Doctorante à l'Université Paris 8
Doctorante à l'Université Paris 8
L'objet de cette thèse porte sur les transformations structurelles qu'a connues l'enseignement professionnel en France au cours des deux dernières décennies, notamment avec la réforme de 2009 qui a allongé la préparation du baccalauréat professionnel à trois ans, et avec le déploiement de la plateforme Parcoursup qui a fait naître de nouvelles ambitions d'études supérieures tout en instaurant une sélection algorithmique et une mise en concurrence accrue dans des filières parfois saturées. L'objectif central est d'analyser les effets de ces mutations sur le recours à l'enseignement privé en voie professionnelle, un objet d'étude encore peu investi par la recherche. Ce projet comble ainsi un angle mort théorique au croisement de trois champs de la sociologie de l'éducation : la sociologie de la voie professionnelle, traditionnellement centrée sur le secteur public et la relégation sociale des classes moyennes et populaires ; la sociologie de l'enseignement privé et des marchés scolaires, qui se focalise quasi exclusivement sur la filière générale ; et la sociologie de l'orientation, qui documente la vulnérabilité des bacheliers professionnels face aux algorithmes sans explorer le statut public ou privé de l'établissement d'origine comme ressource de valorisation. S'appuyant sur l'analyse des capitaux économiques et culturels de Bourdieu ainsi que sur les interdépendances compétitives territoriales, la recherche explore deux hypothèses majeures. D'une part, pour les familles les moins dotées en ressources, le choix du privé constituerait une relégation contrainte ou une solution par défaut face à la saturation des filières du public et à des trajectoires scolaires peu valorisées. D'autre part, pour les familles disposant de capitaux stratégiques, le recours au privé relèverait d'une démarche proactive et instrumentale, motivée par la recherche d'un meilleur encadrement, l'évitement d'établissements dépréciés ou l'optimisation du dossier Parcoursup. Pour tester ces hypothèses, un double dispositif méthodologique sera mis en uvre. Un volet quantitatif s'appuiera sur les bases de données de Parcoursup afin d'objectiver à l'échelle macroscopique les déterminants sociaux des élèves et de mesurer l'impact du statut de l'établissement d'origine sur les affectations. En complément, un volet qualitatif déploiera des études de cas monographiques comparant des configurations locales contrastées, telles que des zones métropolitaines à forte concurrence et des zones rurales ou désindustrialisées. Ce travail empirique combinera des entretiens biographiques avec les familles et les professionnels de l'éducation, ainsi que des observations directes des stratégies de marketing scolaire, comme lors des journées portes ouvertes, afin de saisir le continuum entre choix contraint et évitement stratégique, contribuant ainsi au programme collectif rePRIVE en éclairant les recompositions contemporaines des inégalités scolaires.
Anays Guerda
anays.guerda[at]etud.univ-paris8.fr