Cette journée d'étude est organisée par Ulysse Rabaté, Doctorant en science politique à l’Université Paris 8 (Cresppa-LabTop) et Sami Zegnani, Maître de conférence à l’Université Rennes 1 (Arènes), en délégation à l’INED.
Présentation de la journée
Les sociabilités publiques et engagées qui émergent dans les quartiers populaires demeurent une zone grise pour la sociologie des modes de contestation politique. Cette difficulté est logique. D’abord parce que la sociologie des classes populaires contemporaines s’inscrit dans une continuité contrariée avec la sociologie de la classe ouvrière (Siblot et al., 2015) et la « fiction unitaire » des formes d’engagements issues du mouvement ouvrier (Mischi, 2010). Ensuite parce que le paradigme de la « galère » qui a marqué certaines enquêtes fondatrices dans les quartiers populaires a contribué à écarter du registre de la contestation politique les conduites et discours observés sur le terrain (Tissot, 2005). L’histoire des mobilisations des populations des quartiers populaires, ou s’en revendiquant, est aujourd’hui mieux connue (Boubeker & Hajjat, 2008; Hajjat, 2013; Kokoreff, 2003; Taharount, 2017; Talpin et al., 2021). Cette connaissance recompose forcément l’analyse des mobilisations contemporaines, en même temps qu’elle ne doit pas empêcher de penser les modes alternatifs d’engagements qui se constituent dans les espaces publics des quartiers (Fraser, 2011), contribuant à la « formation » d’une culture politique spécifique, à partir de pratiques et de discours hybridés au sein des modes de vie populaires (Thompson, 2017). Les éléments de cette culture politique spécifique se détachent dans une relation conflictuelle avec l’ordre symbolique de la gauche et du mouvement ouvrier, ainsi qu’avec les organisations qui l’ont incarné (Hadj Belgacem, 2021). Il ne s’agit pas d’un « rendez-vous manqué » (Masclet, 2003) mais d’un processus historique et politique dans lequel se formule, au sein d’une fraction des classes populaires, une critique de l’ordre social enserrée dans une critique des formes établies de l’engagement politique, considérées comme reproductrices des modes de dominations et à « esquiver » (Rabaté, 2021). Cette critique produit des modes d’actions et de discours, qui entretiennent un rapport contradictoire aux normes dominantes du fait même de l’instabilité des positions dans l’espace public de celles et ceux qui les mettent en oeuvre (Zegnani, 2004, 2013). L’expérience de la domination est au principe d’un « texte caché » (Scott, 2009) qui joue stratégiquement (et par nécessité) des grilles de lecture traditionnelles : il ne s’agit pas tant de « faire de la politique sans en avoir l’air » que d’investir des cadres multiples d’engagement et d’expression, définissant une « vie publique » originale et à explorer. Ces processus, qui éclairent à nouveaux frais l’articulation entre culture populaire et champ politique, posent d’importantes questions méthodologiques quant à l’observation des mondes dominés (Bensa, 2006; Grignon & Passeron, 1989; Wacquant, 2023), que cette journée d’étude voudra approfondir.
Programme
8h45: Accueil
