Emmanuelle Carinos Vasquez

Docteure en sociologie
ATER à l’Université d’Angers

Thèse

Emmanuelle Carinos Vasquez. « Le son qui tue. Dénoncer, justifier, performer la violence dans le rap français (2000-2024) », thèse de doctorat en sociologie, réalisée à l’Université Paris 8, sous la direction de Michel Kokoreff, 4 décembre 2024.


Résumé
Malgré un statut désormais incontournable dans l’histoire et l’économie musicale françaises, le rap reste associé à la violence dans son traitement médiatique, judiciaire et politique. Pourtant, dans l’exercice quotidien du genre, la violence au sens strict tel que R. Collins la définit est rare. Cette thèse vise à élucider la tension entre la rareté de la violence dans les faits et la prégnance de la violence dans les discours. Elle étudie les formes prises par les opérations critiques autour des relations rap/violence en croisant deux paradigmes théoriques apparemment opposés : une sociologie des rapports sociaux de pouvoir ainsi qu’une sociologie de la critique et des controverses d’inspiration pragmatiste. L’analyse comparée des controverses autour de la violence du rap dans les années 2000 et 2010 montre comment les opérations critiques déployées sont informées par les rapports sociaux de pouvoir. De manière générale, le genre musical est soumis à un impératif de justification renforcé dans l’espace public. L’ethnographie multi-située menée en tant que critique musicale permet ensuite d’appréhender la violence de manière endogène. Au sein du monde du rap, la « violence » apparaît comme ressource artistique, notamment d’authentification, dont l’usage est organisé par la vulnérabilité à la pénalisation, l’évaluation des pairs et le risque de l’exotisme. Enfin, la thèse se clôt sur la reconfiguration critique des relations rap/violence par la réflexivité amatrice, face aux apories, à la fois des dénonciations publiques et des justifications artistiques. La perspective intersectionnelle adoptée contribue alors à renouveler la critique des contenus artistiques ainsi que les rapports entre violence, art et pouvoir.
Mots clés : rap, violence, sociologie des rapports sociaux de pouvoir, sociologie de la critique, sociologie des controverses, sociologie de la culture, genre, justice.

Abstract – "Le son qui tue". Denouncing, Justifying, Performing Violence in French Rap (2000-2024)

Despite its status as an essential part of French musical history and economy, rap remains associated with violence in its media, legal and political treatment. Yet in the everyday practice of the genre, violence in the strict sense, as Randall Collins defines it, is rare. This thesis aims to elucidate the tension between the rarity of violence in fact and the prevalence of violence in discourse. It studies the forms taken by critical operations around rap/violence relations by crossing two apparently opposed theoretical paradigms : a sociology of social relations of power and a pragmatist-inspired sociology of criticism and controversy. A comparative analysis of controversies surrounding rap’s violence in the 2000s and 2010s shows how the critical operations deployed are informed by social relations of power. Generally speaking, the musical genre is subject to a heightened need for justification in the public arena. The multi-sited ethnography conducted as a musical critic then allows to apprehend violence endogenously. Within the world of rap, “violence” appears as an artistic resource, notably of authentication, whose use is organized by vulnerability to penalization, peer evaluation and the risk of exoticism. Finally, the thesis concludes with the critical reconfiguration of rap/violence relations through amateur reflexivity, in the face of the aporias of both public denunciations and artistic justifications. The intersectional perspective adopted contributes to renewing the critique of artistic content and the relationship between violence, art and power.

Key words : rap, violence, sociology of social relations of power, sociology of criticism, sociology of controversy, sociology of culture, gender, justice.

Articles dans des revues scientifiques

« Le rap au prétoire : luttes politico-judiciaires autour de deux clips (Jo le Phéno, 2017 ; Nick Conrad, 2019) »Dynamiques intersectionnelles dans la production des objets symboliques, in Delaporte Chloé, Flores Espinola Artemisa, Guittet Emmanuelle, Harchi Kaoutar, Sonnette Marie, Talbot Cécile (dir.), Biens symboliques, 2022.

« Erik Nielson & Andrea L. Dennis, Rap on trial. Race, Lyrics, and Guilt in America. New York, The New Press, 2019 », Volume, 2020/2 (17:2), p. 230-236.

« Bettina Ghio, Sans fautes de frappe. Rap et littérature. Marseille, Le Mot et Le Reste, 2016 », Volume, 2020/2 (17:2), p. 246-250.

Chapitres d’ouvrages

avec Déon Maxence, « Innovations musicales et lyriques » in Hammou Karim et Sonnette Marie (dir.), Les musiques hip-hop. Perspectives francophones sur une industrie musicale, Questions de culture, juillet 2022.

« Rap français et forces de l’ordre », in Montas Arnaud (dir), Droit(s) et hiphop, Mare & Martin, 2020.

« Le bon élève de l’entrepreneuriat », in Offerlé Michel, Patrons de France, La Découverte, 2017.

avec Hammou Karim, « Approches du rap en français comme forme poétique » in Hirschi Stéphane, Linarès Serge, Saemmer Alexandra et Vaillant Alain (dir.), La poésie hors le livre, Presses Universitaires de Nanterre, 2017.

Principales communications

« La spectacularisation de la violence à l’épreuve de sa publicité commerciale »,
communication au séminaire « Approches pluridisciplinaires du rap », EHESS, Paris, 14 février 2024.

« Un État juge et parti ? Dénonciations politico-judiciaires de la violence du rap en France (2003-2021) », Journée d’Étude « Les territoires du rap : hiérarchies, autorités, rapports de pouvoir », MSHB, Rennes, 12 décembre 2023.

“"Anti-white racism", "anti-France hatred" : prosecution of rap music and inversion of anti-racist legislation in France (2003-2019)”, colloque “Colonial Legacies and Racial Formations : France in Comparative Perspective”, Program for African Social Research, ENS (Paris), 8 juin 2023.

« ‘Tu dis que c’est ta vie et tu veux qu’on le prenne pour un film.’ La violence entre ressource de commercialisation et d’authenticité”, communication au séminaire “Approches pluridisciplinaires du rap”, EHESS, 7.04.2023.

“Violence in song, violence on trial. Political and legal denunciation of rap’s violence in France (2000-2020)”, Journée d’Etude “Prosecuting Rap Music : France / UK”, CRESPPA, 17.02.2023.

« ‘M. Nick Conrad n’est pas Edward Norton.’ Le rôle des vidéos-clips dans la pénalisation politico-judiciaire du rap français”, Journée d’Etude Voir le rap, Université Paris 8, département d’info-communication, 16.12.2022.

« Enquêter sur le rap et la violence : perspective et positionnement intersectionnels », Journée d’Etude de l’équipe Genre, Travail et Mobilité, 3.10.2022.

« Mises en récit médiatiques de la violence du rap », Colloque « Violences et médias », ICP, 1-2.06.2022.

« Reconfigurations au sein de la presse rap : le webzine Abcdrduson, une étude de cas à contre-courant (2000-2019) », Colloque international « La presse culturelle aujourd’hui : un genre médiatique en reconfiguration ? », CARISM, Université Panthéon-Assas, 9-10.05.2022.

avec Marie Sonnette, « Légitimation et illégitimation du rap : musique et pratiques populaires en procès », Journée d’Etude « Dire le peuple, parler au peuple », Université de Bourgogne, Dijon, 8.04.2022.

« Catégorisations du rap et assignations minoritaires des rappeurs au sein du tribunal », intervention au séminaire du Master 2 « Industrie de la musique », Université Paris 8, département d’info-communication, 7.02.2022.

« La violence comme ressource esthétique », discussion : Anthony Pecqueux (chargé de recherche au centre Max Weber), séminaire « Fight the power ? Musiques hip-hop et rapports sociaux de pouvoir », 26.02.2021

« Rap et forces de l’ordre. Une recherche croisée entre droit et sociologie des rapports sociaux de pouvoir », séminaire du CEIPI, 1.03.2021.

Présentation du livre Perspectives esthétiques sur les musiques hip-hop, avec Karim Hammou, séminaire général du CRESPPA-GTM, 1.03.2021.

« Hip-hop academics in France : from margins to the establishment of a network », auprès du groupe de recherches finlandais sur le hip hop « Hip hop in Finland : Genres and Generations », 29 novembre 2019.

« Rapports de pouvoir dans la réception politico-judiciaire d’un clip de rap : l’affaire Jo le Phéno », colloque du RT14 et RT24 de l’Association Française de Sociologie, « Penser l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race en sociologie des arts et de la culture », site Pouchet du CNRS (Paris), 15 novembre 2018.

Animation de la recherche

2023 - Organisation de la demie Journée d’Étude internationale « Prosecuting rap music : France / UK », CRESPPA, 17 février 2023.

2018-2022 - Co-organisation avec Keivan Djavadzadeh (MCF, Cemti), Karim Hammou (chargé de recherches CNRS) et Emily Shuman (doctorante, NYU) du séminaire de recherche « Fight the power ? Musiques hip-hop et rapports sociaux de pouvoir », Paris, CRESPPA.

2017 - Membre du comité d’organisation du colloque international « Conçues pour durer. Perspectives francophones sur les musiques hip-hop », Paris, Maison des métallos, 1, 2 et 3 février 2017.

2014-2017 - Organisation du séminaire « La Plume et le Bitume », portant sur l’esthétique et la stylistique du rap en français, comprenant séances de préparations assurées avec Benoît Dufau (doctorant, Université d’Orléans), invitation d’artistes et de chercheurs, Paris, Ecole Normale Supérieure.

Enseignements

ATER (Université d’Angers, ESTHUA), 2023-2025

  • Sociologie des mondes de l’art – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 2 – CM)
  • Politiques culturelles internationales comparées – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 2 – CM)
  • Sociologie des pratiques culturelles – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 1 – CM)
  • Le genre dans les mondes de l’art et de la culture – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 1 – CM)
  • Introduction aux enjeux de la médiation culturelle – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 1 – CM)
  • Ethnographie et entretien en sciences sociales – – Université d’Angers, ESTHUA (Master 1 – CM/TD)

Enseignante contractuelle 2019-2023

Présentation des Méthodes en Sciences Sociales – Université Paris 8, département de sociologie (L1), 2019/2020

Approches sociologiques – Nouveau Collège d’Etudes Politiques, Nanterre (L2 – CM), 2022/2023

Sociologie de la violence – Institut Catholique de Paris, FASSE (L3 – CM), 2021/2022 et 2022/2023
Ce cours propose d’enseigner les débats épistémologiques et méthodologiques relatifs à l’approche de la violence en sciences sociales, récapitulés dans deux articles essentiels : celui, publié en 1984 dans un numéro d’Études rurales par Élisabeth Claverie, Jean Jamin et Gérard Lenclud intitulé “Une ethnographie de la violence est-elle possible ?” et celui de Michel Naepels, “Quatre questions sur la violence” (2006). Les séances d’introduction identifieront d’abord les problèmes propres à la catégorisation du phénomène, de la définition situationnelle propre à la microsociologie de Randall Collins à, celle, extensive, de la “violence symbolique” bourdieusienne en passant par le “continuum de violence” proposé dans l’ethnographie urbaine états-unienne (Scheper-Hughes & Bourgois 2004). La violence ne faisant pas l’objet d’un “domaine autonome d’enseignement et de recherche” (Crépon 2010), la suite du cours sera consacrée à des séances plus thématiques, bien que transversales. Deux séances traiteront de la question, centrale, de la violence et du genre, l’épistémologie féministe étant décisive dans le renouvellement de l’approche scientifique du phénomène (Hanmer & Maynard, 1987 : Graeber, 2015) et la question de la violence des femmes soulevant des enjeux épistémologiques et politiques cruciaux (Cardi & Pruvost, 2012). Les suivantes aborderont la notion dans les domaines de la sociologie politique, du droit et de la culture.

La construction d’un genre musical minoritaire – Université Paris 8, département de sociologie (L3 – CM), 2021/2022
Ce cours porte sur l’émergence et l’histoire du rap français, des années 1980 à l’orée des années 2010. Cette année, le cours insistera davantage sur l’articulation de la sociologie des rapports sociaux de pouvoir et de l’interactionnisme d’Howard Becker dans l’émergence et la construction d’un genre musical minoritaire. Comment expliquer la place particulière du rap en France ? Quels effets les rapports sociaux de pouvoir ont-ils dans son évolution ? Le cours se veut non seulement une ouverture vers la socio-histoire d’un genre musical, un enseignement illustré de la complémentarité des méthodes en sciences sociales mais aussi une porte d’entrée vers les débats et enjeux d’une sociologie des rapports sociaux de pouvoir et de l’interactionnisme.

Théories sociologiques – Université Saint-Quentin en Yvelines, département de sociologie (Licence 2 - TD), 2021/2022

Méthodes de la recherche approfondies (avec Sybille Gollac, chargée de recherches au CNRS) - Université Paris 8, département de science politique (M2 - CM/TD), 2021/2022, 2022/2023

Présentation et Analyse d’une Grande Enquête : l’émergence d’un monde de l’art – Université Paris 8, département de sociologie (L3), 2020/2021

Emmanuelle Carinos Vasquez
Cresppa-GTM
59-61 rue Pouchet
75849 PARIS CEDEX 17
Lui écrire

  • Sociologie de la culture
  • Pouvoir et sociologie pragmatique
  • Articulation des rapports sociaux de pouvoir, intersectionnalité
  • Sociologie de la violence
  • Sociologie de la critique et des controverses
  • Ethnographie du droit
  • Réflexivité et éthique en sciences sociales ; méthodes qualitatives
Mis à jour le 18/11/2025