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Genre et conflits armés
Repenser les impacts des conflits et les processus de reconstruction


Séminaire de recherche CRESPPA-GTM, janvier-juin 2010
Organisation : Jane Freedman, Marguerite Rollinde, Carol Mann, Mirvat Abd El Ghani

Présentation du séminaire


Si les conflits armés et les processus de paix et de réconciliation sont des objets d’étude fréquents pour les chercheur(e)s en sciences sociales, leur impact sur les rapports de genre dans les sociétés concernées est le plus souvent négligé ou relégué au second plan, alors qu’ils sont dans la plupart des cas très importants. Les violences physiques et sexuelles, en particulier à l’égard des femmes et des enfants, se produisent avec une plus grande régularité pendant et au lendemain d’un conflit armé. Les femmes sont victimes de viols, de grossesses forcées, tombent dans la prostitution forcée et l’esclavage sexuel, souvent par les mains mêmes des « pacificateurs », police ou forces occupantes. Les rapports médiatiques sur le viol massif des femmes dans des situations de conflit en ex-Yougoslavie (Nahoum Grappe, 2001) ou au Rwanda, par exemple, ont amené à l’attention du public l’utilisation du viol comme arme de guerre. Mais malgré cette médiatisation, il reste vrai qu’il y a peu d’analyses approfondies sur les causes et les conséquences de ces violences liées au genre. En particulier il faut prêter attention aux liens entre les dominations de genre, de race et d’ethnie, (Ivekovic, 2003) pour comprendre comment, dans l’espace de l’économie mondialisée, de telles violences se produisent. Et pourquoi les sanctions nationales et internationales semblent avoir tellement peu d’impacts dans la prévention de telles violences. Aux viols et autres formes de violences physiques s’ajoutent les problèmes liés aux changements de rôles de genre, et à l’accroissement des activités de survie des femmes en période de conflit. Sans vouloir essentialiser leur rôle comme « civiles » (Carpenter, 2006), il est vrai qu’elles sont les plus souvent laissées seules (ou avec leurs enfants) par leurs maris combattants, quand ils ne sont pas morts ou disparus (Rollinde, 2006). Les femmes deviennent alors chefs de ménage et sont contraintes à assurer la survie de la famille. Le processus de survie peut aussi impliquer une fuite et ces trajectoires de migration forcée auront également des impacts différenciés selon le genre (Freedman, 2007).

Les femmes, victimes civiles des massacres commis au nom d’une nation, d’une ethnie, d’un principe ou d’une religion, sont, la plupart du temps, au centre de ces conflits. Leur cause est souvent brandie comme alibi pour justifier le mobile véritable, c’est-à-dire le contrôle de territoires et des ressources qu’ils contiennent. Les protagonistes masculins voient en leurs femmes les garantes d’une identité menacée et exigent d’elles l’adhésion inconditionnelle aux valeurs de la communauté à laquelle elles appartiennent, en remettant à des lendemains meilleurs les revendications qui les concernent plus spécifiquement. Certaines d’entre elles adhèrent à ce modèle et sont fières de mettre au monde des hommes pour la guerre quand elles ne vont pas jusqu’à participer elles-mêmes aux massacres. D’autres refusent cette assignation à résidence communautaire et face à la logique de guerre développent des stratégies de sortie du conflit (Falquet, 2006). Elles se transforment alors en actrices, sujets porteurs d’historicité. Les recherches focalisées sur le statut de « victime » des femmes pendant les guerres ont négligé les rôles actifs joués par ces femmes. Ce n’est que très récemment que quelques études ont commencé à explorer la participation des femmes aux actes de violence, en particulier liée au genre (Jacobs, Jacobson et Marchbank, 2000 ; Sjoberg et Gentry, 2007). Les femmes jouent donc des rôles variés dans les conflits - comme combattantes ou résistantes, comme soutiens aux soldats, mais aussi, parfois, comme agents de la paix et de la réconciliation. Il faut que tous ces rôles actifs des femmes soient pris en compte pour dépasser les représentations essentialistes et stéréotypées des femmes comme seules « victimes ». L’idée d’étudier les rapports de genre dans les conflits armés implique aussi de se pencher sur une définition plus précise de ce qu’est le conflit, et de faire des liens avec des formes de violences et de domination de genre qui s’exercent aussi dans des périodes de « pré » et de « post » conflit. Cockburn insiste justement sur l’existence d’un continuum de violences de genre qui lie les périodes avant et après les conflits avec les violences qui s’exercent pendant ces conflits armés (Cockburn, 2004). Les violences et viols commis pendant les conflits doivent donc être compris à partir des rapports de domination de genre qui existaient déjà dans les sociétés concernées.



Intervenant.es

Cynthia Enloe (Professor of International Development and Women’s Studies, Clark University, États-Unis) / Discutante : Suzuyo Takazato (Okinawa Women Act Against Military Violence, Japan) ; Malathi de Alwis (University of Colombo, Sri Lanka), Violaine Baraduc (EHESS) ; Rada Ivekovic (Cresppa-GTM) ; Dubravka Zarkov (Université d’Amsterdam, Pays-Bas) ; Carol Mann (CEDREF) ; Fabrice Virgili (IRICE, Université Paris 1) ; Islah Jad (Bir Zeit University, Palestine) ; Mirvat Abd El-Ghani (Cresppa-GTM) ; Marie Ladier-Fouladi (EHESS) ; Azadeh Kian (CEDREF).



Programme consultable sur Calenda : https://calenda.org/199868

MAJ: 19 juin 2022

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