Professeure de science politique à l'Université de Reims Champagne-Ardenne
Bibliographie
Théories féministes (dir.), Seuil, 2025 (130 entrées, 100 contributeur·ices).
Des pionnières médiévales de la liberté de penser aux militantes des droits civils et politiques du XIXe siècle, des revendications pour la libération des corps des femmes dans les années 1970 aux propositions intersectionnelles et LGBTQI+ qui élargissent le projet émancipateur ces dernières décennies, le féminisme se caractérise par un foisonnement de théories mises au service d’un projet commun : renverser l’ordre patriarcal du monde.
Aux côtés d’une histoire des luttes et d’une sociologie des mouvements bien documentées, Théories féministes éclaire de façon inédite le versant des idées qui les ont fondés et portés. Les 130 articles du volume dessinent ainsi l’immense constellation des concepts, des auteur·ices et des œuvres qui, des origines jusqu’à nos jours, en allant même un peu vers demain, nous permettent de porter haut le programme féministe dans un contexte politique de remises en cause des droits conquis et d’offensives réactionnaires.
Un si gros ventre. Expériences vécues du corps enceint, Stock, 2022 (Points, 2025).
En reprenant ma méthode de l’enquête phénoménologique, j’ai interrogé une trentaine de femmes dans leur dernier trimestre de grossesse. À rebours des représentations dominantes qui en font l’accomplissement féminin par excellence, ces récits révèlent les ambivalences et les tourments qui caractérisent la gestation, laquelle s’avère synonyme d’une objectivation radicale que je décris dans les termes d’une « désubjectivation ».
Dès lors que son état devient visible, c'est-à-dire dès lors que son gros ventre en atteste, une femme enceinte se dissout en tant que personne pour ne laisser subsister que la fonction qu'elle est en train d'accomplir. On ne s'adresse plus à elle, mais à son futur enfant, on ne lui parle plus que de « ça », de cette grossesse en cours, de ce bébé à naître, sans plus aucun intérêt pour ses activités professionnelles, sans se soucier beaucoup non plus de ce qu'elle ressent, supposant qu'elle éprouve nécessairement joie et épanouissement. En un mot, on ne considère plus le sujet qu'elle continue pourtant d'être, un sujet animé d'émotions ambivalentes et de sentiments pas toujours « attendus », un sujet doué de capacités réflexives et de convictions, un sujet capable de penser sa propre condition et de choisir les modalités de sa grossesse.
Car l’enquête me permet aussi de mesurer la forte aspiration des femmes à reprendre le contrôle de leur corps enceint, en lien avec la dynamique féministe contemporaine de réappropriation du corps dans toutes ses dimensions, jusqu’aux plus intimes.
Un corps à soi, « La couleur des idées », Seuil, 2021 (Points Essais, 2023).
Après une première partie théorique consacrée à la place du corps des femmes dans la pensée féministe, ainsi qu’au féminisme phénoménologique de Simone de Beauvoir et de la philosophe états-unienne Iris Marion Young, je déroule dans la deuxième partie le fil de l’existence des femmes, de la naissance du bébé fille jusqu’au grand âge, pour explorer tous les « nœuds phénoménologiques » qui la scandent. J’analyse ces transformations ou bouleversements corporels qui produisent, simultanément, un ébranlement intime, un changement dans les représentations sociales et des revendications politiques en termes de droits. Il peut s’agir de transformations inesquivables (puberté, ménopause), choisies (grossesse, avortement), ou subies (maladie, agression). À chaque fois, la vie des femmes et la façon dont elles sont socialement considérées se trouvent définitivement modifiées.
Le féminisme contemporain s’est ressaisi des sujets corporels qui étaient au cœur des luttes de la Deuxième vague des années 1970. Je propose de les penser dans la double perspective phénoménologique de l’objectivation-aliénation, d’une part, et de la réappropriation-libération, d’autre part. Il s’agit de montrer que les femmes sont leur corps, c’est-à-dire que leur rapport à elles-mêmes, aux autres et au monde est nécessairement incarné et déterminé par le corps (discriminations et violences). Cette démarche éclaire le projet féministe qui est de faire de nos corps-objets de véritables corps-sujets, une ambition qui s’étend à toutes les personnes qui sont réduites à certaines caractéristiques corporelles (couleur de leur peau, situation de handicap, âge).
Dans l’ouvrage, j’ai adopté le principe d’une écriture « en première personne », qui n’implique pas seulement d’écrire au « je », mais de produire des récits autobiographiques qui viennent se tisser avec ceux des femmes que j’ai rencontrées pour évoquer les expériences vécues associées aux diverses étapes corporelles de la vie. Ces voix mêlées viennent ensuite se poser sur la trame théorique des auteur·ices que j’ai mobilisées (philosophes, mais aussi historien·nes et sociologues).
Seins. En quête d’une libération, Anamosa, 2020 (Points, 2022 ; La Oveda Roja, 2023).
Les seins sont l'organe phénoménologique par excellence : ils condensent le tout de l'expérience vécue du corps féminin contemporain, soit ce mixte paradoxal d'aliénation et de libération. Avoir des seins, c’est être écartelée au quotidien entre normativité sexiste et subjectivité émancipatrice.
Pour en rendre compte, j'ai rencontré une quarantaine de filles et de femmes, âgées de 7 à 76 ans, que j'ai interrogée sur leur parcours de vie au prisme de leurs seins. Entre les deux pôles de l'enfance et de la vieillesse, ce sont tous les âges de la vie que j'ai représenté, en m’efforçant de rendre compte de la pluralité des situations de seins (femmes blanches, noires, trans, enceintes, allaitantes, handicapées, grosses, maigres, malades, guéries, privilégiées, discriminées, mères, célibataires, lesbiennes, vieilles, adolescentes). Il s'agissait de mettre au jour les représentations et les aspirations qui sont aujourd'hui associées aux seins. Il s'agissait aussi de continuer à creuser mon analyse des mécanismes patriarcaux d'objectivation et d'aliénation du corps des femmes.
J'ai ainsi pu montrer qu'avoir des seins, c'est devenir un objet avant même que d'être un sujet. L'expérience vécue des seins témoigne d’une histoire de subordination, de l'exigence de seins suffisamment gros pour être attirants à la pression sociale à l'allaitement, en passant par l'impératif de les rendre invisibles dans l'espace public. Toujours, il s'agit de souscrire aux diktats qui en font des objets « à disposition ». Mais les seins disent aussi la possibilité d'une émancipation, que l'on peut repérer sous trois aspects essentiellement : la prise de conscience de ce que notre incarnation est changeante, vivante, présente ; la revendication d'une libération des seins (choix de ne pas porter de soutien-gorge) ; l’aspiration à vire les seins comme des organes de plaisir.
La révolution du féminin, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines » 2015 (Folio Essais, 2020).
Dans une première partie, je revisite l’histoire de la pensée politique à travers le prisme des femmes pour montrer comment les théoriciens de la modernité démocratique ont repris à leur compte le schéma patriarcal défini dans l’Antiquité grecque comme une hiérarchisation genrée du monde : d’un côté, le privé-féminin-inférieur, de l’autre le public-masculin-supérieur. Je montre ainsi que la grande rupture moderne se situe dans les années 1970, quand les théoriciennes féministes en finissent avec cette division en permettant aux femmes de prendre le contrôle de leurs corps procréateurs.
Dans une deuxième partie, j’examine les trois grandes interprétations, anthropologique, psychanalytique et féministe, qui ont été données de la condition féminine pour montrer qu’elles portent toutes le risque d’une essentialisation de la condition féminine. Je conclue sur la nécessité d’une analyse de l’inédit de la situation duale des femmes contemporaines, devenues des sujets de droits comme les autres tout en continuant d’être assignées aux obligations de la vie privée.
Dans la troisième et dernière partie, je m’essaie à une réflexion sur "l’expérience du féminin" à partir des postulats de la phénoménologie pour proposer de reconsidérer le corps des femmes dans une perspective positive qui en fait le vecteur de l’actualisation de leur liberté.Je pose alors les fondements programmatiques de la phénoménologie féministe que je développerai dans mes ouvrages suivants.
Ouvrages grand public
Patriarcat, la fin d'un monde, Seuil, 2024, Libelle, 48 p.
Être féministe, pour quoi faire ?, La Martinière, 2023, Alt, 29 p.
Dans la plupart des démocraties occidentales, les femmes disposent des mêmes droits que les hommes. Pourtant, les discriminations ne cessent pas et les violences sont quotidiennes. Certains droits qui semblaient acquis pour toujours sont même remis en question. En revenant sur les grandes étapes historiques et les jalons théoriques qui ont marqué la lutte pour l’émancipation des femmes, Camille Froidevaux-Metterie explique la notion de patriarcat et les différents aspects du féminisme. Elle rappelle ainsi la nécessité des combats qu’il nous reste à mener. [à destination des 15-25 ans]
Romans
Pleine et douce, Sabine Wespieser, 2023 (Folio, 2025)
Colosses, Julliard, 2027.