Croiser le genre et la classe en sciences sociale

Séminaire de recherche du Cresppa-CSU coordonné par
Isabel Boni-Le Goff, Pauline Delage et Eve Meuret-Campfort.

Site Pouchet du CNRS (et à distance sur inscription).
La participation est ouverte à toutes et tous et libre d'accès


Présentation

Récemment, deux événements politiques ont souligné les enjeux que revêtent les rapports de genre et de classe à deux pôles opposés de l’espace social. Alors que le mouvement #metoo a mis en exergue les violences commises par des hommes en haut de la hiérarchie socioprofessionnelle à l’encontre de femmes dans des positions subordonnées, les mobilisations des Gilets Jaunes ont à la fois été critiquées par les commentateurs médiatiques pour le « virilisme » des militants et ont mis sur le devant de la scène le rôle spécifique et les besoins des femmes des classes populaires. Cette actualité, qui invite à ne pas se cantonner à l’analyse d’un rapport social, trouve un écho dans le champ académique.

En sciences sociales, on assiste en effet depuis les années 2000 d’une part à un regain d’intérêt pour l’analyse des classes sociales en sociologie (Pfefferkorn, 2007), d’autre part à la légitimité croissante du genre dans l’académie (Bereni & al., 2012). En outre, le croisement de ces deux rapports sociaux a également fait l’objet d’une actualité éditoriale avec la traduction récente de deux « classiques » de la sociologie et de l’histoire anglo-saxons (Hall & Davidoff, 20141987]), Skeggs, 2015 [1997]), la publication d’ouvrages traitant de cette articulation (Avril, 2014), mais aussi la parution de dossiers de revues consacrés à « Genre et classes populaires » (Genèses, 2006), à la question « Comment le genre trouble la classe » (Agone, 2010) ou à « La production quotidienne du genre en milieu populaire » (Genèses, 2018). Lire la suite

Quoique minoritaires, les enquêtes œuvrant au croisement des rapports de domination se développent sans toutefois mettre au jour leurs rouages et leurs ficelles empiriques. Ainsi les enjeux épistémologiques et méthodologiques sont-ils marginalisés et peu investigués. Quels outils méthodologiques choisir pour déployer ou interroger une focale analytique ou une approche théorique imbriquant le genre et la classe ? Que peuvent apporter l’ethnographie, les approches quantitatives, l’histoire, en la matière ? Quelles difficultés pratiques et théoriques posent-elles ? Par exemple, quelles leçons peut-on en tirer du point de vue méthodologique des travaux portant d’une part sur le genre et les classes populaires (Hamel et Siméant 2005), d’autre part sur le genre dans les classes supérieures (Benquet et Laufer 2016) ? Autrement dit, peut-on analyser de la même manière les femmes des classes supérieures et celles issues des classes populaires ?

En se penchant sur des parcours d’enquête, sur les processus de construction de matériaux empiriques, sur les prismes analytiques mobilisés, et sur la position des chercheur.e.s quant à leurs données, ce séminaire entend mettre en lumière les bricolages empiriques opérés pour appréhender ensemble les rapports de genre et de classe. Faire retour sur des enquêtes passées doit alors permettre de réinvestir des questions méthodologiques et épistémologiques. Quelles sont les exigences et difficultés posées concrètement par une approche « intersectionnelle » ? Que produisent, sur le plan méthodologique, certains choix théoriques, par exemple le fait de se situer plutôt dans une perspective matérialiste attentive aux rapports sociaux ou dans un cadre d’analyse poststructuraliste centré sur la capacité d’action des enquêté.e.s ?

À partir d’objets et de niveaux d’analyse variés, ce séminaire propose des études de cas et des réflexions méthodologiques et théoriques articulées à des enquêtes empiriques pour envisager différentes manières de penser, d’étudier et d’analyser les rapports entre le genre et la classe. Se concentrer sur le genre et la classe ne repose pas sur la volonté de nier l’existence d’autres rapports sociaux (de race en particulier) et ou de minorer leurs effets sociaux et politiques, mais bien de saisir concrètement comment l’articulation peut être mise en œuvre sur des terrains différents.


Programme 2025


Mardi 28 janvier 2025: Délégation marchande du travail domestique

Hélène Malarmey (CNAM, CEET), "Déléguer pour mieux articuler. La garde des enfants en contexte d'emploi intermédié".
Nicole Teke (IDHE.S - DCS), "Au nom des femmes ? Enjeux de délégation du travail ménager par les plateformes de services à domicile".


Mardi 13 mai 2025: Une culture de genre et de classe ?

Delphine Naudier (CNRS, CRESPPA-CSU), « Construire la valeur des talents. Travail relationnel et rapports de domination entre agent.es artistiques et comédien.es »
Valérie Rolle (Université de Nantes, CENS), « L’arrivée de tatoueur.ses formés à l’art dans le métier : des distinctions de classe et de genre ? »


Programme 2023-2024


Mardi 19 décembre: Institutions

Sophie Denave (Université Lyon II, CMW) et Fanny Renard (Université de Poitiers, GRESCO) : Le genre et la classe sociale : comment l'école façonne les élèves des CAP coiffure et métiers de l'automobile.


Mardi 30 janvier: Travail à domicile

Caroline Berton (Université Paris 8, Cresppa-CSU), Irène-Lucile Hertzog (Université de Caen, CERREV), Pascal Barbier (Université Paris 1, CESSP), Pauline Seiller (Université de Caen, ESO) : “Une fois la porte fermée…”. Invisibilité du travail et lutte contre l’infériorisation professionnelle des assistantes maternelles, une analyse par le genre et la classe.

Marion Gaboriau (Université Clermont Auvergne, LESCORES), Eve Meuret-Campfort (CNRS, Cresppa-CSU) : Rapports de genre et de classe entre aides à domicile et personnes âgées dépendantes : vulnérabilités et dominations croisées.


Mardi 27 février: Le genre des métiers subalternes

Sophie Bernard (Université Paris-Dauphine, IRISSO) : Les ressorts de la domination des chauffeurs Uber. Une approche intersectionnelle.

Yasmine Siblot (Université Paris 8, Cresppa-CSU) : Analyser les dynamiques de transformation des classes populaires à partir d'une enquête auprès de migrantes portugaises en France.


Mardi 19 mars: Une culture de genre et de classe ?

En soutien à la journée de mobilisation dans la fonction publique le 19 mars, cette séance a été annulée et reportée au 17 juin 2025.
Delphine Naudier (CNRS, Cresppa-CSU) : Construire la valeur des talents. Travail relationnel et rapports de domination entre agent.es artistiques et comédien.es.

Valérie Rolle (Université de Nantes, CENS) : Des nouveaux profils dans le métier de tatoueur.se : segmentations et différenciations de genre et de classe.


Mardi 11 juin: Table ronde : retours sur des trajectoires de recherche (10h30-13h)

Christelle Avril (EHESS, CMH), « Penser les subordinations des femmes : des questionnements passés, des questionnements ouverts »

Isabelle Clair (CNRS, IRIS), « La comparaison ethnographique, une traduction empirique de l'approche intersectionnelle ? »

Maud Simonet (CNRS, IDHES), « De l’engagement bénévole au travail gratuit : désandrocentrer le travail, repenser la classe laborieuse ? »


Programme 2022-2023


Mardi 17 janvier 2023: Espaces intimes

Lorraine Bozouls (Université de Limoges, GRESCO) : "L'enquête sur l'espace du
logement comme révélateur du croisement entre genre et classe : le cas des femmes au foyer de classes supérieures"

Pierre Gilbert (Université Paris 8, CRESPPA-CSU) : “Franchir le seuil du foyer. Enquêter l’articulation classe/genre au domicile”


Mardi 28 mars 2023: Le genre des métiers subalternes

Sophie Bernard (Université Paris-Dauphine, IRISSO) : “Les ressorts de la domination des chauffeurs Uber. Une approche intersectionnelle”

Yasmine Siblot (Université Paris 8, CRESPPA-CSU) : "Analyser les dynamiques de transformation des classes populaires à partir d'une enquête auprès de migrantes portugaises en France"


Mardi 11 avril 2023: Institutions

Sophie Denave (Université Lyon II, CMW) et Fanny Renard (Université de Poitiers, GRESCO) : “Le genre et la classe sociale : comment l'école façonne les élèves des CAP coiffure et métiers de l'automobile”


Mardi 30 mai 2023: Politisations

Saphia Doumenc (Triangle) : “Restituer les engagements syndicaux de femmes de ménage dans la multiplicité de leurs déclinaisons. Retour sur un terrain ethnographique longitudinal et intersectionnel”

Marion Rabier (Université de Haute Alsace, SAGE) : “Des patronnes féministes ? Retour sur un parcours d’enquête”


Mardi 13 juin, Quanti, quali, archives… Regards croisés sur les méthodes d’enquête

Groupe « Genre et classes populaires »: “Proposer une histoire du quotidien à l'intersection du genre et de la classe: retour sur les travaux du groupe Genre et classes populaires”

Kévin Diter (Université de Lille, CLERSE) : “Le foyer des inégalités : ce que les analyses ethnographiques et entretiens auprès des familles peuvent nous dire des (effets des) rapports sociaux de genre et de classe”

Sibylle Gollac (CRESPPA-CSU) : "Si les PCS ont la classe, comment objectiver le genre? Des difficultés de croiser des rapports sociaux inégalement traités par la sta-tistique publique quand on combine méthodes qualitatives et quantitatives"