Contre la réforme des retraites et la LPPR : le  5 mars, la recherche s'arrête
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Présentation du CSU

Le CSU « Cultures et Sociétés Urbaines » est l’une des trois composantes du Cresppa, Unité mixte de recherche 7217, CNRS-Paris 8-Paris Nanterre créée le 1er janvier 2009, les deux autres composantes étant le GTM et LabTop. Il est rattaché aux Écoles doctorales « Sciences Sociales » et « Pratiques et théories du sens » de l’Université Paris 8 et à l’École doctorale « Économie, organisations, société » de l’Université Paris Nanterre. Depuis le 1er janvier 2020, il est dirigé par Delphine Naudier, Celia Bense Ferreira Alves étant directrice-adjointe.

« Cultures et Sociétés Urbaines » est une équipe plurithématique et pluridisciplinaire au croisement de sociologie et de la science politique. Les recherches s’organisent autour de trois thématiques transverses au Cresppa : Frontières et dynamiques de la citoyenneté, Genre et rapports sociaux de sexe, Travail et classes sociales : les figures de l’exploitation ; et de trois axes propres au CSU : « Ville » catégories et ségrégations urbaines, Culture, Santé.

Les principaux lieux d’échanges formalisés sont les journées d’étude de l’équipe ou transverses au laboratoire, le séminaire mensuel, et les séminaires spécialisés de l’équipe. C’est dans ce cadre que s’élabore, se perpétue et se transmet l’accord sur une conception de l’exercice du métier de chercheur.e en sciences sociales : la présentation critique des données, la délimitation raisonnée de l’objet et l’analyse du système de relations où celui-ci s’inscrit, un effort constant pour penser hors des routines d’écoles et pour pratiquer l’échange interdisciplinaire sur la base de la spécificité de chacune de nos disciplines. C’est également dans le cadre du séminaire mensuel d’équipe qu’une convergence d’intérêts se fait jour autour de tel ou tel problème sociologique.

Le CSU se caractérise également par la volonté de promouvoir la transparence et les échanges collectifs entre les membres de l’équipe. Outre les structures transverses au Cresppa (Assemblée générale, Comité de direction, Comité de laboratoire), l’animation de l’équipe repose sur des Assemblées générales périodiques (toutes les 6 semaines) auxquelles participent toutes les catégories de personnels ; sur un Collectif trésorerie composé de représentant.e.s de l’équipe qui rendent compte des demandes de financements et de leurs arbitrages selon des principes décidés en commun ; et sur un comité d’Accompagnement des Jeunes Chercheurs (doctorant.e.s et post-doctorant.e.s).




In memoriam Michel Pinçon

Issu d’une famille ouvrière dans la métallurgie, Michel fait ses études à l’université de Lille où il rencontre Monique Charlot, puis à l’université de Vincennes. Il a successivement été maître d’internat (1961-1967), professeur de lettres, coopérant au Maroc (1967-1969) puis chercheur au Centre de Sociologie Urbaine (CSU) à Paris. Il soutient sa thèse de Troisième cycle « Dimension objective et dimension symbolique des besoins : de l’analyse du logement social à la problématique de l’habitus » en 1978.

Au Centre de Sociologie Urbaine, il appartient à la deuxième génération de chercheurs et chercheuses qui ont adopté un mode collégial d’organisation du travail et de gestion, très égalitaire, dans un contexte de financement des recherches par contrat. Le statut associatif du laboratoire durera jusqu’en 1978. Le CSU devient alors une unité propre du CNRS après des années de luttes collectives, auxquelles a participé activement Michel, luttes qui ont permis l’intégration des « hors statut », les chercheur·es et ingénieur·es contractuel.les d’alors, dans l’institution pour lesquelles ils et elles travaillaient. En faisant désormais partie du CNRS, l’équipe du CSU déménage en 1986, de la rue de la Tombe Issoire (14è) vers la rue Pouchet pour constituer une fédération de laboratoires donnant naissance à l’Institut de Recherche des Sociétés Contemporaines (IRESCO). Michel et Monique y ont occupé, jusqu’à leur retraite en 2007, un bureau, sans fenêtre (!) et bourré jusqu’au plafond de boîtes d’archives contenant toutes leurs enquêtes. C’était aussi un petit havre de paix au milieu du couloir central, dont la porte ouverte tous les mardis faisait le bonheur des discussions animées, chaleureuses et souvent drôles.

Les premiers travaux de Michel Pinçon, dans les années 1960, ont porté sur les « problèmes liés au caractère partiellement dominant de la « culture » française (à travers la langue en particulier) dans le Maroc contemporain », qui ont donné lieu à un mémoire de maîtrise en 1969. Puis, il travaille sur l’intervention de l’État dans le domaine de la production du logement et montre la nécessité de prendre en compte les mouvements sociaux comme déterminants des modalités de cette intervention. Michel consacre une recherche aux notions de « besoin » et d’habitus, puis développe une orientation de recherche qu’il poursuivra durablement, sur les modes de vie. Il enquête sur « la structure sociale et la cohabitation des groupes sociaux dans une cité HLM » et sur « le rôle du HLM dans le logement des populations immigrées dans les années 1970 ». Ces travaux sur les modes de vie et les inégalités sociales ont été publiés tant dans la collection des rapports de recherche CSU que dans la Revue française de sociologie ou encore les Actes de la Recherche en Sciences Sociales.

Menée dans le programme collectif coordonné intitulé « Comme on fait sa vie… » (avec aussi Danièle Combes, Francis Godard, Monique Haicault, etc..), une recherche portant sur « les familles de métallurgistes de la vallée de la Meuse dans les mutations industrielles et sociales », réalisée d’abord avec Paul Rendu, a par la suite donné lieu à son livre Désarrois ouvriers. Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles (L’Harmattan, 1987). Cette enquête approfondie sur la commune de Nouzonville dans la Meuse s’attachait à comprendre l’organisation des modes de vie des familles ouvrières dans un contexte de bouleversements liés à la crise de l’industrie métallurgique.

Cet ouvrage clôt une première séquence de la vie professionnelle de Michel où ses travaux sur les conditions socioéconomiques, les modes de vie, les formes de sociabilité et les pratiques sociales portaient sur les classes dominées. À partir de 1986, la réorientation de son travail transparaît dans l’ensemble des publications co-signées avec Monique Pinçon-Charlot qui développe un champ de recherche sur la sociologie de la grande bourgeoisie. Leurs nombreux ouvrages ont et continuent de former des générations d’étudiant·es et de militant·es. Si depuis leur départ en retraite en 2007, Michel et Monique ont souhaité donner à leurs publications une tonalité beaucoup plus engagée, auparavant ils avaient toujours pris soin de porter la sociologie largement au-delà des cercles académiques.

Michel Pinçon a marqué notre équipe par sa gentillesse, par l’acuité de son regard sociologique, sa générosité intellectuelle auprès des jeunes chercheur·es, son humour, et aussi par sa manière d’accepter de mettre les mains dans le "cambouis" des questions financières et de gestion, au service du collectif.

L’équipe du CSU s’était réjouie, le 24 mai dernier, d’organiser une soirée-débat en compagnie de Michel et Monique autour du film « À demain mon amour » que Basile Carré-Agostini leur a consacré. Cette soirée, riche en émotions, fut notre dernière rencontre avec Michel. Quelle chance nous avons de l’avoir côtoyé, quelle chance de pouvoir continuer à lire et relire tous ses travaux publiés depuis un cinquantaine d’années.

L’équipe du CSU adresse ses sincères condoléances et son chaleureux soutien à Monique, à leur fils Clément et à leurs proches.

L’ÉQUIPE CSU DU CRESPPA


Décès de notre collègue Margaret Maruani

Margaret Maruani a été une pionnière des recherches sur les relations entre marché du travail et genre. Son entrée par l’activité des femmes sur le marché du travail lui a permis de théoriser la différence entre travail et emploi, en pointant la centralité des logiques de genre dans l’étude de l’évolution du monde du travail tant du côté des inégalités de genre en matière d’emploi que des « mécomptes » du chômage. En prenant pour objet les femmes, catégorie oubliée ou invisibilisée des recherches en sociologie du travail et de l’emploi au début des années 1980, elle a mis en exergue combien la dynamique de genre était structurante des marchés de travail et de l’emploi en France comme dans de nombreux pays. Ses travaux -et plus largement toutes les fonctions institutionnelles qu’elle a occupées notamment celle de chargée de mission à la MIRE (mission interministérielle de recherche) entre 1987 et 1991- ont structuré durablement et légitimé ce champ de recherche en France. Margaret est une des grandes spécialistes de ces domaines de recherche aussi bien par ses travaux que par l’animation de programmes scientifiques internationalement reconnus qu’elle a portés et animés depuis les années 1990.

Margaret a soutenu, en 1978, une thèse de sociologie "L’expression des problèmes féminins dans les syndicats et à travers les conflits sociaux à l’IEP de Paris sous la direction de Jean-Daniel Reynaud. Ce travail a donné lieu à un livre édité en 1979 sous le titre Les syndicats à l’épreuve du féminisme (éditions Syros). Elle est recrutée comme chargée de recherche au CNRS en 1983 au laboratoire de sociologie du travail au CNAM. C’est l’année de soutenance de son habilitation à diriger des recherches (1991) à l’IEP de Paris qu’elle intègre le CSU. Elle rejoint ensuite, à partir de 2010, le CERLIS (Paris 5) jusqu’à sa retraite en obtenant l’éméritat en 2018. Margaret Maruani a donc accompli la majorité de sa carrière professionnelle dans notre équipe.

Promue directrice de recherche en 1992, son apport aux études de genre en sociologie du travail et de l’emploi n’est plus à démontrer, il est immense tant par ses publications personnelles (Travail et emploi des femmes, Paris, La Découverte, coll. "Repères", 2000 ; Les mécomptes du chômage, Paris, Bayard, 2002) que par ses collaborations avec d’autres coautrices (avec Anni Borzeix, Le temps des chemises. La grève qu’elles gardent au cœur, Paris, Syros, 1982, avec Chantal Nicole, Au labeur des dames, métiers masculins, emplois féminins, Paris, Syros, 1989, avec Emmanuèle Reynaud, Sociologie de l’emploi, Paris, La Découverte, Coll. "Repères", 1993, ou encore avec Monique Meron, Un siècle de travail des femmes en France 1901-2011, Paris, La Découverte, 2012).

Féministe, elle a aussi mis le pied à l’étrier à nombre de jeunes collègues en les associant aux ouvrages de synthèse qu’elle a dirigés leur confiant des chapitres sur leurs spécialités respectives afin de produire la trace mémorielle de ces travaux mais aussi en ouvrant la voie à ces recherches novatrices (Les Nouvelles frontières de l’inégalité. Hommes et femmes sur le marché du travail (dir.), Paris, La Découverte, Coll. "Recherches", 1998 ; Femmes, genre et sociétés. L’état des savoirs (dir.), Paris, La Découverte, 2005 ; Je travaille donc je suis : perspectives féministes (dir.), Paris, La Découverte, Coll. "Recherches", 2018) ou codirigés (avec Jacqueline Laufer et Catherine Marry (dir.), Masculin-féminin : questions pour les sciences de l’homme, Paris, PUF, 2001 ; avec Jacqueline Laufer et Catherine Marry (dir.), Le travail du genre. Les sciences sociales du travail à l’épreuve des différences de sexe, Paris, La Découverte, Coll. "Recherches", 2003, ou encore avec Helena Hirata et Maria Rosa Lombardi (dir.), Travail et genre. Regards croisés France, Europe, Amérique latine, Paris, La Découverte, coll. "Recherches", 2008). Nombre de ses publications, individuelles ou collectives, ont été rééditées ou traduites en de multiples langues, contribuant à la reconnaissance internationale des travaux hexagonaux tout en publiant également dans les sommes qu’elle a codirigée(s) des collègues d’autres pays. Margaret Maruani a été une passeuse travaillant sans relâche à la circulation des savoirs entre disciplines, entre pays et entre générations. L’organisation annuelle des colloques internationaux, journées d’études, débats dans le cadre du MAGE, dont nombre de ces manifestations feront date dans l’histoire contemporaine des sciences sociales sur le genre depuis 1995, témoigne de son engagement dans la recherche scientifique.

Enseignante à l’université de Genève depuis 2002 sous différents statuts, elle a créé le Master en études de genre dans cette université en 2006.

Véritable entrepreneuse de recherche, au sens noble du terme, elle a très largement œuvré à dynamiser les études sur le genre sur le marché du travail et de l’emploi. C’est dans cette perspective qu’elle a cofondé, en 1995, le MAGE (Marché du travail et genre), premier groupement de recherche sur le genre au CNRS qui deviendra en 2011 un réseau de recherche international et pluridisciplinaire rassemblant trente universités et centres de recherche dans treize pays.

Enfin, elle a cofondé, en 1999, et dirigé la revue Travail, Genre et Sociétés jusqu’à 2015 avant d’en devenir conseillère éditoriale. Cette revue majeure de notre discipline a grandement légitimé les recherches sur le genre dans de nombreux domaines.

Très reconnue en France et à l’international, Margaret Maruani est lauréate, en 2014, de la médaille d’argent du CNRS et Docteure honoris causa de l’université libre de Bruxelles (2000).

La présence de Margaret au CSU était discrète mais régulière et prégnante. Son attention était grande au traitement égalitaire des relations femmes-hommes dans l’équipe, signe de son féminisme chevillé au corps et de l’acuité avec laquelle elle observait de par ses recherches l’œuvre du genre dans les relations professionnelles et la division sexuée du travail.

Pour les bons souvenirs qui restent attachés à sa présence au sein de notre équipe, le CSU dont une partie des lettres de noblesse est attachée aux travaux majeurs de Margaret est profondément affecté par son décès et adresse ses sincères condoléances à sa fille, son conjoint et ses proches.

L’ÉQUIPE CSU DU CRESPPA




- Sa page au Cerlis

- Le MAGE

- Ses vidéos sur Youtube

- Ses Vidéos sur Canal U

- Sur sa trajectoire professionnelle, voir aussi :
"Margaret Maruani, Le travail à l’épreuve du féminisme", entretien réalisé par Jacqueline Laufer et Hyacinthe Ravet, Travail, genre et sociétés, No 46, 2021.
DOI : 10.3917/tgs.046.0005


Le blog du CSU


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www.csu.hypotheses.org

Axes de recherche

Trois domaines de thématiques transverses au CRESPPA et trois domaines de recherche propres au CSU constituent notre identité et définissent notre place dans la recherche en sciences sociales : les dynamiques de la citoyenneté, le genre et les rapports sociaux de sexe, le travail et les classes sociales pour les thématiques transverses aux trois équipes du laboratoire ; la culture, la santé et bien sûr la ville, thématique constitutive de l’équipe initiale. Ces domaines de recherche s’articulent entre eux dans nos travaux, ce qui interdit de considérer ces thématiques comme des domaines clos. Traversant ces thématiques, l’analyse en termes de classes sociales, elle aussi constitutive de l’histoire du CSU, ne cesse d’être revisitée.

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