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RIVOAL Haude


Thèse soutenue

« Les hommes en bleu. Une ethnographie des masculinités dans une grande entreprise de distribution. », thèse à l’Université Paris 8 financée par un contrat CIFRE (2012-2015), sous la direction de Régine Bercot.

Résumé :

À partir d’une enquête par observation participante conduite au sein d’une grande entreprise de distribution, du siège social aux entrepôts, ce travail a pour objectif d’étudier la construction sociale des masculinités au et par le travail. L’histoire de Transfrilog est imprégnée d’une culture familiale forgée autour du management paternaliste des autodidactes du transport. Aujourd’hui devenu les cadres dirigeants de l’entreprise, la professionnalisation du secteur les oblige désormais à composer avec les jeunes diplômés issus des formations logistiques dont le style de management se détache des formes traditionnelles d’expression de la masculinité et de l’autorité. Dans ces conditions, comment la masculinité perpétue-t-elle son hégémonie ?

La thèse s’attache à montrer que la capacité de la masculinité hégémonique à se (re)produire tient à son processus d’hybridation. Les salariés les plus conformes à ce modèle de masculinité montrent un usage plus diffus de la violence (physique ou verbale) et une mise à distance de performances virilistes en lien avec la multiplication des exigences organisationnelles et sociales de mixité. Au sein des classes populaires notamment, le désir d’incarner une masculinité respectable et la nécessité de préserver un capital corporel entamé par des emplois pathogènes opère une fracture entre ouvriers. La thèse montre par ailleurs la coexistence d’une pluralité de masculinités hégémoniques spécifiques à chaque filière (transport, logistique, fonctions supports) et qui sont hiérarchisées entre elles. Pour autant, la mobilisation autour d’un idéal viril propre aux injonctions productivistes et à l’intensification des tâches propose un référentiel commun aux hommes, au-delà des clivages de classe, de race et des différents métiers de la chaîne logistique. Aussi, et malgré la volonté de certains dirigeants d’amorcer une réflexion sur l’égalité professionnelle, l’hybridité de la masculinité hégémonique n’interroge qu’à la marge une répartition genrée des emplois et l’inégale échelle de valeur entre les différentes formes de masculinités.

Soutenue le 12 mars 2018 devant un jury composé de :

  • Régine Bercot (directrice de thèse), Professeure des universités, Université Paris VIII
  • Nicky Le Feuvre (rapporteure), Professeure ordinaire, Université de Lausanne
  • Arnaud Mias (président du jury), Professeur des universités, Université Paris Dauphine
  • Sophie Pochic (examinatrice), Directrice de recherche au CNRS
  • Nicolas Renahy (rapporteur), Directeur de recherche à l’INRA

20 mars 2014


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