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Produire et diffuser les séries TV
De la sociologie du travail audiovisual à l’économie d’un espace culturel transnational


Vendredi 10 janvier 2014, site Pouchet du CNRS

Journée d’étude du Cresppa-CSU coordonnée par Sébastien Lemerle (Paris Ouest Nanterre La Défense) et Séverine Sofio (CNRS)

Présentation


À la fois productions industrielles et créations collectives, élaborées sous contrainte selon des modalités particulières, à destination de marchés tant locaux que mondialisés, les séries télévisées sont, depuis une dizaine d’années, le lieu de mutations à la fois organisationnelles et esthétiques qui en font un objet particulièrement intéressant à étudier, au carrefour d’une sociologie du travail audiovisuel et d’une économie transnationale des biens symboliques. Leur audience croissante est, en outre, emblématique de phénomènes de grande ampleur aujourd’hui étudiés par la sociologie des publics et des pratiques culturelles.

Cette journée a un objectif double. Le premier est de dresser un état des lieux des « études sériphiliques » qui commencent tout juste à prendre forme dans le monde universitaire français ; mais il s’agit, également, dans ce contexte, de montrer ce que peuvent apporter les sciences sociales à ce domaine, actuellement dominé par des approches d’inspiration littéraire ou philosophique privilégiant l’analyse de contenu.

Encore peu investies par la sociologie, si ce n’est au prisme de la question de leur réception, les séries TV ont rarement été étudiées jusqu’ici comme produit de la collaboration d’un certain nombre de métiers et d’individus, et comme objet économique destiné à circuler sur le marché international des biens audiovisuels. C’est sur ces deux aspects que l’on se penchera lors de cette journée d’étude, qui rassemble des sociologues des différentes professions impliquées dans la production des séries, des spécialistes de l’étude des marchés internationaux des programmes télévisés, ainsi que des professionnels de ce nouveau secteur particulièrement dynamique de la production culturelle.


PROGRAMME

Enquêter sur la production des séries (9h30-­‐12h30)
Présidence de séance : Séverine Sofio, (avec la participation de Constance Collin, U. Paris 10)

David Buxton (Professeur, U. Paris 10 Nanterre) : “Critique profane et analyse universitaire : naissance de la sériephilie”
Ce papier examinera la conjoncture, économique et idéologique, dans laquelle les séries télévisées ont pu accéder au statut de "huitième art" en France à la fin des années 1980, et par quelles voies discursives elles ont réussi à intégrer l’université. On demandera dans quelle mesure la sériephilie, construite sur le modèle de la cinéphilie, constitue un point aveugle pour l’analyse critique des séries, et comment celle-­‐ci pourrait avancer au-­‐delà de ses impasses, liées à son ancrage historique dans la quasi-­‐discipline des cultural studies.


Muriel Mille (Post-­‐doctorante, U. Laval, Québec) : “De la fiction à la chaîne. Contraintes de production et division du travail dans la fabrication d’un feuilleton télévisé.”
À partir d’une ethnographie du processus de fabrication d’un feuilleton télévisé français, il s’agit ici de comprendre comment dans quelle mesure le contenu narratif et le monde social décrits dans une série télévisée française, loin d’être uniquement la traduction standardisée des visées économiques des commanditaires et des "attentes du public" résultent également des conditions concrètes de travail et de coopération tout au long de la chaîne de production. Le processus de production de Plus Belle La vie met en jeu des centaines de personnes et apparaît comme contraint en termes de temps et de budget et donc fortement rationalisé et divisé. Cependant l’analyse en détail du travail de fabrication montre les tensions et les contradictions à l’œuvre dans l’élaboration du produit. Des intervenants divers aux logiques professionnelles concurrentes cherchent ainsi à se réapproprier les contraintes de production dans leur travail créatif.


C. Lee Harrington (Professeure, Miami University) : “The Decline of American Soap Opera” [communication en anglais]
This presentation examines the decline of US daytime soap operas from production and organizational perspectives, with particular attention to connections between the genre’s domestic fate and its role in the global syndication market. Drawing on several works in progress, I explore the current status and future potential for serialized storytelling in the US context.

La série, objet singulier d’une création collective (14h-­‐17h)
Présidence de séance : Sébastien Lemerle

Jérôme David (Doctorant, U. Paris 10 Nanterre) : “Les "showrunners" et l’évolution du rôle des chaînes américaines dans la production des séries”
La série télévisée américaine est à la fois une œuvre et un produit, fruit d’un dispositif créatif collaboratif, et s’inscrit dans un système à vocation industrielle. Le showrunner symbolise parfaitement cette protéiforméité : en effet, ce producteur exécutif est non seulement garant de l’esprit de la série, mais assure aussi la gestion des relations avec un network et un studio évoluant au sein d’un marché de plus en plus concurrentiel.
L’objectif de cette présentation sera ainsi de proposer une typologie analytique des principaux showrunners contemporains, susceptible d’éclairer les récentes mutations de ce marché.


Nicolas Brigaud-­‐Robert (co-­fondateur de Films Distribution et chargé de cours,
U. Paris 8 et U. Paris 1) : “Du producteur au diffuseur : la série télé au prisme de la sociologie économique”

Dun point de vue de la sociologie-­‐économique, étudier la série de télévision c’est aussi replacer cette forme sérielle de fiction dans les stratégies de diversification industrielle des acteurs qu’il s’agisse d’une part des producteurs audiovisuels ou d’autre part des diffuseurs. Si l’on suit cet axe de réflexion, trois pistes de recherche nous paraissent émerger : la première concerne l’investissement de cet espace de production par des producteurs de cinéma qui viennent aujourd’hui concurrencer les producteurs de télévision traditionnels, la seconde aborde la sociologie de profession et la transformation des rapports de pouvoir au sein de la fabrication des contenus audiovisuels que permet la fabrication des séries du point de vue des producteurs, la troisième envisage la série comme contenu alternatif du cinéma comme produit d’appel des chaînes payantes . C’est sur ces trois pistes que nous voudrions ébaucher quelques hypothèses liminaires dans les cadre de cette journée de réflexion.


Delphine Naudier (Chargée de recherche, CNRS) : “Entrer dans la lumière ou sortir de l’ombre ? Le placement des comédiens dans les séries TV”
Le marché télévisuel procure près du tiers du CA, si ce n’est plus, des agences artistiques. Placer un comédien dans une série est souvent le dernier recours pour procurer des subsides aux clients les moins réputés quand il permet de redynamiser la popularité de certaines "vedettes" quand l’accès au cinéma s’ouvre difficilement ou se ferme. Différents enjeux de carrière se croisent sur le marché du travail télévisuel donnant à voir comment opère la combinaison entre les aléas de la notoriété et les impératifs matériels de gagner sa vie alors même que progressivement le statut des séries tend à acquérir une plus grande légitimité.


[sous réserve] Philippe Le Guern (Professeur, U. de Nantes) : “Retour sur une enquête auprès des monteurs et techniciens de la série Julie Lescaut”
À l’instar de nombreuses activités fort dissemblables à première vue – travail en usine notamment – on rencontre dans les industries culturelles des situations et des enjeux en réalité tout à fait comparables, liées aux contraintes structurelles de l’emploi salarié ou aux conditions concrètes de l’activité. Il ne s’agit pas ici de dire que la pénibilité du métier de maçon est identique à celle du chef opérateur ou de la script, mais que la mise en œuvre du jeu social au travail est comparable dans ses principes, ses mécanismes et ses enjeux : comment les professionnels sont amenés à réinterpréter les règles de l’activité fournies par leurs employeurs ? Comment se crée un consensus sur ce qu’implique l’exercice du métier, sur les limites des tâches qu’on est en droit d’accepter ou de refuser, sur le montant des rémunérations, sur ce qu’est un bon ou un mauvais professionnel, une erreur ou un échec, sur la définition et l’acceptation des hiérarchies formelles et informelles, sur les subdivisions catégorielles à l’intérieur d’un métier, sur la quantité de travail à fournir, etc. ?


Franck Philippon (scénariste, créateur de séries et co­‐fondateur d’une formation spécialisée à la FEMIS) : “Former à la création de séries”


Discussion avec le public et conclusion de la journée par David Buxton

MAJ: 25 mai 2022