Décès d’Eleni Varikas


Nous avons appris avec une profonde tristesse, par Michael Löwy, son époux, le décès d’Eleni Varikas, survenu le vendredi 9 janvier 2026.
Elle avait 76 ans.


Historienne de formation (Université Paris 7), Eleni Varikas était professeure émérite franco-grecque de philosophie politique et d’études de genre à l’Université Paris 8 Vincennes–Saint-Denis. Elle fut également membre du GTM-Cresppa jusqu’à son départ à la retraite. Son travail intellectuel, à la croisée de l’histoire, de la théorie politique et du féminisme, a marqué durablement les sciences sociales en France et à l’international.

Sa thèse, intitulée La Révolte des Dames : genèse d’une conscience féministe dans la Grèce au XIXᵉ siècle (1830-1907) constitue une contribution importante à l’histoire des mouvements des femmes.

Parmi ses ouvrages majeurs, on peut citer Penser le sexe et le genre (PUF, coll. « Questions d’éthique », 2006) et Les Rebuts du monde. Figures du paria (Paris, Stock, 2007. Elle a également coécrit avec Keith McClelland et Leonore Davidoff Gender and History. Retrospect and Prospect (Wiley-Blackwell, 2000).

Eleni Varikas a par ailleurs joué un rôle essentiel dans le travail éditorial et collectif des études féministes. Elle a co-rédigé l’ouvrage Les femmes, de Platon à Derrida. Anthologie critique, avec Françoise Collin et Evelyne Pisier (Plon, 2000 ; réédition Dalloz, 2011), et a co-dirigé Sous les sciences sociales, le genre. Relectures critiques de Max Weber à Bruno Latour (avec Danielle Chabaud, Virginie Descoutures et Anne-Marie Devreux, Paris, La Découverte, 2010). Elle a coordonné plusieurs numéros des Cahiers du Genre dont elle était membre du comité de lecture : sur les recompositions et mutations des féminismes (2005 avec Dominique Fougeyrollas-Schwebel et Éléonore Lépinard, 2006 avec Dominique Fougeyrollas-Schwebel), sur "Genre, modernité et ‘colonialité’ du pouvoir" (2011 avec Maria Eléonora Sanna), sur Viola Klein (2016 avec Ève Gianoncelli). Elle a par ailleurs coordonné plusieurs numéros pour la revue Tumultes, par exemple sur la figure du Paria (2003), sur des lectures féministes d’Adorno (2004) et sur les figures de résistance et de domination (2006). Il faut souligner son rôle important dans l’introduction en France du genre comme catégorie de recherche en histoire. Elle a d’ailleurs traduit le canonique « Le genre comme catégorie de recherche utile » de Joan Scott en français pour les Cahiers du GRIF (1988, no. 37/38) pour un numéro sur « Le genre de l’histoire » qu’elle a co-édité avec Christine Planté et Michèle Riot-Sarcey.

Un recueil en hommage à son œuvre, Eleni Varikas : pour une théorie féministe du politique, dirigé par Isabelle Clair et Elsa Dorlin, a été publié aux éditions iXe en 2017.

Ses travaux, écrits ou traduits en anglais, portugais, espagnol, italien, allemand et grec, continuent d’irriguer la réflexion contemporaine sur le féminisme, la démocratie et les figures du politique.

Portrait d'Eleni Varikas (© Les Éditions iXe)

Eleni nous a inspiré par son courage intellectuel en proposant des lectures féministes de Michel Foucault à une époque où il était considéré antiféministe, ou encore en pointant les limites des politiques de parité lorsque celles-ci s’institutionnalisaient. Elle pensait entre les langues et entre les disciplines ce qui faisait une des richesses de sa contribution scientifique. Qui la connaissait appréciait son humour et sa gentillesse qui faisait de cette chercheuse exceptionnelle aussi une collègue admirée et appréciée.

Nous adressons nos pensées les plus sincères et notre profonde sympathie à sa famille, à ses proches, à ses collègues et à toutes celles et ceux que son œuvre, son enseignement et son engagement ont durablement marqués.


Photographie : © Les Éditions iXe