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Pour une iconographie politique des dominé-e-s. Objets, méthodes, enjeux
Séminaire 2015-2020


Séminaire organisé par le LabToP-CRESPPA (UMR 7217)
Coordination : Maxime Boidy (LISAA – Université Gustave Eiffel)
Contact : maxime.boidy@live.fr

Anciennement co-organisé par le Cresppa-LabTop (CNRS-UMR 7217) et le CEMTI (EA 3388), avec le soutien du Labex Arts-H2H.

Argumentaire

Longtemps à la marge des sciences sociales et politiques, les savoirs visuels intéressent à nouveau ces disciplines au sein du monde francophone. Ils bénéficient aussi de l’essor de paradigmes interdisciplinaires dans différentes aires intellectuelles, qui placent de plus en plus souvent les phénomènes politiques au centre de leurs investigations. Les études de culture visuelle (Visual Culture Studies), apparues dans le champ universitaire anglo-américain durant les années 1980 en marge de la discipline de l’histoire de l’art, prolongent par exemple l’ambition des études culturelles, féministes et postcoloniales en se focalisant sur la visibilité des phénomènes de classe, de genre et de race (Evans, Hall, 1999 ; Mirzoeff, 2009). L’iconographie politique (Politische Ikonographie) s’est développée comme un sous-champ disciplinaire de l’histoire de l’art germanophone en se consacrant aux motifs visuels comme vocabulaire du politique (Fleckner et al., 2011 ; Joschke, 2012). Des recherches issues de l’aire intellectuelle italienne portent une attention particulière à la mise en image des idées politiques (Ginzburg, 2013 ; Agamben, 2015). En France, les travaux fondateurs de l’historien de l’art Louis Marin sur l’iconographie du pouvoir monarchique (Marin, 1981) trouvent des échos ou des prolongements en sociologie, en anthropologie ou en sciences de l’information et de la communication, autour d’objets tels que la visibilité médiatique de l’émeute (Bertho, 2009), l’iconographie des formes de contestation (Crettiez, Piazza, 2013) ou les motifs symboliques de l’action politique (Vergnon, 2005). Cet ensemble de travaux appelle deux constats, qui tracent les lignes directrices de ce séminaire. D’une part, sur cette base, il est désormais possible de circonscrire un champ de recherches spécifiquement dévolu à l’« étude visuelle du politique ». L’appréhension d’un tel champ nécessite toutefois de mener une réflexion interdisciplinaire approfondie sur ses fondements épistémologiques et méthodologiques, afin d’identifier les articulations nécessaires entre les positions intellectuelles les plus attentives aux exigences de scientificité (constitution de corpus empiriques, administration de la preuve) et les perspectives plus enclines à la théorisation et/ou à la politisation des savoirs visuels. D’autre part, les travaux existants se sont fréquemment penchés sur l’iconographie du pouvoir dominant et de ses institutions, à l’instar de la représentation classique de l’État qui orne le frontispice du Léviathan (1651) du philosophe anglais Thomas Hobbes (Bredekamp, 2003). Il s’agit a contrario d’interroger les modalités d’enquête et de constitution de corpus non du point de vue des dominants, mais de celui des « dominé(e)s », et ce à trois niveaux au moins :

  1. l’identification de corpus visuels et politiques susceptibles de nourrir la réflexion interdisciplinaire sur l’iconographie des « dominé(e)s », au-delà ou à côté des travaux nombreux portant sur les révoltes, les révolutions et les mouvements d’émancipation les plus connus, en particulier le mouvement ouvrier. Il s’agirait de dégager une liste de lieux d’archives (Institut Warburg, Archives nationales, etc.), de thématiques, ainsi qu’une bibliographie de travail, notamment parmi les axes de recherche et les travaux des participant(e)s du séminaire.
  2. une réflexion sur le point de vue des « dominé(e)s » et la production d’images par les catégories reléguées du monde social. On pourra approfondir cet axe de recherche en s’intéressant en particulier aux représentations visuelles des critiques de la représentation politique. Cet axe vise à interroger les relations qu’entretiennent ces deux formes de représentation dans l’iconographie des « dominé(e)s ». Seront notamment questionnées la visibilité de la dissimulation comme critique de la représentation à travers l’exemple de la tactique du « black bloc », ou l’imagerie amateur produite durant le processus révolutionnaire tunisien.
  3. une réflexion sur les formes de domination liées aux savoirs visuels. L’âge moderne a été caractérisé de longue date comme une période historique durant laquelle le visible participe d’une rationalité de la domination, à la production de sujets « observateurs » (Crary, 1994). Il s’agit de réfléchir plus largement au rôle des savoirs visuels dans la production de la domination, dans la construction de catégories politiques appliquées aux « dominé(e)s » (telles que le populisme) et dans leurs mises en représentation.

Le séminaire est ouvert aux doctorants et aux étudiants de master intéressés. À l’exception d’une conférence, il s’agit d’un séminaire de travail. Les participant(e)s sont donc vivement encouragé(e)s à venir y discuter leurs lignes de recherches (deux séances supplémentaires seront organisées le cas échéant).

Programme

6 novembre 2015
Séance 1 : « L’iconographie politique des “dominé(e)s” : un programme de recherche »
Cordonnée par Maxime Boidy (post-doctorant Labex Arts-H2H – CEMTI – Paris 8) et Laurent Jeanpierre (LabToP/CRESPPA – Paris 8)

20 novembre 2015
Séance 2 « Esthétiques critiques de la représentation politique : le cas du “black bloc” »
Séance coordonnée par Maxime Boidy

18 décembre 2015
Séance 3 « Des images “pauvres” ? Penser les productions visuelles des anonymes de la révolution tunisienne : propositions pour une méthodologie »
Séance coordonnée par Ulrike Lune Riboni (CEMTI – Paris 8)

15 janvier 2016
Séance 4 « Visualité et droit de regard : le cas de Black Lives Matter »
Conférence de Nicholas Mirzoeff (New York University)

19 février 2016
Séance 5 « À quoi sert l’iconographie politique ? Retour sur un demi-siècle d’histoire visuelle germanophone »
Séance coordonnée par Christian Joschke (HAR – Paris 10)

25 mars 2016
Séance 6 : « Visibilités politiques : images du peuple, images du populisme »
Séance coordonnée par Maxime Boidy

20 janvier 2017
Maxime Boidy (CEMTI/Paris 8), « Pour une iconographie politique des dominé(e)s : premier bilan et perspectives »

3 février 2017
Max Bonhomme (HAR – Paris 10 – Labex Arts-H2H), « Machines à broyer : iconologie du travail en crise » et María Ignacia Alcala (CEMTI – Paris 8 – Labex Arts-H2H), « Garder et regarder : pratiques photographiques des jeunes "au pair" latino-américain-e- s »

17 février 2017
Alexandre Borrell (LCP – UMR Irisso – Paris- Dauphine/CNRS), « Face à la figure médiatique du "jeune à capuche" : pratiques vestimentaires ordinaires et affirmations identitaires »

31 mars 2017
Anne Steiner (SOPHIAPOL – Paris 10), « Le temps des révoltes. Une histoire en cartes postales des luttes sociales à la "Belle Époque" »

28 avril 2017
Alain Bertho (LAVU-AUS-Paris 8), « Mobilisation visuelles : autoportrait des invisibles»

19 mai 2017
Virginie Sassoon (CLEMI), « Une iconographie des femmes noires dans la presse francophone » – Discutante : Emmanuelle Bruneel (GRIPIC, CELSA – Paris-Sorbonne)

16 juin 2017
Pierre-Olivier Dittmar (CRH-GAHOM – EHESS) et Maud Perez Simon (CERAM – Paris 3), « Une monstruosité politique au XIIIe siècle »

23 février 2018
Introduction du séminaire ; présentation du livre Les Études visuelles (PUV, 2017) –
Maxime Boidy (LabToP-CRESPPA – Université Paris 8)

16 mars 2018
« Les dictateurs dissimulés. Présence “invisible” de Staline et de Mussolini dans la propagande visuelle du Parti Communiste italien et de l’extrême droite parlementaire italienne » – Luciano Cheles (LUHCIE – Université de Grenoble-Alpes)

20 avril 2018
« Représenter les acteurs des révoltes dans l’iconographie (XIVe siècle – début XVIIIe siècle) : chefs, héros, anti-héros, peuple et individus » – Tiphaine Gaumy (Institut du Patrimoine, élève-conservatrice, spécialité archives)

25 mai 2018
« Panthéonisation et mémoires visuelles européennes » – Christine Cadot (LabToP- CRESPPA – Université Paris 8)

15 juin 2018
« Souverainetés visuelles. Des Indigenous Media à l’expérience des images des sujets filmés » – Jonathan Larcher (CRAL – EHESS)

24 janvier 2020
Jacopo Galimberti (British Academy – Université de Manchester) : « L’ouvrier, le militant et le monstre. Iconographie politique de l’opéraïsme et de l’autonomie ouvrière italienne ».

28 février 2020
Michel Agier (CEMS – EHESS) : « Faire africain ou blackface. Comment créer un sujet politique ».

13 mars 2020
Maxime Boidy (LISAA – Université Gustave Eiffel) : « Qu’est-ce qu’un bloc en politique ? Trajectoire conceptuelle, enjeux iconologiques (1885-1937) ».

3 avril 2020
Véra Léon (CERLIS – Université Paris Descartes) : « Photographe : nom masculin ? Le genre d’un métier à la source des imaginaires ».

Bibliographie

- AGAMBEN Giorgio, 2015, La Guerre civile : pour une théorie politique de la stasis, Paris, Points.
- BERTHO Alain, 2009, Le Temps des émeutes, Montrouge, Bayard.
- BOIDY Maxime, 2017, « Luttes de représentation, luttes de visibilité : Notes sur l’iconographie et sur l’iconologie politique des dominé(e)s », Hybrid, n°4. En ligne : http://www.hybrid.univ- paris8.fr/lodel/index.php ?id=842#quotation
- BREDEKAMP Horst, 2003, Stratégies visuelles de Thomas Hobbes. Le Léviathan, archétype de l’État moderne, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme.
- CRETTIEZ Xavier et PIAZZA Pierre (dir.), 2013, « Iconographies rebelles », Cultures & Conflits, n°91/92.
- CRARY Jonathan, 2016, Techniques de l’observateur : vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions Dehors.
- DIDI-HUBERMAN Georges (dir.), 2016, Soulèvements, Gallimard – Jeu de Paume.
- EVANS Jessica et HALL Stuart (dir.), 1999, Visual Culture : the Reader, Londres, Sage.
- FLECKNER Uwe, WARNKE Martin et ZIEGLER Hendrik (dir.), 2011, Handbuch der Politischen Ikonographie, Munich, Beck (2 tomes).
- GINZBURG Carlo, 2013, Peur, révérence, terreur : quatre essais d’iconographie politique, Dijon, Les Presses du réel.
- JOSCHKE Christian, 2012, « À quoi sert l’iconographie politique ? », Perspective, n°1, p. 187- 192.
- MARIN Louis, 1981, Le Portrait du roi, Paris, Minuit.
- MIRZOEFF Nicholas, 2009, An Introduction to Visual Culture, Londres, Routledge.
- VERGNON Gilles, 2005, « Le “poing levé”, du rite soldatique au rite de masse. Jalons pour l’histoire d’un rite politique », Le Mouvement Social, n°212/3, p

MAJ: 25 April 2022