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Directions d’ouvrages et de dossiers de revues

 

Coline Cardi, Anne-Marie Devreux (coord.) « L’engendrement du droit » Cahiers du genre n°57, 2014.

Poser que les lois ont un genre, c’est d’emblée faire l’hypothèse d’une articulation étroite entre droit et société, ne pas considérer le droit uniquement dans sa « juridicité », comme un système clos, ou dans son apparente universalité. Pétri de genre dans le processus même de sa fabrication, le droit ne cesse, en retour, de produire des rapports, des catégories et des identités de genre.
La critique féministe du droit a une longue tradition. D’abord mise en œuvre aux États-Unis, sous l’impulsion croisée des mouvements féministes et de gauche des années 1960-1970 et des critical legal studies, son développement en France est plus récent et commence par la critique qu’ont fait les historien.ne.s d’une universalité de la citoyenneté qui excluait toutes les femmes. Toutefois, des juristes, pionnières, ont aussi depuis longtemps ouvert le dossier du droit du travail et des inégalités à l’encontre des femmes.
Inscrit en continuité avec ces travaux critiques, ce numéro propose cependant l’angle spécifique de la production du droit. Il opère un double croisement : celui des disciplines (science politique, science juridique, sociologie) et celui des sphères du droit (le droit pénal, le droit international, le droit civil ; les droits d’asile, du travail, de la famille) sans se limiter au cas français. Ainsi sont mis en regard des sphères du droit habituellement distinguées et des espaces nationaux et internationaux de production de la norme juridique. Pour ce qui concerne le genre, la norme juridique contribue à la définition des identités sexuelles mais aussi de la faute, délit ou crime, en matière de violence contre les femmes ou encore de la prostitution.
Les pratiques et modes d’intervention des acteurs, mouvements militants, acteurs institutionnels, États, sont passés au crible et illustrent combien le droit est un objet et un puissant levier des mobilisations féministes, mais aussi de lobbies politiques ou religieux. Ce numéro interroge également l’impuissance du droit à régler les situations d’inégalité et d’oppression de genre. Car le droit ne produit pas seulement de la discrimination, il produit avant tout de la différenciation et, ce faisant, du genre. L’écriture même du droit répond à un processus discursif aux effets de catégorisation non seulement « techniques », dans la langue juridique, mais aussi et plus globalement sociaux, symboliques et finalement politiques

Résumés sur le site de la revue

3 février 2016

Coline Cardi

Maîtresse de conférences à l’Université Paris 8
Cresppa-CSU
Page personnelle

Anne-Marie Devreux

Directrice de recherche au CNRS
Cresppa-CSU
Page personnelle




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