Imprimer

Contact

Michèle Greer
Cresppa-LabTop
59-61 rue Pouchet
75849 Paris Cedex 17
 Lui écrire

Sommaire de la page

Thèse en cours

14 décembre 2016

Michèle Greer

Doctorante à l’Université Paris 8


 

Thèse en cours

Michele Greer, « Les émotions dans le mouvement contre la prostitution. Le cas français 1875-aujourd’hui », thèse à l’Université Paris 8, sous la direction d’Elsa Dorlin.

Résumé
Le 10 Octobre 2013, la France a rejoint la Suède, la Norvège et l’Islande en adoptant le modèle "nordique" relatif à la prostitution pour lutter contre la traite et l’exploitation sexuels, et ce, en pénalisant les clients des prostituées. Sous les auspices du Parti socialiste, l’Assemblée nationale a accepté un projet de loi très similaire à la loi suédoise Kvinnofrid (« la violence contre les femmes »). Une fois examinée par le Sénat et par la suite inscrite dans le code pénal, cette loi représenta une victoire majeure pour les abolitionnistes françaises qui, dans le cadre d’un mouvement datant de 1875 date à laquelle l’abrogationniste britannique Josephine Butler menait sa croisade en France, ont essayé d’encourager les réformes politique et législative en France en matière de prostitution. Malgré le fait qu’elles soient séparées par plus de cent ans, la rhétorique de l’indignation affective, morale et féministe exprimé dans les campagnes françaises actuelles — à savoir Abolition 2012 — et dans les débats autour de ce projet de loi sont étonnamment semblables à des débuts du mouvement européen visant à mettre fin à "la Traite blanche" et à la réglementation de l’État de la prostitution par le biais des examens médicaux forcés et d’inscription auprès de la police des mœurs à la fin du XIXe siècle. Cette similitude est en effet d’où mon intérêt pour le mouvement abolitionniste européen émane. Ma thèse vise à retracer les trajectoires des émotions politiques du mouvement abolitionniste européen en France, à partir de l’internationalisation du mouvement en Angleterre depuis 1875 à une époque de l’impérialisme et de la mondialisation accrue jusqu’à sa manifestation actuelle dans l’espace transnational et dans un contexte d’institutionnalisation et de collaboration socio-politique fortifiée en Europe. Les mécanismes de propagation utilisés (consciemment ou non) par les entrepreneurs du mouvement (Becker 1963) — avant, les réformateurs moralistes britanniques et, maintenant, les féministes souvent organisées dans des groupes avec des liens transnationaux (par exemple, ONG) — seront la clé de cette enquête. Au-delà d’une simple histoire du mouvement abolitionniste européen en France, l’analyse des émotions politiques nécessite de prendre en compte ces contextes historiques et politiques dans lesquels les campagnes britannique et nordique féministes ont émergé, ont pris forme, et ont été internationalisées, diffusées et re-contextualisées (avec succès ou non) en fonction des spécificités sociales, politiques et culturelles françaises. En traçant les émotions politiques du mouvement, je cherche à parvenir à une compréhension plus profonde du mouvement abolitionniste européen dans son ensemble : son identification de la prostitution comme un problème social ; ses stratégies rhétoriques et politiques, ses dispositifs et ses objectifs ; et ses apparitions, disparitions, réussites et échecs. Au sens large, mon étude contribue à l’effort récent de certains chercheurs pour extraire l’étude des mouvements sociaux des approches rationalistes et matérialistes classiques, qui ignorent sans doute l’importance des sentiments dans la mobilisation politique par les approches théoriques novatrices offertes par le « tour affectif » en sciences sociales et politiques. Un autre objectif de cette étude est l’accent mis sur la propagation et la circulation transnationale : je dirais que dans un contexte de renforcement de la coopération mondiale et de la revendication des entités transnationales sur leur propriété (ownership) des problèmes sociaux tant qu’« experts » (Gusfield, 1996), il incombe au chercheur d’examiner les voies par lesquelles voyagent les émotions politiques, les changements de signification ou de cadre que ces dernières subissent, le succès ou l’échec de leur adoption.


^