Contre la réforme des retraites et la LPPR : le  5 mars, la recherche s'arrête
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In memoriam Michel Pinçon

C’est avec une grande émotion et une profonde tristesse que le CSU a appris le décès de notre collègue et ami Michel Pinçon à l’âge de 80 ans, des suites de la maladie d’Alzheimer.
Michel Pinçon est né en 1942 à Lonny dans les Ardennes. Directeur de recherche au CNRS, il a fait toute sa carrière au CSU dont il fut l’un des piliers depuis 1970.

Issu d’une famille ouvrière dans la métallurgie, Michel fait ses études à l’université de Lille où il rencontre Monique Charlot, puis à l’université de Vincennes. Il a successivement été maître d’internat (1961-1967), professeur de lettres, coopérant au Maroc (1967-1969) puis chercheur au Centre de Sociologie Urbaine (CSU) à Paris. Il soutient sa thèse de Troisième cycle « Dimension objective et dimension symbolique des besoins : de l’analyse du logement social à la problématique de l’habitus » en 1978.

Au Centre de Sociologie Urbaine, il appartient à la deuxième génération de chercheurs et chercheuses qui ont adopté un mode collégial d’organisation du travail et de gestion, très égalitaire, dans un contexte de financement des recherches par contrat. Le statut associatif du laboratoire durera jusqu’en 1978. Le CSU devient alors une unité propre du CNRS après des années de luttes collectives, auxquelles a participé activement Michel, luttes qui ont permis l’intégration des « hors statut », les chercheur·es et ingénieur·es contractuel.les d’alors, dans l’institution pour lesquelles ils et elles travaillaient. En faisant désormais partie du CNRS, l’équipe du CSU déménage en 1986, de la rue de la Tombe Issoire (14è) vers la rue Pouchet pour constituer une fédération de laboratoires donnant naissance à l’Institut de Recherche des Sociétés Contemporaines (IRESCO). Michel et Monique y ont occupé, jusqu’à leur retraite en 2007, un bureau, sans fenêtre (!) et bourré jusqu’au plafond de boîtes d’archives contenant toutes leurs enquêtes. C’était aussi un petit havre de paix au milieu du couloir central, dont la porte ouverte tous les mardis faisait le bonheur des discussions animées, chaleureuses et souvent drôles.

Les premiers travaux de Michel Pinçon, dans les années 1960, ont porté sur les « problèmes liés au caractère partiellement dominant de la « culture » française (à travers la langue en particulier) dans le Maroc contemporain », qui ont donné lieu à un mémoire de maîtrise en 1969. Puis, il travaille sur l’intervention de l’État dans le domaine de la production du logement et montre la nécessité de prendre en compte les mouvements sociaux comme déterminants des modalités de cette intervention. Michel consacre une recherche aux notions de « besoin » et d’habitus, puis développe une orientation de recherche qu’il poursuivra durablement, sur les modes de vie. Il enquête sur « la structure sociale et la cohabitation des groupes sociaux dans une cité HLM » et sur « le rôle du HLM dans le logement des populations immigrées dans les années 1970 ». Ces travaux sur les modes de vie et les inégalités sociales ont été publiés tant dans la collection des rapports de recherche CSU que dans la Revue française de sociologie ou encore les Actes de la Recherche en Sciences Sociales.

Menée dans le programme collectif coordonné intitulé « Comme on fait sa vie… » (avec aussi Danièle Combes, Francis Godard, Monique Haicault, etc..), une recherche portant sur « les familles de métallurgistes de la vallée de la Meuse dans les mutations industrielles et sociales », réalisée d’abord avec Paul Rendu, a par la suite donné lieu à son livre Désarrois ouvriers. Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles (L’Harmattan, 1987). Cette enquête approfondie sur la commune de Nouzonville dans la Meuse s’attachait à comprendre l’organisation des modes de vie des familles ouvrières dans un contexte de bouleversements liés à la crise de l’industrie métallurgique.

Cet ouvrage clôt une première séquence de la vie professionnelle de Michel où ses travaux sur les conditions socioéconomiques, les modes de vie, les formes de sociabilité et les pratiques sociales portaient sur les classes dominées. À partir de 1986, la réorientation de son travail transparaît dans l’ensemble des publications co-signées avec Monique Pinçon-Charlot qui développe un champ de recherche sur la sociologie de la grande bourgeoisie. Leurs nombreux ouvrages ont et continuent de former des générations d’étudiant·es et de militant·es. Si depuis leur départ en retraite en 2007, Michel et Monique ont souhaité donner à leurs publications une tonalité beaucoup plus engagée, auparavant ils avaient toujours pris soin de porter la sociologie largement au-delà des cercles académiques.

Michel Pinçon a marqué notre équipe par sa gentillesse, par l’acuité de son regard sociologique, sa générosité intellectuelle auprès des jeunes chercheur·es, son humour, et aussi par sa manière d’accepter de mettre les mains dans le "cambouis" des questions financières et de gestion, au service du collectif.

L’équipe du CSU s’était réjouie, le 24 mai dernier, d’organiser une soirée-débat en compagnie de Michel et Monique autour du film « À demain mon amour » que Basile Carré-Agostini leur a consacré. Cette soirée, riche en émotions, fut notre dernière rencontre avec Michel. Quelle chance nous avons de l’avoir côtoyé, quelle chance de pouvoir continuer à lire et relire tous ses travaux publiés depuis un cinquantaine d’années.

L’équipe du CSU adresse ses sincères condoléances et son chaleureux soutien à Monique, à leur fils Clément et à leurs proches.

L’ÉQUIPE CSU DU CRESPPA

- Bibliographie des publications de Michel Pinçon


12 octobre 2022