Maître de conférences à l’Université Paris 8
Recherches passées et en cours
Mes recherches portent sur les liens entre espace et inégalités. Elles s’attachent en particulier à l’étude de la ségrégation, de l’habitat et des mondes privés, et à la manière dont ils contribuent à produire des rapports sociaux de classe, mais aussi de genre, de race et de handicap.
Mes travaux sont notamment consacrés à l’exploration de l’habitat et des quartiers populaires. Lors de ma thèse, j’ai étudié les transformations contemporaines des classes populaires dans les cités HLM, dans le contexte de la politique de rénovation urbaine, qui modifie en profondeur ces quartiers. J’ai enquêté sur l’évolution de la ségrégation dans ces territoires, ainsi que sur les transformations des styles de vie et des formes de cohabitation, à la fois dans l’espace domestique et le voisinage. À partir de cette recherche, j’ai mené une réflexion critique sur les approches courantes et savantes des cités HLM, notamment celles qui les décrivent comme des ghettos, à partir d’une synthèse inédite des recherches sur les quartiers populaires (Quartiers populaires. Défaire le mythe du ghetto, 2024, Éditions Amsterdam). L’intérêt pour cette question se matérialise également par mon engagement au sein de l’AMuLoP, un collectif militant pour la création d’un musée du logement populaire dans le Grand Paris.
Mes recherches portent également sur les politiques spatiales de l’égalité. Dans ma thèse et par la suite, j’ai enquêté sur la politique de la ville, en interrogeant son objectif de « mixité sociale » et la politique de rénovation urbaine qui s’en réclame. J’ai étudié la manière dont celle-ci est mise en œuvre, en observant notamment les pratiques d’attribution des logements sociaux et leurs effets sur la ségrégation socio-économique et raciale. Dans le prolongement de cette réflexion, j’ai coordonné (avec Camille François, Narguesse Keyhani et Camille Masclet) un dossier sur les usages de la non-mixité comme instrument politique de lutte contre les inégalités, à la fois dans les mouvements sociaux et dans l’action publique.
J’ai également enquêté sur l’articulation entre genre et classe dans les mondes privés. J’ai notamment dirigé, avec Anaïs Collet, une recherche sur la production des inégalités dans la division du travail domestique et parental, au sein de couples de jeunes parents, qui montre combien ces inégalités de sexe entre conjoints dépendent des inégalités socio-économiques et des rapports sociaux entre classes et fractions de classe.
Enfin, je conduit actuellement une recherche sur la ségrégation et les mondes privés du handicap. Alors que les politiques contemporaines du handicap valorisent l’autonomie, notamment résidentielle, des personnes concernées, cette recherche interroge les conditions d’accès au logement et les inégalités de conditions d’habitat entre valides et personnes handicapées, ainsi que leurs effets sur la ségrégation résidentielle. Cette recherche s’intéresse également aux économies domestiques et à la manière dont les rapports sociaux validistes s’articulent avec ceux de classe et de genre dans les mondes privés. Elle s’inscrit dans le cadre d’une enquête collective, dans le cadre du projet Segreghan (Ségrégation du handicap en logement ordinaire), avec Jérôme Bas, Aurélie Damamme, Charlotte Moquet (postdoctorante du projet) et Hélène Steinmtez.
Articles dans des revues à comité de lecture
« La sociologie des cités et les impasses du ghetto. Retour sur une controverse et critique des théories du ghetto français », Sociologie, 2025, vol. 16, n° 2, p. 193-210.
« Classe, race et autochtonie. Tri institutionnel des "bons locataires" et ségrégation dans les cités HLM », Sociologie, 2022, vol. 14, n° 2, p. 159-180.
« Allez, les pères ! Les conditions de l’engagement des hommes dans le travail domestique et parental », avec Marie Cartier, Anaïs Collet, Estelle Czerny, Marie-Hélène Lechien et Sylvie Monchatre, Travail, genre et sociétés, 2021, n° 46, p. 33-53.
« Le Covid-19, la guerre et les quartiers populaires », Métropolitiques, 16 avril 2020 (republié dans Sociétés contemporaines, n° 116, 2019, p. 187-201 et dans La Nouvelle Revue du Travail, n° 16, 2020).
« Comment la rénovation urbaine transforme les classes populaires », Métropolitiques, 8 novembre 2018.
« Pourquoi les parents préfèrent-ils la crèche ? Les représentations hiérarchisées des modes de garde professionnels », avec Marie Cartier, Anaïs Collet, Estelle Czerny, Marie-Hélène Lechien et Sylvie Monchatre, Revue française des affaires sociales, 2017, n° 2, p. 247‑264.
« Classes, genres et styles de vie dans l’espace domestique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 215, 2016, p. 4-15. [Article traduit dans l’édition internationale de cairn : « Classes, gender, and lifestyles in domestic space »].
« Troubles à l’ordre privé. Les classes populaires face à la cuisine ouverte », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 215, 2016, p. 102-121.
« Construire et gouverner les populations par l’espace », avec Camille François, compte-rendu critique de l’ouvrage Le peuplement comme politiques, dirigé par Fabien Desage, Christelle Morel Journel et Valérie Sala Pala, Genèses, n° 104, 2016, p. 155-162.
« Devenir propriétaire en cité HLM. Petites promotions résidentielles et évolution des styles de vie dans un quartier populaire en rénovation », Politix, n° 101, 2013, p. 79-104.
« Promouvoir l’accès à la propriété dans les cités HLM. Rénovation urbaine et fragmentation des classes populaires », Savoir/Agir, n° 24, 2013, p. 61-66.
« L’effet de légitimité résidentielle : un obstacle à l’interprétation des formes de cohabitation dans les cités HLM », Sociologie, vol. 3, n° 1, 2012, p. 61-74.
« “Ghetto”, “relégation”, “effets de quartier”. Critique d’une représentation des cités », Métropolitiques, 9 février 2011 [traduction en anglais dans Metropolitics : « “Ghetto”, “banishment”, “neighborhood effects”. A critique of the “ghetto” image of French housing projects »].
« On the social stakes of urban renewal : the case of French housing policy in the 2000s », Building Research and Information, vol. 37, n° 5-6, 2009, p. 638-648.
Chapitres d’ouvrages
« Espace domestique », in collectif Martha Krug, Géographie(s). Un dictionnaire indiscipliné, Éditions CNRS, 2025.
« Les espaces populaires. Déconstruire l’opposition entre les campagnes et les cités », avec Clara Deville, in Julien Talpin, (dir.), La gauche et les classes populaires, Éditions Amsterdam, 2025.
« Frontières du privé et frontières dans le privé. Classe, genre et espace domestique », in Charlène Arguence, Aziza Chihi, Clémence Michoux, Fabienne Montmasson-Michel, Nina Moubeyi-Koumba et Guillaume Teillet (dir.), Les frontières du privé. Un travail du social, Presses universitaires de Limoges, 2021.
« Des parcours résidentiels sous contraintes : les classes populaires face à la rénovation urbaine » (avec Sylvia Faure), in Sylvia Faure et Daniel Thin (dir.), S’en sortir malgré tout. Parcours en classes populaires, La Dispute, 2020.
« Rénovation urbaine et fragmentation des classes populaires », in Nicolas Duvoux et Cédric Lomba (dir.), Où va la France populaire ?, Seuil, 2019.
« Fragmenter la population et défaire les collectifs militants. La rénovation urbaine comme dispositif de désarmement des mobilisations collectives », in Stéphanie Dechézelles et Maurice Olive (dir.), Politique du proche. Les lieux de vie comme espaces de mobilisation, Presses universitaires de Rennes, 2019.
« Des logiques structurelles aux mobilités individuelles. L’effet de la rénovation sur les trajectoires », in Agnès Deboulet et Christine Lelévrier (dir.), Rénovation urbaine en Europe, Presses universitaires de Rennes, 2014.
« Démolir et reconstruire aux Minguettes. La construction locale d’une politique de diversification de l’habitat et ses effets sociaux », in Martine Berger et Lionel Rougé (dir.), Être logé, se loger, habiter. Regards de jeunes chercheurs, L’Harmattan, 2012.
Comptes rendus et entretiens
« Défendre la cause du logement avec les sciences sociales ? Retours militants sur les relations à la recherche », entretien avec William Acker, Marie Le Ray, Maider Olivier et Étienne Recht (avec Lorenzo Barrault-Stella, Fabien Desage, Hadrien Herrault et Sylvie Tissot), Métropolitiques, 23 mars 2026
« Genre, classe et patrimoine. Des inégalités de richesse au XXIe siècle », entretien avec Céline Bessière et Sibylle Gollac, Métropolitiques, 29 avril 2020.
« Rénovation urbaine et changement social. Entretien avec Henri Coing », avec Emmanuel Bellanger, Métropolitiques, 6 novembre 2017.
« Paris ville ouvrière. Une histoire occultée, 1789-1848 », compte-rendu de l’ouvrage de Maurizio Gribaudi, Sociologie du travail, vol. 59, n° 3, 2017.
« Classes populaires. Un portrait dans la France contemporaine », compte-rendu de Sociologie des classes populaires contemporaines, de Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Nicolas Renahy, La vie des idées, 16 novembre 2016 [traduction en anglais dans Books & ideas, « The Working Classes in Contemporary France », 19 octobre 2017]
« Badlands of the Republic. Space, Politics, and Urban Policy », compte rendu de l’ouvrage de Mustafa Dikeç, Journal of Urban Affairs, vol. 32, n° 2, 2010.
« La ville au risque du ghetto », compte rendu de l’ouvrage d’Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé, Liens socio, 24 août 2010.en ligne
« Grandir en banlieue. Parcours et devenirs de jeunes Français d’origine maghrébine », compte rendu de l’ouvrage d’Emmanuelle Santelli, Liens socio, 24 avril 2008. en ligne
Rapports de recherche
Les arrangements conjugaux autour de la garde des jeunes enfants : arbitrages sous contrainte et effets de socialisation, en codirection avec Anaïs Collet, avec Marie Cartier, Estelle Czerny, Marie-Hélène Lechein et Sylvie Monchatre, rapport pour la Drees, ministère des Affaires sociales, 2016.
Formes et conditions de sortie de la vulnérabilité en milieux populaires, avec Daniel Thin et Sylvia Faure (dir.), avec Julien Bertrand, Laurence Faure, Gaële Henri-Panabière, Éliane Le Dantec, Mathias Millet et Frédéric Rasera, rapport final de l’ANR Vulnérabilité sociale, 2013.
État des lieux sur les trajectoires résidentielles, avec Jean-Yves Authier, Jennifer Bidet, Anaïs Collet et Hélène Steinmetz, rapport pour le Plan urbanisme construction et architecture, 2010.
Travaux universitaires
Les classes populaires à l’épreuve de la rénovation urbaine. Transformations spatiales et changement social dans une cité HLM, thèse de sociologie à l’université Lyon 2, 2014 (jury : Jean-Yves Authier, Stéphane Beaud, Sylvia Faure, Christine Lelévrier, Olivier Schwartz et Sylvie Tissot).
Au croisement de la sociologie des classes populaires et de la sociologie urbaine, cette recherche analyse les effets de la rénovation urbaine dans les cités HLM, à partir d’une monographie dans le grand ensemble des Minguettes (Vénissieux). Elle souligne d’abord que cette politique, qui s’inscrit dans la continuité d’une action publique préoccupée par la maîtrise du peuplement, utilise l’espace résidentiel comme levier de transformation sociale, étendant ainsi l’encadrement des classes populaires au « monde privé », d’ordinaire préservé des rapports de domination. En analysant les pratiques de logeurs et les trajectoires résidentielles des habitants, elle met au jour les conséquences des transformations de l’habitat et des nombreuses mobilités résidentielles suscitées par les démolitions-reconstructions. Parvenant à retenir sur place une minorité de ménages appartenant aux fractions stables des classes populaires, elles ne bouleversent cependant pas le caractère majoritairement populaire du peuplement et ont surtout pour effet d’accentuer la hiérarchisation interne et les logiques de différenciation au sein de l’espace local. Ce travail met enfin en évidence les manières – différenciées selon les profils et les trajectoires – dont ces transformations résidentielles affectent les styles de vie localement en vigueur : elles mettent à l’épreuve les équilibres domestiques, encourageant le repli sur la sphère privée, et affectent les rapports au quartier, marqués par une plus grande réserve et une mise à distance du voisinage.
Responsabilités éditoriales et scientifiques
Directeur du département de science politique de l'université Paris 8 (2025-2027)
Membre du comité de rédaction de la revue Sociétés contemporaines (co-directeur 2022-2025) et ancien membre de la rédaction de la revue Métropolitiques
Membre de l’AMuLoP, association pour la création d’un musée du logement populaire
Membre du réseau thématique « Classes, inégalités, fragmentation » (RT5) de l’Association française de sociologie (depuis 2013)
