsqu’elle correspond au refus de leur partenaire d’investir un projet parental qu’elles portent seules. Enfin, la mise en perspective des modalités de la prise en charge énoncée par les femmes à Paris et à Montréal, révèle les nombreux obstacles qui peuvent rendre cet épisode plus compliqué voire douloureux, témoignant des réticences dans ces deux sociétés à penser cette pratique comme un acte ordinaire de planification des naissances relevant principalement du champ de la santé.

Membres du jury :

- Catherine ACHIN, Professeure des universités, Université Paris Dauphine
- Francine DESCARRIES, Professeure, UQÀM
- Michèle FERRAND, Directrice de recherche, CNRS
- Gail PHETERSON, Maîtresse de conférences, Université Jules Verne
- Marie-Andrée ROY, Professeure, UQÀM
- Laurent TOULEMON, Directeur de recherche, INED

Soutenance de thèse

Résumé :

Révolutionnaires et centrales dans la pensée freudienne, les théo-ries du sexuel ont progressivement perdu leur place transgressive dans la psychanalyse contemporaine pour devenir le décalque des normes sociales. Cette thèse se propose d’étudier les effets de ces théories sur l’écoute des thérapeutes français.e.s, à partir notamment d’une analyse approfondie de la littérature freudienne et post-freudienne, mais aussi des ouvrages critiques et dissidents de ce courant. Il s’agissait de tester l’hypothèse selon laquelle, en raison du contenu des formations psy françaises, les thérapeutes ne sont pas préparé.e.s à écouter, comprendre et accompagner leurs patient.e.s dans l’expression de leur vie sexuelle. Du fait que le sexuel constitue un élément important de la vie des personnes, les difficultés à écouter librement les propos portant sur la vie érotique des patient.e.s peuvent entraver l’écoute clinique globale.
Pour se faire, il a été donné une large place à la parole des prota-gonistes des thérapies, grâce à des entretiens menés aussi bien avec des patient.e.s, que des thérapeutes. Ces entretiens ont permis d’évaluer la place et le rôle des théories psychanalytiques dans l’écoute et l’accompagnement des personnes, mais également de proposer quelques pistes théoriques susceptibles d’établir une approche ouverte, non-sexiste et libératrice de la thérapie. Cette étude rejoint les critiques, formulées par le mouvement des femmes et les études queer, relatives aux dérives sexistes, normatives et hétérocentrées de certains écrits psychanalytiques. Ces écueils pouvant être à l’origine des pratiques cliniques irrespectueuses, voire nocives, auxquelles les patient.e.s qui ont répondu aux entretiens ont pu être confronté.e.s, notamment les femmes et les minorités sexuelles et de genre.
Il est important de préciser néanmoins que cette thèse ne vise pas à proposer une nouvelle théorie, ou un nouveau modèle, de la sexualité. Bien au contraire, mes recherches m’ont montré qu’aucune théorie, prise isolément, ne permet de saisir l’érotisme dans sa complexité, son ambivalence, ses contradictions et la multiplicité de ses influences. En valorisant une approche qui met en dialogue différentes théories du sexuel et de la subjectivité, cette thèse vise à prolonger les efforts de celles et ceux qui cherchent constamment à améliorer l’écoute et l’accompagnement des professionnel.le.s de la thérapie.

10 juin 2017

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