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POHN-WEIDINGER Axel


Thèse soutenue

Axel Pohn-Weidinger « Écrire dans les plis du droit social. Une sociologie du dossier », Université Paris 8, 17 mai 2014, sous la direction de Jean-Francois Laé.

Résumé :
De l’État-providence à l’État social actif, l’accès aux droits sociaux s’est complexifié et individualisé. Depuis les années 1980, la puissance publique, soucieuse de mieux cibler le droit vers les situations singulières et de faire bon usage des deniers publics en sollicitant des contreparties des administrés, a en effet fait surgir de nouveaux dispositifs (le RMI, le surendettement, le FSL, etc.) qui ont tout à la fois multiplié et restreint le profil des bénéficiaires. Et si cette transformation éloignait les populations vulnérables du droit ?
Pour analyser comment l’accès aux droits sociaux s’effectue concrètement dans ces circonstances, cette thèse approche de près les pratiques d’écriture qui accompagnent la constitution de dossiers administratifs personnels. Elle s’appuie sur plusieurs enquêtes ethnographiques effectuées au guichet d’un service municipal de logement, auprès d’un bailleur HLM, dans une association pour personnes surendettées, dans un cabinet ministériel, dans une mairie d’arrondissement, dans un service social et au domicile des administrés.
Se classer dans un formulaire de demande de HLM, prouver son surendettement à l’aide de pièces justificatives, exercer un recours gracieux auprès d’un ministre : dans ce travail, la « paperasse » apparaît comme une activité protéiforme qui mobilise des manières hétérogènes de s’écrire et de se penser dans le droit, et qui s’exerce auprès de plusieurs guichets à la fois. Lorsque le sens des catégories juridiques se transforme d’un cadre institutionnel à un autre, comment établir une éligibilité au sein d’un dossier ? En suivant les administrés dans leur traversée d’un espace administratif différencié, cette thèse met en lumière l’immense travail cognitif, juridique, émotionnel et biographique que la démarche administrative suppose et engendre.
Le dossier apparaît comme un champ de bataille, entre un État social décliné au singulier et des administrés qui, à partir des plis de leurs dossiers, cherchent à établir leur appartenance à un collectif de sauvegarde. En somme, c’est le rapport contemporain à l’État qui se lit dans les dossiers, comme un régime d’interpellation réciproque.

14 mai 2014


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