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Séminaire "Pour une iconographie politique des dominé-e-s. Objets, méthodes, enjeux"

Séminaire organisé par le LabToP-CRESPPA (UMR 7217)
Coordination : Maxime Boidy
Contact : maxime.boidy@live.fr

Argumentaire

Longtemps à la marge des sciences sociales et politiques, les savoirs visuels intéressent à nouveau ces disciplines au sein du monde francophone. Ils bénéficient de l’essor de paradigmes interdisciplinaires dans différentes aires intellectuelles, qui placent de plus en plus souvent les phénomènes politiques au centre de leurs investigations. Les études de culture visuelle (Visual Culture Studies), apparues dans le champ universitaire anglo-américain durant les années 1980 en marge de la discipline de l’histoire de l’art, prolongent l’ambition des études culturelles, féministes et postcoloniales en se focalisant sur la visibilité des phénomènes de classe, de genre et de race (Evans, Hall, 1999 ; Mirzoeff, 2009). L’iconographie politique (Politische Ikonographie) s’est développée comme un sous-champ disciplinaire de l’histoire de l’art germanophone en se consacrant aux motifs visuels comme vocabulaire du politique (Fleckner et al., 2011 ; Joschke, 2012). Des recherches issues d’autres aires intellectuelles portent une attention particulière à la mise en images des idées politiques (Ginzburg, 2013 ; Agamben, 2015). En France, les travaux fondateurs de Louis Marin sur l’iconographie du pouvoir monarchique (Marin, 1981) trouvent des échos ou des prolongements en sociologie, en histoire de l’art, en anthropologie ou en sciences de l’information et de la communication, autour d’objets tels que la visibilité médiatique de l’émeute (Bertho, 2009), les mises en images des soulèvements (Didi-Huberman, 2016), l’iconographie des formes de contestation (Crettiez, Piazza, 2013) ou les motifs symboliques de l’action politique (Vergnon, 2005). Cet ensemble de travaux appelle deux constats, qui tracent les lignes directrices de ce séminaire.
D’une part, sur cette base, il est désormais possible de circonscrire un champ de recherches spécifiquement dévolu à l’« étude visuelle du politique ». L’appréhension d’un tel champ nécessite toutefois de mener une réflexion interdisciplinaire approfondie sur ses fondements épistémologiques et méthodologiques, afin d’identifier les articulations nécessaires entre les positions intellectuelles les plus attentives aux exigences de scientificité (constitution de corpus empiriques, administration de la preuve) et les perspectives plus enclines à la théorisation et/ou à la politisation des savoirs visuels.
D’autre part, les travaux existants se sont fréquemment penchés sur l’iconographie du pouvoir dominant et de ses institutions, à l’instar de la représentation classique de l’État qui orne le frontispice du Léviathan (1651) du philosophe anglais Thomas Hobbes (Bredekamp,
2003). Il s’agit a contrario d’interroger les modalités d’enquête et de constitution de corpus non du seul point de vue des dominants, mais aussi du point de vue des « dominé(e)s », et ce à trois niveaux au moins :

  1. L’identification de corpus visuels et politiques susceptibles de nourrir la réflexion interdisciplinaire sur l’iconographie des « dominé(e)s », au-delà ou à côté des nombreux travaux portant sur les révoltes, les révolutions et les mouvements d’émancipation les plus connus, en particulier le mouvement ouvrier. Il s’agirait de dégager une liste de lieux d’archives (Institut Warburg, Archives nationales, etc.), de thématiques, ainsi qu’une bibliographie de travail, notamment parmi les axes de recherche et les travaux des participant(e)s du séminaire.
  2. Une réflexion sur le point de vue des « dominé(e)s » et la production d’images par les catégories reléguées du monde social. On pourra approfondir cet axe de recherche en s’intéressant en particulier aux représentations visuelles des critiques de la représentation politique. Cet axe vise à interroger les relations qu’entretiennent ces deux formes de représentation dans l’iconographie des « dominé(e)s », à l’instar de la visibilité de la dissimulation comme critique de la représentation incarnée par la tactique du « black bloc » (Boidy, 2016).
  3. Une réflexion sur les formes de domination liées aux savoirs visuels. L’âge moderne a été caractérisé de longue date comme une période historique durant laquelle le visible participe d’une rationalité de la domination, à la production de sujets « observateurs » (Crary, 2016). Il s’agit de réfléchir plus largement au rôle des savoirs visuels dans la production de la domination, dans la construction de catégories politiques appliquées aux « dominé(e)s » (telles que le populisme) et dans leurs mises en représentation.

Ce séminaire de travail est ouvert aux doctorants et aux étudiants de master intéressés.
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Bibliographie :
_AGAMBEN Giorgio, 2015, La Guerre civile : pour une théorie politique de la stasis, Paris, Points.
_BERTHO Alain, 2009, Le Temps des émeutes, Montrouge, Bayard.
_BOIDY Maxime, 2016, « Le black bloc, terrain visuel du global. Éléments pour une iconologie politique de l’altermondialisme », Terrains/Théories, n°5. En ligne : https://teth.revues.org/834
_BREDEKAMP Horst, 2003, Stratégies visuelles de Thomas Hobbes. Le Léviathan, archétype de l’État moderne, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme.
_CRETTIEZ Xavier et PIAZZA Pierre (dir.), 2013, « Iconographies rebelles », Cultures & Conflits, n°91/92.
_CRARY Jonathan, 2016, Techniques de l’observateur : vision et modernité au XIXe siècle,Bellevaux, Éditions Dehors.
_DIDI-HUBERMAN Georges (dir.), 2016, Soulèvements, Gallimard – Jeu de Paume.
_EVANS Jessica et HALL Stuart (dir.), 1999, Visual Culture : the Reader, Londres, Sage.
_FLECKNER Uwe, WARNKE Martin et ZIEGLER Hendrik (dir.), 2011, Handbuch der Politischen Ikonographie, Munich, Beck (2 tomes).
_GINZBURG Carlo, 2013, Peur, révérence, terreur : quatre essais d’iconographie politique, Dijon, Les Presses du réel.
_JOSCHKE Christian, 2012, « À quoi sert l’iconographie politique ? », Perspective, n°1, p. 187- 192.
_MARIN Louis, 1981, Le Portrait du roi, Paris, Minuit.
_MIRZOEFF Nicholas, 2009, An Introduction to Visual Culture, Londres, Routledge.
_VERGNON Gilles, 2005, « Le “poing levé”, du rite soldatique au rite de masse. Jalons pour l’histoire d’un rite politique », Le Mouvement Social, n°212/3, p. 77-91.

Programme 2018 Séminaire LabToP Iconographie politique des domine-é-e-s

Programme

    • 23 février 2018 : 14 h00 - 17 h00 - salle 255, Site Pouchet du CNRS

    Introduction du séminaire ; présentation du livre Les Études visuelles (PUV, 2017) –
    Maxime Boidy (LabToP-CRESPPA – Université Paris 8)

    • 16 mars 2018 : 14 h00 - 17 h00 - salle 255, Site Pouchet du CNRS

    « Les dictateurs dissimulés. Présence “invisible” de Staline et de Mussolini dans la propagande visuelle du Parti Communiste italien et de l’extrême droite parlementaire italienne » – Luciano Cheles (LUHCIE – Université de Grenoble-Alpes)

    • 20 avril 2018 : 14 h00 - 17 h00 - salle 255, Site Pouchet du CNRS

    « Représenter les acteurs des révoltes dans l’iconographie (XIVe siècle – début XVIIIe siècle) : chefs, héros, anti-héros, peuple et individus » – Tiphaine Gaumy (Institut du Patrimoine, élève-conservatrice, spécialité archives)

    • 25 mai 2018 : 14 h00 - 17 h00 - salle 255, Site Pouchet du CNRS

    « Panthéonisation et mémoires visuelles européennes » – Christine Cadot (LabToP- CRESPPA – Université Paris 8)

    • 15 juin 2018 : 14 h00 - 17 h00 - salle 255, Site Pouchet du CNRS

    « Souverainetés visuelles. Des Indigenous Media à l’expérience des images des sujets filmés » – Jonathan Larcher (CRAL – EHESS)


    1er février 2018

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