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Mayaud Isabelle


Thèse en cours

Isabelle Mayaud « Sciences de la musique sans frontières ? Contribution à une sociologie du processus de primitivisation », thèse à l’Université Paris 8, sous la direction de Laurent Jeanpierre.

Résumé
Cette thèse analyse la division moderne des domaines des sciences de la musique et la hiérarchisation des répertoires musicaux qui lui est corrélative. La recherche s’appuie sur une enquête socio-historique menée à partir du cas français et sur plusieurs sources courant du début du XVIIème au milieu du XXème siècle. Elle mobilise des ressources manuscrites et imprimées (documents administratifs, archives savantes et muséales, actes de congrès et autres imprimés issus des Expositions universelles, archives du secteur de l’édition, pièces documentant la collecte et la conservation d’instruments de musique, de chansons et d’enregistrements sonores) qui sont traitées à l’aide de plusieurs méthodes (analyse lexicale, sociologie des textes, bases de données, ethnographie historique).

L’enquête met en lumière une configuration de patrimonialisation de la musique pilotée par l’État-nation français, qui participe d’un processus de longue durée de différenciation du social par la musique. Des opérations de collecte et de conservation des objets de musique sont impulsées par le Second Empire et confortées par la Troisième République. Elles concourent à assigner certains répertoires, portés par des populations vivantes, à une anhistoricité – un en-deçà de l’histoire. Ceux-ci sont distingués d’un répertoire « moderne » dont l’histoire comparée de la musique puis la musicologie s’attachent à décrire les progrès. Ce partage est analysé comme un système de domination symbolique institué par plusieurs administrations (Instruction publique, Commerce et Industrie, Beaux-Arts, Colonies), produit et reproduit par différent•e•s agent•e•s mandaté•e•s par l’État (Professeur•e•s, académicien•ne•s, conservateurs et conservatrices, dirigeant•e•s territoriaux). Les répertoires primitivisés au cours de la seconde moitié du XIXème siècle sont regroupés sous l’appellation générique de « musiques de la tradition » et constitués dans un second temps en objets de prédilection d’un domaine disciplinaire – l’ethnomusicologie – qui émerge entre 1950 et 1960.

Considérés comme légitimes durant plusieurs décennies, ces différenciations savantes sont aujourd’hui interrogées par les praticien•ne•s de ces domaines. En historicisant l’émergence du couple oppositionnel primitif/civilisé sous-jacent aux divisions des sciences de la musique et des répertoires musicaux, cette thèse voudrait contribuer à nourrir ces débats contemporains.

Mots clés : différenciation savante ; ethnomusicologie ; frontières symboliques ; histoire littéraire ; histoire comparée de la musique ; identités symboliques ; musicologie ; musique ; nation ; patrimoine ; politique culturelle ; primitivisation ; sciences humaines et sociales ; traditions populaires

9 décembre 2017


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